La vérité sur l’affaire Harry Quebert ou comment écrire un bon livre, c’est le coup de cœur d’Alicia

Né en 1985 à Genève, Joel Dicker est un écrivain suisse. Sa jeunesse ne constitue en rien un frein à son talent, il est même désigné comme « le plus jeune rédacteur en chef de Suisse » par la Tribune de Genève grâce à la revue qu’il dirige La gazette des animaux à seulement 10 ans ! Et pour laquelle il obtiendra le Prix Cuneo pour la protection de la nature.
Les récompenses et distinctions lui sont plutôt communes car pour son premier roman, Le dernier jour de nos pères, il reçoit le Prix des écrivains genevois. Il est remarqué aussi pour sa première nouvelle Le Tigre, dans le cadre du Prix international des Jeunes auteurs.
Mais c’est surtout pour son second roman, paru en septembre 2012, La vérité sur l’affaire Harry Quebert, qu’il se fera remarquer par le grand public car il recevra pour ce roman deux récompenses, et non les moindres, puisqu’il obtient le Grand prix de l’Académie Française 2012 ainsi que le Prix Goncourt des Lycéens 2012.

Le talent incontestable de Dicker… vous empêchera de poser le livre !

lavc3a9ritc3a9coverA l’achat du roman, on lit tout de suite la quatrième de couverture et les commentaires de Bernard Pivot et de Marc Fumaroli, de l’Académie Française « Vous serez manipulé, dérouté, sidéré, agacé, passionné par une histoire aux multiples rebondissements, fausses pistes et coups de théâtre » écrit Pivot concernant ce livre. J’ai trouvé cette critique tout de même exagérée ! Mais après avoir dévoré le roman (et je dis bien dévoré), j’ai trouvé qu’il avait entièrement raison !
Après avoir ouvert ce livre, disons après les cent premières pages, vous ne pourrez plus le lâcher…
L’histoire ressemble à s’y méprendre à celle d’un thriller américain, qui se déroule en plein cœur de l’Amérique profonde… mais c’est bien un écrivain suisse qui écrit en français qui en est l’auteur !
Le roman met en scène plusieurs histoires imbriquées les unes aux autres.
C’est d’abord l’histoire de Marcus Goldman, le narrateur, jeune écrivain new-yorkais qui connaît un immense succès grâce à son premier livre mais qui ensuite est en panne d’inspiration…
Pour un écrivain, c’est une angoisse horrible. Suite aux appels pressants de son éditeur et de son agent, il appelle, paniqué, et en dernier recours, son grand ami et professeur renommé d’université, Harry Quebert.
Harry Quebert a écrit un roman qui a connu un immense succès en 1975, l’histoire d’un amour impossible, Les origines du Mal. Marcus renoue donc avec son « maître » qui lui a tout appris de l’écriture (et qui distille ses 31 précieux conseils d’écrivain au fil des chapitres, qui constitueront le titre à chaque fois du chapitre comme par exemple chapitre 24 :

« Vous voyez, écrire ou boxer, c’est tellement proche. On se met en position de garde, on décide de se lancer dans la bataille, on lève les poings et on se rue sur son adversaire. Un livre, c’est une bataille. »

Harry vit à Aurora, un petit village du New Hampshire, et c’est là qu’éclate un horrible scandale, on découvre, dans le jardin d’Harry, le corps d’une jeune fille, 15 ans à l’époque, ce cadavre est celui de Nola Kellergan, disparue il y a 33ans !
Voici alors, le nouveau sujet du livre de Marcus Goldman, l’enquête et la vérité sur cette horrible histoire de disparition.
L’écrivain s’installe donc à Aurora dans la maison d’Harry (car celui-ci est envoyé en prison, toutes les preuves l’accablent et surtout sa liaison avec cette jeune fille…) et se replonge malgré lui dans cette histoire de disparition et de meurtre… Il mènera donc son enquête en interrogeant les habitants sur cette histoire vieille de 33ans.
varite-affaire-quebertL’histoire est troublante et remarquable car on alterne sans cesse entre le présent (on ressent ainsi les angoisses de Marcus quant à son nouveau livre, les rappels de son éditeur…) et le passé, l’histoire d’amour scandaleuse entre la jeune Nola, 15ans et Harry, 34ans à l’époque, professeur émérite. On est aussi confronté aux incompréhensions de Marcus sur cette disparition, à son envie toujours aussi tenace de savoir la vérité… qu’il transmettra au lecteur !
Nola Kellergan, jeune fille pétillante, a disparu mystérieusement à Aurora dans les années 70. L’enquête de Marcus sera donc le sujet de son nouveau livre, maintenant toujours le lien avec son ami Harry, en prison…
Le lecteur est donc plongé dans cette enquête policière haletante, aux côtés de Marcus, en plein cœur de l’Amérique profonde et de tout ce que celle-ci tente de cacher (affaires honteuses, sexe, lettres anonymes, incendie, passages à tabac, voyeurisme, meurtre…).
Outre l’intrigue remarquablement bien ficelée (retours en arrière, fausses pistes) c’est aussi un remarquable portrait des mœurs américaines que l’auteur dresse à travers des personnages touchants et mystérieux, un flic, un pasteur, une jeune serveuse, un homme soumis à sa femme… et parfois caricaturaux et drôles (la mère de l’écrivain, l’agent…). On est ainsi plongé dans les démons et travers de chacun découvrant parfois jusqu’aux personnalités assez torturées !

Un roman dans le roman et l’interrogation sur le monde de l’édition et la société moderne

Le livre est très bien fait car on tient jusqu’à toute la fin pour connaître enfin la vérité !
De plus, Marcus va souvent voir Harry en prison pour glaner des informations, ce qui parfois est déconcertant. Mais ne vous inquiétez pas, vous aurez la réponse à la fin du roman !
Joel Dicker a su tenir son lecteur en haleine jusqu’à la fin de façon remarquable en tissant des liens entre le présent et le passé.
Ce livre est aussi remarquable grâce à la leçon qu’il apporte sur l’écriture et les écrivains, la gloire que celui-ci peut ressentir mais aussi très vite, la déchéance… Il interroge aussi de manière intéressante le regard que les lecteurs peuvent avoir sur lui de nos jours, la fascination, l’idéalisation, la construction d’un mythe autour de lui … qui s’écroule vite.
Joel Dicker dresse aussi un portrait ironique voire acerbe du monde de l’édition américain, (son éditeur n’hésitant pas à publier à l’avance des pages de son livre pour faire croitre en dizaine de milliers de dollars l’attente du public enfiévré !) mais aussi de la société moderne (le règne des médias, la justice, le « puritanisme »…)

Au-delà de l’intrigue au suspense incroyable, l’auteur révèle une peinture des mœurs de l’Amérique, il nous parle de la vie, de nous, de nos contemporains.
Finissons par un des précieux conseils d’Harry : « Un bon livre, Marcus, est un livre qu’on regrette d’avoir terminé.

Alicia Pech

2 pensées sur “La vérité sur l’affaire Harry Quebert ou comment écrire un bon livre, c’est le coup de cœur d’Alicia

  • 8 février 2015 à 23 h 16 min
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    Les critiques de l’époque de sa sortie ne m’avaient pas du tout donné envie de le lire, mais pour votre article, c’est tout le contraire 🙂
    Merci !

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