La tragédie est le meilleur morceau de la bête, ou comment la tragédie devient l’un des meilleurs morceaux de la pièce

Envie de rendre vos cours d’histoire un peu plus vivant ? Curieux de savoir comment la vie dans les tranchées se déroulait, ou simplement envie de partager un moment de vie ? Tout cela est possible avec La tragédie est le meilleur morceau de la bête, qui se joue dans la petite salle du Théâtre des Célestins de Lyon du 25 février au 7 mars. Et ici, pas besoin d’être un féru de l’histoire pour appréhender celle-ci. Bien au contraire, car au-delà de la réalité, se jouent et se créent bien d’autre mondes…

La guerre, une folie d’enfants

© Cécile Maquet

A peine rentré dans la salle, l’ambiance est donnée. Un décor totalement foutraque envahit le plateau quand la fumée se répand quant à elle dans la salle entière. La Célestine, petite salle du théâtre, permet un rapprochement encore plus direct : pas de démarcation, le public est invité au cœur de cette étrange tranchée. Étrange, c’est le mot. Car si le décor nous indique clairement où nous sommes physiquement, les cinq personnages eux inventent un imaginaire qui nous emporte ailleurs. Ici donc, pas de reconstitution historique à proprement parler ! Pour notre plus grand bonheur, le rêve s’installe et s’éloigne de la réalité. Et c’est à ce stade que les interprétations se multiplient, au gré des personnalités, des sentiments. Certains voient sur cette scène des soldats fatigués, qui semblent être restés là depuis un peu trop longtemps. La folie les guette. Ils se mettent alors à tutoyer les rats, et faire danser les morts. L’alsacienne qui vient les rejoindre et que tous aiment n’est peut-être qu’un fantasme de plus. Mais, une autre hypothèse se dessine également. Et si tout cela n’était qu’un jeu d’enfant? Car au sein de leur jeu de la guerre, d’autres viennent s’immiscer. Un enfant décroche, il a envie de jouer au ping-pong. Un autre à soudainement envie de faire des cocottes en papier. Et si au lieu de se rouler dans la boue, on allait à la mer et s’amusait sur la plage? Les protagonistes ne parlent quasiment pas. Ils n’ont pas besoin. Ils ne parlent pas non, car leurs univers est déjà présent, il n’y a pas le besoin de dire autre chose, d’en concrétiser d’autres.

Qui cache malgré tout une réalité

Car au-delà de toute interprétation, le sujet lui, reste profondément ancrée au spectacle. Quelle que soit la manière, la tragédie reste là, toujours. Les moments de vie, ne sont que de brefs instants de répit. La danse, le chant, les jeux. Tout cela ne dure qu’un temps. Car derrière cela, derrière cette grande barricade, sa cache la mort, et la guerre. La musique de la valse disparaît pour laisser place aux vacarmes des avions et des bombes. Denis Chabroullet, le metteur en scène, n’a pas fait tout cela sans fond. Si le but n’est pas de faire une œuvre historique, l’envie de vivre face à l’omniprésence de la mort est elle au cœur du spectacle. Au-delà du rire, se cache en effet le tragique. Au delà de la fiction, se joue un véritable acte de mémoire, un acte de vie. Et c’est en cela que ce spectacle est beau. Le mélange entre histoire, fiction et émotion est savamment dosé.

Un histoire pour un vrai show visuel

© Sebastian Birchler
© Sebastian Birchler

Le décor apparaît ici comme un personnage à part entière. Notre regard n’en finit pas de découvrir tous ses mystères. Les marionnettes en forme de rats rajoutent un ton particulier à la scène, au même titre que les pantins représentant des morts. La terre, les flaques d’eau et la gadoue ont elles aussi été conviées au spectacle. Et les comédiens, excellents, n’ont pas peur de se rouler dedans et de se salir. Ce décor réaliste parvient à prendre suffisamment de recul pour ne pas être oppressant. Car aussi surprenant soit-il, ce spectacle ne manque pas de subtilités et d’humour ! L’ambiance d’une guerre est là, certes, mais le moyen de le faire est particulièrement ingénieux. Les feux d’artifices, les balles tirées, tout cela est faux, et assumé comme tel. Les bombes sont de simples petits pétards, agrémentés de confettis dorés, et les balles sont elles de simples balles de ping-pong. Une scénographie plus qu’intéressante, et qui ne fait en plus pas que dans l’esbroufe, que demandez de plus ? Mais au sein de cet incroyable décor, se cachent des objets, des trucs, des choses. Car le Théâtre de la Mezzanine, c’est un théâtre d’objet, d’images avant tout. Et celles-ci sont plus que suffisantes pour nous faire rentrer dans l’univers qui se déroule devant nous, ou plutôt avec nous.

La tragédie est le meilleur morceau de la bête est donc une très bonne surprise, qui parvient à mêler avec brio histoire, fictions et poésie. Un moment de pure folie comme on en voit peu dans ce type de salles et qui ravira vos sens ! Sauf peut-être celui de l’ouïe, oreille sensible s’abstenir comme il vous le sera précisé à l’entrée de la salle. Un spectacle que l’on vous recommande chaudement, et c’est à voir jusqu’au 7 mars aux Célestins. Et à ne pas manquer dans la grande salle, Candide de Maëlle Poesy, un autre petit bijou.

Marie-Lou Monnot

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