La poésie et les dieux, un film entre tension et mysticisme

La Maison des Etudiants de Bron projetait ce jeudi 3 septembre une création de Louis Rossignol, La Poésie et les dieux. Il s’agit de son deuxième court métrage, après La Dernière marche. Cet étudiant de Lyon 2 avait démarché son projet à la FSDIE et L’Envolée Culturelle l’avait soutenu. On a alors pu découvrir ce court métrage qui, bien qu’étudiant, est ambitieux avec raison, comme il nous l’expliquait dans l’interview qu’il nous a accordée.

Une atmosphère originale…

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© Thibault Julliard

L’intrigue est inspirée d’une nouvelle de Howard Philips Lovecraft, du même nom que le film. L’auteur du début du XXème siècle a beaucoup influencé les romans d’horreurs et l’univers fantastique des fictions de toute sorte. Le réalisateur a donc essayé de trouver des ouvertures pour donner un visuel à un univers qui justement est fantastique et donc compliqué à imager. On part alors sur la construction d’un univers selon une vision très personnelle de l’univers lovecraftien. Cet univers se construit dans des lieux tels que l’Amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon, à l’Ile Barbe et dans un manoir à Tarare pour accueillir la famille Bennet dont la fille adoptive, Marcia, fait un rêve étrange…
L’atmosphère se divise alors entre une réalité de l’époque victorienne qui inclut le clivage entre progrès et misère et cet aspect onirique qui prend place parmi les dieux grecs, l’amphithéâtre étant alors un choix non discutable pour authentifier cette époque et trancher avec le XIXème siècle. Ainsi, en visualisant cet espace symbolique, qui semble n’exister que dans la tête de Marcia, on est amené à y rentrer également et donc plonger dans l’univers fantastique et mystique que propose le réalisateur.

Qui peut être déroutante…

11070383_1570523549875142_4070391269302911247_nL’univers créé va alors jusqu’au bout des choses et heureusement que le titre du film nous prévient que l’on sera dans une création plutôt symbolique et poétique. Parce que l’univers lovecraftien n’est pas forcément très compréhensible si l’on n’en connaît pas les caractéristiques. Ainsi l’intrigue est floue. On pense que c’est un parti pris puisque l’accent est porté sur l’atmosphère mais on discerne mal l’évolution du récit. Ce n’est pas un mal mais il faut être préparé à apprécier le film pour l’atmosphère mystique et oppressante qu’il nous présente plus que pour l’intrigue. Parce que finalement Marcia ne sait pas vraiment non plus ce qui lui arrive : elle prononce une poésie dans son sommeil qui la projette dans un Panthéon antique où un dieu lui dit qu’elle pourra connaître la pureté d’autrefois grâce à un messager. C’est sûrement pour cela qu’elle organise un concours de poésie. Le point sensible de ce film est que, étant fantastique, on ne peut pas avoir de certitudes. Et si ce parti pris est risqué on peut comprendre que c’est aussi le côté fascinant de cet univers, de ne pas tout comprendre. Mais peut-être que donner un peu plus de clés aurait permis de comprendre un peu mieux les enjeux qui s’offrent à Marcia.

Mais présente une signature unique…

Malgré cette intrigue floue, on peut noter la grande confiance du réalisateur. On comprend son intention puisqu’il la mène jusqu’au bout. Ainsi, dans la construction de son atmosphère on propose des plans d’ensemble qui dépeignent bien l’époque victorienne ou grecque ou bien des gros plans oppressants lorsque le docteur Herbert West effraie Marcia en lui demandant de se rappeler du poème. L’image est en effet très travaillée et témoigne de l’accent porté à l’ambiance : elle est très contrastée. L’étalonnage durcit les traits des personnages, grise les couleurs et rend le climat oppressant, sombre, pessimiste et donc colle bien à celui de Lovecraft. Mais il permet de découvrir aussi l’univers d’un jeune réalisateur qui dirige aussi très bien ses acteurs et donc obtient de bonnes scènes de tension.
Et finalement, en prenant cet auteur « inadaptable » qu’est Lovecraft, il permet au spectateur de s’ouvrir un genre d’image totalement différent qui rentre dans l’intention de créer cet univers onirique. L’image peut alors paraître un peu artificielle mais on comprend l’intention de mysticisme qui est aussi dévoilée dans les scènes de fumées ou de lumière aveuglante.

Ainsi, La Poésie et les dieux permet de voir que les projets étudiants de l’Université Lyon 2 peuvent faire découvrir des visions différentes, des personnalités affirmées et aussi un investissement remarquable.

Solène Lacroix

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