Là où les eaux se mêlent

« Là où les eaux se mêlent » est le nom de la quinzième Biennale d’art contemporain de Lyon. Elle se déroule du 18 septembre 2019 au 05 janvier 2020 et mobilise toute la région Auvergne-Rhône-Alpes. (Image mise en avant © Biennale de Lyon 2019)

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  ©  Sam Keogh

Paulo historia

La Biennale d’art contemporain de Lyon est une manifestation artistique qui existe depuis 1991, date de sa création par Thierry Raspail alors directeur du MAC ou Musée d’art contemporain de Lyon. Il s’agit d’une grande exposition d’art contemporain organisée dans plusieurs lieux et maintenant sur tout le territoire de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Elle a lieu tous les deux ans, comme l’indique son nom et s’organise en cycle : le même thème est repris trois biennales de suite. Nous nous situons dans le thème « Modernité » pour la dernière année de ce cycle. Il s’agit d’une biennale internationale car elle invite des artistes venus du monde entier et regroupe des milliers de spectateurs venus d’ailleurs. 

 

« Là où les eaux se mêlent »

La Biennale de cette année se déroule du 18 septembre 2019 au 05 janvier 2020 et cette année, elle ouvre ces portes dans un nouveau lieu : les Usines Fagor. Anciennes usines d’électroménager et réhabilitées pour l’occasion, elles se situent dans le quartier de Gerland et offrent 29 000   d’espace d’exposition. 

Pour cette année, Thierry Raspail a fait appel à l’équipe de commissaires d’exposition du Palais de Tokyo, centre d’art à Paris, pour inventer cette nouvelle biennale. Ensemble, ils ont imaginé cette manifestation artistique comme un parcours physique et sonore.

Ils ont invité plus d’une cinquantaine d’artistes du monde entier et ont tenu à respecter une parité homme / femme presque parfaite. Ils tout particulièrement fait attention à choisir des œuvres, voire à les commander à des artistes uniquement pour l’occasion. Elles sont des œuvres dites in-situ, qui prennent en compte son environnement et sa forme pour être créées.

Mais la Biennale n’est pas qu’à Lyon, elle se déploie sur l’intégralité du territoire régional. Il y a tout d’abord Venduta, qui est l’événement qui prend place dans les villes et villages du territoire et qui propose des ateliers artistiques autour de la ville et de leurs habitants en lien avec l’art contemporain. De plus, les Jeune Création Internationale, anciennement Rendez-vous, proposent une visibilité à de jeunes artistes en quête d’insertion dans la vie professionnelle et artistique. Cet événement fût créé en 2002 à partir d’un partenariat entre le MAC et l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Lyon pour aider leurs jeunes diplômés. Cette année, les jeunes artistes étaient invités à travailler autour de la notion de paysage, en lien avec la Biennale principale, et ils sont exposés à l’IAC ou Institut d’art contemporain, à Villeurbanne. Et enfin, il y a les Résonnances : il s’agit d’un appel à projet lancé par la Biennale pour tous les espaces, centres, galeries d’exposition de la région. Tous ces endroits de culture travaillent autour de la même thématique sur tout le temps de la biennale, partout en Auvergne-Rhône-Alpes. Il peut s’agir d’expositions mais également de performances, d’ateliers pratiques, de concerts ou d’évènements en tout genre : le but est de promouvoir la culture de manière égale sur tout le territoire. 

80F54730-2B7D-416F-8875-D74203861F90  ©  Lucile Sauverzac

Les usines Fagor-Brandt

Comme mentionné précédemment, les usines Fagor-Brandt sont d’anciennes usines d’électroménager réhabilitées et transformées en lieu d’évènements. Il s’agit du plus grand espace d’exposition dont la biennale de Lyon n’ait jamais disposé et il accueille déjà par ailleurs les Nuits Sonores depuis 2017.

Là bas, l’espace se divise en quatre hangars de tailles et de luminosités différentes, qui créent un vrai chemin à parcourir. Ces espaces sont d’une grande richesse car ils permettent aux œuvres de se déployer dans des formats véritablement immersifs. Le premier hangar est le plus grand et lumineux de tous : il réunit les locaux d’accueil du public, un grand nombre d’œuvres in-situ et des installations. Ensuite, le deuxième local est un grand espace volontairement sombre où sont installés des œuvres lumineuses, des vidéos et des sculptures. Le troisième et le quatrième sont deux espaces plus petits où sont installées des œuvres grands formats, beaucoup sont d’ailleurs réalisées en exclusivité pour la Biennale. 

L’ensemble des œuvres que l’on peut y voir répond à une thématique précise autour de la notion d’écosystème. En effet, on évolue dans un environnement industriel très connoté, avec une empreinte esthétique forte. L’enjeu pour les artistes est d’arriver à intégrer l’art à l’industrie en créant des rencontres matérielles et visuelles : un nouvel écosystème. La Biennale aux usines est très marquée par les enjeux écologiques de notre monde moderne grâce notamment, au lieu. 

Alors même si certaines des œuvres se perdent un peu dans le décor très fourni, ce lieu est d’une richesse incroyable et offre des ressources d’expositions inépuisables. Un bon nombre des œuvres présentées sont en parfaite adéquation avec les bâtiments et en résonnent d’autant plus. Si vous avez la possibilité de ne faire qu’un lieu de la Biennale, cela doit être celui-là. 

Une des rédactrices de L’Envolée Culturelle a tenu à communiquer autour de son expérience là bas : 

« Les Usines Fagor, un lieu au croisement d’une époque industrielle et d’une dimension artistique contemporaine. Un choix plus ou moins atypique pour une exposition, mais qui cependant fait tout le charme de cette quinzième biennale d’art contemporain de Lyon. Des oeuvres assez différentes les unes des autres, étalées sur quatre halls. Il m’a fallu deux excursions aux Usines Fagor pour comprendre tout l’enjeu de cette biennale : « Là où les eaux se mêlent ». À mon arrivée, le premier hall m’a un peu laissée perplexe je dois dire, sans savoir vraiment s’il fallait comprendre quelque chose, s’il y avait un lien ou même un thème spécifique pour ces nombreuses oeuvres. Mais certaines d’entre elles m’ont cependant plus interpellée que d’autres.
Alors si je devais vous choisir et vous présenter une oeuvre de cette salle, sans hésiter, je vous parlerais de l’artiste féminine belge: Eva L’Hoest. Un choix artistique intéressant et intriguant composé d’images virtuelles ayant été dessinées et reproduits à l’aide de scanners 3D. L’art évolue au rythme de notre société et de ses nouvelles technologies, ainsi l’artiste nous propose un projet que l’on peut qualifier de scientifique tout en étant esthétiquement artistique et très poétique. La deuxième salle, je trouve, a un thème plus prononcé et une atmosphère bien à elle, nous laissant dans un espace sombre, mais apaisant à travers de nombreuses structures visuelles et numériques.
Il est difficile de donner un avis à cette biennale, d’une part, car les goûts et les couleurs ne sont pas les mêmes pour tout le monde, et d’autre part, car au vu de la multitude d’oeuvres qu’ils se trouvent , il m’est impossible de faire un jugement global. Cependant, je pourrais dire que j’ai été mitigée et partagée, dans le sens où je m’attendais peut-être trop à être émerveillée dès mon arrivée. Mais, après plusieurs réflexions (et plusieurs passages), j’ai fini par me dire qu’il y a quand même des oeuvres assez incroyables et surtout des artistes dont leur travail est plus qu’intéressant, ainsi que toute la portée qui s’y cache. Je vous conseille donc d’aller aux Usines Fagor, non pas pour qu’une portée esthétique, mais plus pour une réflexion, un questionnement de ce qui a pu amener ces nombreux artistes à réaliser ces projets, et de juger par vous-même. Faites-vous votre propre avis. » 

Lucile Sauverzac

Le MAC

L’Envolée Culturelle s’est ensuite rendue au Musée d’art contemporain de Lyon, lieu que nous avons déjà visité et parcouru à de multiples reprises. Il est néanmoins enrichissant de voir à quel point l’espace de ce musée est modulable au gré des expositions. À l’inverse des Usines Fagor et des autres années de biennale, le MAC est très épuré. Nous pouvons y voir le travail de seulement sept artistes différents. Dans le hall principal, nous sommes accueillis par les céramiques de Josèfa Ntjam, une jeune artiste dont un aperçu du travail Paysage effervescents est visible dans l’entrée. Toujours dans le hall, mais au fond, nous sommes happé par le travail engagé de Aguirre Schwarz, un street-artist français devenu une figure de renommée internationale. Ensuite, nous rencontrons trois artistes au premier étage : Renée Levi et ces toiles architecturales, Karim Kal et son paysage romantico-dystopique et enfin Jenny Feal et son installation engagée. Le troisième et le quatrième étage sont consacrés aux sculptures en bois massif de Daniel Dewar et Grégory Gicquel, un collectif d’artiste et de designer. 

Ce que l’on peut dire des œuvres du MAC, c’est qu’elles sont simples mais redoutablement efficaces. On peut être déconcerté par l’ampleur du vide dans cet espace, connu pour le contraire, mais rapidement cela laisse place à un nouveau type de rencontres. Les œuvres respirent et c’est un véritable parcours qui est organisé pour le spectateur, qui devient alors actif. Justement car la visite n’est pas longue et qu’elle ne nous laisse pas le cerveaux en « bouilli », le MAC est un lieu où il faut se rendre pour rencontrer l’art contemporain différemment. 

 

Le mot de la fin

Finalement, comme à son habitude, la Biennale d’art contemporain de la ville de Lyon, nous intrigues, nous questionnent, nous fait rire, ou nous rend triste, nous interrogés, nous fait même peur, mais elle ne nous laisse jamais indifférent. Encore un pari de réussi cette année pour cette exposition qui questionne de manière limpide notre monde contemporain et comment nous vivons dedans. « Là où les eaux se mêlent ». Peut-être est-ce en nous que cela se mêlent, ou s’emmêlent. 

Cliquez-ici pour trouver le répertoire des artistes !

 

Article rédigé par Ninon Lardenois-Macocco.

 

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