La route des esclaves, archipel de la Guadeloupe

L’Envolée Culturelle continue son carnet de voyage et son cycle sur la Guadeloupe avec une mise en valeur impressionnante du patrimoine historique, culturel et archéologique de la région dans un projet qui porte le titre La Route de l’Esclave.

Un projet conjoint au Conseil Départemental et à L’UNESCO

A l’origine, le projet La Route des esclaves est un projet de L’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture). Il a été lancé en 1994 à Ouidah, Bénin, sur proposition d’Haïti avec trois objectifs majeurs:

  • Contribuer à une meilleure compréhension des causes et des modalités d’opération de l’esclavage et de la traite négrière ainsi que des enjeux et des conséquences de l’esclavage dans le monde (Afrique, Europe, Amérique, Caraïbe,océan indien, Moyen-Orient et Asie) ;
  • Mettre en lumière les transformations globales et les interactions culturelles issues de cette histoire ;
  • Contribuer à une culture de la paix en favorisant la réflexion sur le pluralisme culturel, le dialogue interculturel et la construction des nouvelles identités et citoyennetés.

La première personne en Guadeloupe à avoir été proactive dans sa volonté de vouloir étendre le projet à la Guadeloupe est Dany Bebel-Gisler, une sociologue et linguiste, chercheuse au CNRS, née le 7 avril 1935 à Pointe-à-Pitre et décédée au Lamentin le 28 septembre 2003. En plus de son investissement dans le projet de l’UNESCO, elle a travaillé et milité toute sa vie pour la reconnaissance du Créole antillais comme une langue à part entière. Aujourd’hui le Conseil Général lui rend hommage en lui dédiant “La route des esclaves, traces-mémoires en Guadeloupe.”

House with garden at a coffee plantation, La Griveliere, Kaffee Plantage, Maison de Cafe, Vieux-Habitants, Caribbean, America

Un projet riche en monuments variés

La route de l’esclave, traces-mémoires en Guadeloupe, ne compte pas moins de 18 sites différents pour le moment. Il est important d’insister sur « pour le moment », car il s’agit d’un projet vivant et évolutif qui pourrait encore s’agrandir. Ces 18 sites existants aujourd’hui sont répartis sur l’ensemble de l’archipel, que ce soit à Grande Terre, Basse-Terre, Marie-Gallante ou encore les Saintes.

Parmi les sites de ce projet, on retrouve bien sur des plantations, lieu d’emploi massif d’esclaves pour les travaux agricoles. Ces plantations sont dans différents états de conservations ou de restaurations. S’il ne reste que peu de chose pour certaines, d’autres nous permettent en revanche de nous faire une bonne idée de la vie dans les Antilles aux XVIIIe et XIXe siècles. La variété vient également des produits qui y étaient cultivés. On trouve plusieurs plantations de canne dont on se servait et se sert encore pour la production du sucre et du rhum, mais aussi des plantations de café, cacao, vanille et enfin des plantations d’indigo, une plante utilisée pour la teinture des tissus et qui donne une couleur bleue.

En plus des plantations, ce parcours comporte deux forts, le Fort Fleur d’épée et le Fort Louis Delgrès. Tous deux ont été construits aux XVIIe et XVIIIe siècles pour protéger l’archipel contre les invasions britanniques, mais qui ont aussi tous les deux joués un rôle dans l’esclavage ou la lutte pour son abolition.

Enfin des monuments peut-être un peu plus atypiques dont un est vraiment saisissant, le cachot aux esclaves de la plantation Belmont. C’est le seul vestige de cette plantation, une cellule de pierre sans fenêtre avec pour tout meuble un banc de pierre. Des conditions très difficiles pour punir les esclaves récalcitrants.

La-« Route-de-l’esclave »-V3-704x1024Zoom sur: La Grivelière

Cette balade sur la route des esclaves ne serait pas complète sans une visite plus détaillée d’un de ces sites. C’est pourquoi nous nous sommes arrêtés à la Plantation Grivelière. C’est une visite assez originale dans le sens où elle s’éloigne assez de tous les clichés que l’on peut avoir sur les plantations dans les Antilles. Pour y accéder, il faut s’enfoncer dans la montagne volcanique du centre de la Basse Terre, une route sinueuse et souvent très impressionnante au milieu de la forêt tropicale. Ainsi ce n’est pas une plantation en plaine avec des hectares et des hectares de cultures, mais une plantation de montagne à la surface assez petite. Elle ne cultive pas non plus la canne, mais le café, le cacao et la vanille, en sachant que la production principale est celle du café. La visite est agrémentée de plusieurs panneaux explicatifs sur l’histoire des cultures dans la plantation et en Guadeloupe. Ainsi l’histoire de la culture du café est assez impressionnante, les caféiers de Guadeloupe sont originaires d’un plant de café́ de Java offert par un hollandais à Louis XIV, qui le fit mettre en multiplication dans une serre du Jardin des Plantes. Une première tentative d’introduction de ces pieds en Guadeloupe, en 1716 et 1717, échoua. C’est en 1726 que les ancêtres des caféiers actuellement en place en Guadeloupe furent plantés à partir de pieds en provenance de Martinique. Mais lors du transport de France vers la Martinique, seul un pied avait survécu. Durant les grands succès de cette culture, la colonie française en exportait 6 000 tonnes vers la métropole en fin du XVIIe, sous le nom de café́ bonifieur. En plus de cela, la visite nous livre les différentes étapes de la production du café, ce qui culmine à la fin par la dégustation du café local.
Cette plantation abrite une maison de maître assez loin de l’image que l’on peut s’en faire, elle est en effet assez petite et peu luxueuse ce qui montre que tous les planteurs n’étaient pas riches. On peut également visiter les cases d’esclaves qui ont été restaurés presque dans leur état d’origine, sauf le toit qui est en tôle pour des raisons de sécurité. Le tout avec un point de vue impressionnant sur la montagne, la forêt et la rivière, une belle visite pour les amateurs d’histoires, mais aussi pour les amoureux de la nature et du grand air.

La route de l’esclave est vraiment une belle initiative du Conseil de la Guadeloupe et une très bonne façon de lutter contre l’ignorance et l’oubli.

Jeremy YOUNG

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