Les pulsions sexuelles en roue libre : bonheur ou déconstruction ?

Du 7 janvier au 1er février 2015, le théâtre Les Ateliers de Lyon, accueille une création de Célestins En roue libre de l’auteure britannique Penelope Skinner, mis en scène par Claudia Stavisky, co-directrice de ce théâtre. Cette pièce est jouée pour la première fois en France et nous montre la vie d’une famille en Angleterre qui se retrouve bouleversée par une grossesse.

Une femme « en-ceinte »

Becky, jouée par l’incroyable Julie-Anne Roth, est mariée à John, interprété par le très bon Eric Berger (l’acteur du film Tanguy). Elle attend son bébé et lui la vénère pour cela. Il la couvre d’attentions et la couve comme une maman avec son bébé. Il répond à ses besoins en fonction des indications d’un livre sur les femmes enceintes mais ne comprend les autres désirs de sa femme. Il ne jure que par son livre et par les conseils de sa nouvelle amie, Jenny, interprétée par Valérie Crouzet, mère de deux enfants. Comme ce sont les grandes vacances, Becky est coincée chez elle et n’a aucune occupation, elle s’ennuie et est comme « ceinte » dans cette cage dorée, prisonnière et non plus actrice de sa vie. C’est pourquoi elle décide de se procurer un vélo pour échapper à sa routine et pouvoir sortir de chez elle, notamment quand son mari n’est pas là. L’achat de ce vélo déclenche alors une cascade d’événements qui vont mettre à mal le bonheur de ce couple.

© Simon Gosselin
© Simon Gosselin

Des pulsions sexuelles à la dérive

Parce qu’elle est enceinte, John ne ressent plus de désir sexuel pour elle à cause du côté sacré que lui confère son bébé. Seulement elle a envie de faire l’amour, ses pulsions sexuelles sont si fortes qu’elle se masturbe devant des pornos… mais comme souvent, la masturbation ne suffit pas à éteindre le désir et, se laissant guider par ses pulsions, elle se met à faire du gringue à tous les hommes qu’elle rencontre pour se sentir de nouveau désirable. Mais, par peur d’aller trop loin, elle s’arrête quand la tension est trop forte… Néanmoins, elle finit par craquer avec Oliver, celui qui lui a vendu le vélo, joué par un excellent David Ayala en ogre sexuel. Avec lui, elle assouvira ses fantasmes sur scène et une relation particulière, passionnée puis destructrice naîtra de leur « plan cul ». Seulement, cette tromperie n’est pas sans conséquences, elle affectera sa relation avec son mari et celle avec son amant n’évoluera pas forcément comme elle aurait aimé…

Une comédie britannique rondement menée !

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© Simon Gosselin

Les dérives sexuelles de Becky, son incompréhension avec son mari et leur voisine Jenny sont la base de cette comédie britannique. Rien n’est potache, ni lourd comme dans de trop nombreuses comédies françaises, tout est mesuré, et parfaitement dosé. Si la thématique sexuelle est archi-présente dans les dialogues et sur scène, la pièce n’est jamais vulgaire et n’en fait pas trop. L’humour anglais, pour ceux qui en sont friand, est brillant et illuminera votre soirée malgré quelques longueurs. Si certaines scènes auraient pu être enlevées, d’autres sont délicieusement hilarantes.
Les dialogues crus et le jeu très expressif, sans concession sont la base de cette comédie qui ne cherche pas à choquer mais à interpeller le public sur les dérives possible d’une grossesse mal entreneue. Tous les personnages font rire, par leurs attitudes, leurs propos et par leurs jeux. Tous les acteurs sont excellents, on entre avec eux dans ce village pour se laisser guider par ce vélo. D’ailleurs, si le vélo qui est central dans le titre anglais de la pièce The Village Bike, le titre français En roue libre l’est moins et est plus explicite concernant le contenu de la pièce. Il met plus l’accent sur l’attitude de Becky qui se laisse aller à ses pulsions et ne réfléchit plus, elle se met en « roue libre » et son vélo la guide, malgré elle au départ, vers le lieu où elle s’abandonne à ses pulsions et se laisse vivre. Au final, c’est lorsque la réalité la rattrape et qu’elle se rend compte de ce qu’elle a fait que tout explose…

Cette comédie qui raconte l’éclatement d’un couple ne tombe jamais dans le pathétique, on ne prend aucun personnage en pitié et on ne peut pas les détester pour leurs actions car toutes sont cohérentes et vraisemblables. Il faut saluer l’écriture de Penelope Skinner, la mise en scène de Claudia Stavisky et le jeu de tous les acteurs qui réussissent à rendre chaque personnage assez complexe pour ne pas le stigmatiser et le classer dans telle ou telle catégorie. On ne peut pas juger leurs actes car ils semblent nécessaires, logiques et normaux… C’est assez déroutant mais particulièrement jouissif !

Jérémy Engler

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