La passion de Sadeh21 : une chorégraphie humaine à la Maison de la Danse

Du 14 au 17 janvier 2015, la Maison de la Danse de Lyon accueille le spectacle Sadeh21 qui raconte la collaboration poétique entre le chorégraphe Ohad Naharin et la Batsheva Dance Compagny. Les danseurs évoluent sous l’écriture de Naharin, se fondant sur la technique « gaga ». Le spectateur s’infiltre dans cette appropriation de la scène par le corps. « Sadeh » signifie territoire en hébreu et Sadeh21 est une conquête de la scène.

La technique « gaga » aux premières loges

Le langage de Naharin, nommé Gaga, a été utilisé comme un outil précieux à travers la construction de Sadeh21. La technique Gaga se traduit par le besoin du Naharin à communiquer avec ses danseurs et de celui de prendre soin du corps. Il explique que « les concepts de Gaga sont, par exemple, de percevoir les endroits atrophiés de son corps, de travailler sur la vitesse, le cardio, la bonne utilisation des muscles, de comprendre la structure du squelette. »
Dans Sadeh21, plusieurs femmes se déplacent furtivement à travers leurs légers mouvements singuliers, avant de régulièrement débuter un geste à l’unisson. Des applaudissements émergents de cet élan de groupe, elles tracent un cercle dans le vide à l’aide d’un doigt, poing et coups de poing, poussant le bassin vers le haut depuis une position accroupie. Il s’agit aussi de garder le même tempo, les danseurs augmentent progressivement la taille du mouvement jusqu’à ce qu’il soit aussi grand que possible. L’enrôlement du corps est progressif, jusqu’à ce que chaque partie contribue à l’effort. Alors que le mouvement peut être innocent, il est sophistiqué, empreint de plaisir à la découverte de nouvelles options et teinté d’humour. Une femme crépitant en coulisses à quatre pattes et un homme sautant dans l’espace avec une jambe retroussée dans l’esprit du flamant rose, esquisse un sourire franc sur mon visage.
Il s’agit d’une émulsion du corps humain, d’un apprentissage de l’évolution des gestes à l’intérieur d’un espace.

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Un espace structuré

75 min de spectacle qui commencent et se bouclent par des solos. Une structure qui met au premier plan l’excellence technique de chaque danseur. Décor, sons et lumières projettent en avant le langage artistique du chorégraphe, avec un emprunt de sensualité constamment présent. Le moindre geste témoigne d’un choix esthétique.
Sadeh21 est un tableau vivant, qui s’anime grâce à la volupté du mouvement des danseurs, des cadences saccadées, lentes, tout comme énergétiques et fluides. Les différents « moments » de la chorégraphie montrent à quel point l’homme peut exister dans l’espace. Naharin propose une danse instinctive qui témoigne d’une pulsion du corps poignante. Dans un même temps, le spectateur suit la narration de Naharin avec assiduité et sans crainte de l’inconnu. Une sorte de confiance s’établit entre le public et les artistes. Le corps est frappé par des forces extérieures, les danseurs s’étirent, se dirigent dans toutes les directions, en particulier dans un mouvement arrière. Ce que l’on retient du spectacle ce sont les contrastes permanents et la dislocation des corps.

Mais Sadeh21 n’est pas seulement un coup de cœur grâce à sa technicité marquante, ou la gymnastique de sa chorégraphie. L’écriture scénique est incroyablement novatrice, et les images sur la scène sont sans cesse surprenantes, avec une résonance émotionnelle qui contourne la compréhension consciente. Tout au long de la performance, je me suis retrouvée profondément affectée, encore incapable de décrire mes réactions.

Tristana Perroncel

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