La Femme au miroir ou trois femmes à travers le reflet d’un seul miroir, c’est le coup de cœur d’Alicia

Eric Emmanuel Schmitt est un auteur parmi les écrivains français les plus en vogue. Après sa khâgne au Lycée du Parc à Lyon, il réussit le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure et devient ensuite agrégé de philosophie. Eric Emmanuel Schmitt s’est non seulement consacré à l’écriture mais il est aussi passionné de théâtre depuis son plus jeune âge.
Auteur de nombreuses œuvres de genres différents – Schmitt écrit aussi bien du roman, L’Evangile selon pilate (2000), La Part de l’autre (2001), du théâtre La Nuit de Valognes (1991), des nouvelles Odette Toulemonde (2006) – il a reçu le Grand Prix du théâtre de l’Académie française en 2001 pour l’ensemble de son œuvre. Une de ses œuvres la plus connue reste Oscar et la dame rose qui a fait l’objet d’une adaptation sur grand écran en 2002 avec Michèle Laroque.
La Femme au miroir parait en 2001, c’est l’histoire de trois femmes qui, malgré leurs différences, vont se découvrir, chacune à leur manière, tout au long de ce magnifique roman.

Trois destins croisés de femme

La Femme au miroir est tout d’abord un livre « féminin » mais que la gente masculine prenne garde, non pas « féminin » au sens de « destiné pour les femmes » mais plutôt « féminin » au sens de « consacrer à la Femme », à sa place dans la société, au rôle qu’on lui donne à travers les âges.
Ce livre nous fait voyager dans trois périodes différentes et dans des lieux différents : tout d’abord en Belgique, à Bruges, pendant la Renaissance, puis en Autriche, à Vienne au début du XXème siècle et enfin au XXIème siècle, à notre époque, à Hollywood.
A travers ces époques, trois destins de femme se mêlent : celui d’Anne, jeune fille que l’on force à se marier à un prince qui a tout pour plaire mais qui ne fera pas son bonheur, celui d’Hannah, femme mariée à un riche comte et pourtant malheureuse dont on suit les turpitudes de sa vie à travers les lettres adressées à sa cousine, et enfin celui d’Anny, star montante d’Hollywood, qui consume sa vie à petit feu. Anne, Hannah et Anny, trois noms qui résonnent de la même façon, ce n’est évidemment pas anodin… et le lecteur le découvrira par lui-même. Le lecteur suit, au gré des chapitres, la vie de ces trois femmes, alternant à chaque fois un chapitre consacré à l’une d’entre elles.
Ce livre montre des portraits différents de femmes mais dévoile aussi des époques. On voit ainsi grâce aux témoignages de ces personnages comment vivaient les femmes à cette époque.
Pour Anne, nous plongeons au cœur de la Renaissance et nous nous confrontons à l’alternative des femmes de cette époque : soit se marier tôt et faire de beaux enfants, soit aller au couvent et y rester pour le reste de leurs jours. Anne fera des choix admirables, animée par une sorte de sentiment de « la nature », elle refusera de se lier à un homme toute sa vie et voudra vivre sa vie comme elle l’entend, souhaitant renouer avec son « Moi intérieur », tout en retrouvant son bien-être, son unité.
Pour Hannah, le chemin est lent et difficile pour retrouver son équilibre intérieur. Elle s’illusionne sur sa vie, et le lecteur l’apprend grâce à sa propre intériorité qui se révèle dans ses lettres à sa cousine Gretchen. Elle se rend compte qu’elle a tout pour être heureuse mais quelque chose lui manque… Le lecteur l’apprendra petit à petit tout comme Hannah l’apprendra d’elle-même. Avec Hannah, le lecteur découvrira aussi les tréfonds de l’inconscient et ce que celui-ci peut dissimuler, mais le lecteur explorera aussi les prémices de la psychanalyse freudienne, étant donné que le personnage sera étroitement lié au célèbre docteur Freud. Le destin d’Hannah nous permet de nous rendre compte qu’encore au XXème siècle et même au sein d’une classe sociale aisée, le rôle de la femme est de faire un beau mariage et de beaux enfants, sinon, elle perd son crédit au sein de la société.
Enfin, avec Anny, c’est notre propre société qui est mise en valeur, dévoilée au grand jour. Ce ne sont que strass, paillettes, drogues et dépendances qui règnent dans le monde de la « jet set hollywoodienne » et les volontés d’une jeune fille sont difficiles à concilier dans ce monde qui happe Anny entièrement. Ce sera à la jeune fille de se battre contre ce système et d’affirmer sa volonté.
Finalement, malgré leur différence, c’est le combat pour leur liberté qui unit ces trois femmes !

Dénoncer la société à travers les âges 

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La dénonciation se fait toujours de façon sous-jacente, sans dénonciation directe de la part de l’auteur. A Hollywood, c’est évidemment le règne de l’apparence qui est dénoncé, Anny se sent « nue » quand elle n’est pas maquillée. Au début du XXème siècle, la société ne donne pas la place à l’émancipation personnelle féminine telle que nous la connaissons aujourd’hui, l’homme étouffe les rêves de la femme malgré lui et le rôle du « sexe faible » ne se résume qu’à fonder une famille. Enfin, à la Renaissance, en Europe occidentale, le peuple est dans l’impossibilité de croire en autre chose qu’en la religion catholique, l’importance des dogmes religieux, reflet de la société médiévale, va pousser Anne à l’interrogation et c’est ce qu’elle dénoncera malgré elle.

Trois personnages qui se ressemblent par leur volonté d’échapper à l’image que leur tend le miroir de leur époque.
Trois destins qui se fondent en un seul miroir.
Trois  femmes et une seule et même héroïne du roman ; c’est ce que met en valeur ce superbe livre de Schmitt.

Découvrez ce véritable hymne à la vie qui montre que, malgré tout, dans la vie, la détermination et le combat paient, pour enfin obtenir notre propre liberté.

Alicia 

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