La Grande Guerre à Evian, quand la solidarité naît du drame !

La maison Gribaldi, inaugurée en 2013, est un lieu dédié à la valorisation du patrimoine et de l’histoire de la ville d’Evian-les-Bains. Elle est de nos jours un des derniers vestiges du vieil Evian, certainement la dépendance d’un manoir disparu aujourd’hui. Elle est situé derrière le Palais Lumière et s’appuie sur une partie du rempart qui ceinturait autre fois la cité médiévale. Elle s’inscrivait sans doute dans un ensemble acquis par l’archevêque Vespasien de Gribaldi, illustre figure locale.
La maison Gribaldi et son extension proposent aux visiteurs un espace d’exposition et des postes d’informatiques de consultation d’archives numérisées. Chaque année, une exposition est organisée pour raconter, valoriser et illustrer l’histoire de la ville. Les archives historiques sont consultables sous forme dématérialisée. Elles témoignent des titres, correspondances, franchises procès, enquêtes, comptes racontant l’histoire de la ville jusqu’en 1790. Depuis le 5 avril et jusqu’au 16 novembre 2014, la Maison Gribaldi accueille l’exposition Evian et le drame de la Grande Guerre – 500 000 civils rapatriés qui nous rappelle que la guerre n’est pas que le théâtre de la brutalité, c’est aussi un moment de communion et de solidarité !

Un fond patrimonial original sur la grande guerre

Le travail historique effectué pour la préparation de l’exposition sur les rapatriés de la Grande Guerre donna lieu à un véritable dépouillement des archives municipales de cette période. La numérisation de ces documents, très fragiles, fut entrepris afin de les préserver dans le temps et de les communiquer aisément au public.

 

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La Grande Guerre et ses ravages

Au début du mois de juin 1914, la ville d’Evian-les-Bains haut lieu à la mode, s’apprête à accueillir, comme les autres années, 12 à 13 000 milles visiteurs. Des hommes politiques, aristocrates, artistes de renom, banquiers, industriels, une clientèle cosmopolite et élégante font les beaux jours de la ville. Elle se déploie dans les différents palaces de la ville, comme le l’Hôtel Royal, Le Splendide, l’Hermitage, Le Grand Hôtel, et les hauteurs d’Evian sont prêtes à recevoir les premières compétitions de golf. Cette période idyllique va très rapidement virer au cauchemar…
Le 28 juin 1914, un attentat est perpétré à Sarajevo. L’entrée en guerre des grandes puissances européennes par le jeu des alliances puis la mondialisation du conflit s’enchainent selon une mécanique implacable. Au bout de 52 mois d’affrontement, on dénombre 9 millions de morts et 20 millions de blessés. Quant aux civils vivant à proximité du front ou les régions envahies, ils endurent d’importantes souffrances physiques ou morales sous forme de restrictions, humiliations, déplacements ou travaux forcés.
Dès les premières semaines de la guerre, de nombreuses personnes et familles quittent les zones de combats pour fuir l’occupation. La Haute Savoie se trouve confrontée à une population arrivant en masse. Des réfugiés venant des frontières refluent vers l’intérieur de la France pour y séjourner de manière temporaire, croyant que le conflit sera de courte durée.

Appel à la générosité

Les habitants des places fortes du Nord et le l’Est subissent un exil forcé par ordre du gouvernement français et sont évacués par trains spéciaux. Ils sont appelés les convois de « bouches inutiles » et sont acheminés via la Suisse. La ville d’Evian-les-Bains fait appel à un élan de solidarité des municipalités voisines pour accueillir cette population. Le premier convoi arrive le 6 Septembre et 400 personnes environ descendent du train, 300 évacués sont déposés à Thonon-les-Bains et une centaine à Evian. Ces réfugiés sont totalement démunis et dans un état de délabrement important, d’autres sont dans un état physique déplorable et doivent être conduits dans des établissements de soins. D’autres convois continuent d’affluer puis la population locale s’organise pour accueillir ses malheureuses victimes en proposant des vêtements, des logements, de la nourriture, etc. Une véritable aide est apportée aux différentes municipalités par leurs propres habitants. Evian devient un vrai centre de réfugiés et des milliers de personnes seront en transit pour rejoindre ensuite d’autres régions ou dans l’attente de l’arrivée d’un membre de leur famille pour les emmener. Certains pourront même retourner dans leur pays d’origine après avoir été déplacés par l’occupant, en laissant tout derrière eux.

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Une exposition riche en souvenirs sur fond de devoir de mémoire

On passe l’entrée de la maison Gribaldi, on emprunte un superbe escalier de pierre, ancien vestige du passé, puis on pénètre au cœur de l’exposition. Des affiches s’offrent à nous « Appel à la population », « Grand concert de Gala », « Correspondance avec les départements envahis », etc., des épreuves photographiques argentiques en noir et blanc représentant des évacués français au passage de Genève, des familles avec enfants et vieillards attendant le départ, etc.

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Souvenirs du rapatriement !

Des négatifs sur verre représentent des rapatriés devant la gare d’Evian-les-Bains, ou arrivant dans la ville avec une banderole en hauteur où est inscrit « soyez les bienvenus », un enfant assis sur des bagages devant la gare d’Evian, des rapatriés civils au bureau d’enregistrement d’Evian, des laisser-passer, un état faisant connaître la résidence actuelle des rapatriés civils, etc.

Souvenir de l’accueil des rapatriés !

De nombreux dessins de J.Simont tapissent certains murs comme des rapatriés prenant une collation en écoutant La Marseillaise, ou soutenus par des soldats américains, ou des bagages en masse sur le quai de la gare d’Evian, ou la pouponnière installée dans le casino, etc. De nombreux documents comme des cartes de rapatriés, des factures de commerçants ou de diverses entreprises, plusieurs bordereaux d’envois en nature ou de bons pour des chaussures ou vêtements de municipalités forcent notre respect. Puis des affiches pour des emprunts de la défense nationale font appel à la bonté des français, etc.

Souvenir du réconfort et de l’assistance prodigués !

Arrivent ensuite les témoignages de certains de ces réfugiés ou rapatriés au travers de certaines correspondances adressées au maire d’Evian-les-Bains, des certificats attestant des allocations aux réfugiés à verser à une liste de noms, un registre des décès, des cartes postales comme un rassemblement de réfugiés avant le départ, etc. et pour finir une photo du monument aux rapatriés à Evian-les-Bains de Pierre Thiriet. L’émotion est à son comble et les larmes prêtes à couler. L’histoire nous rattrape et ces milliers de personnes entre dans notre mémoire par la grande porte !

Lorsque la porte de cette exposition se referme, on ose espérer que jamais on ne connaîtra à nouveau cette situation. La dignité de ces hommes ou femmes, jeunes ou vieux, réfugiés ou simples spectateurs impliqués dans cette horreur nous procure un sentiment de profond respect. Une trace indélébile restera gravée pour longtemps dans nos cerveaux. Une solidarité exemplaire que l’on aimerait bien voir de nos jours. Cette exposition est magnifique, bien orchestrée et les nombreux éléments exposés nous rappelle à leurs bons souvenirs.

Françoise Engler

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