La voz en off, un film aux diverses voies

Le cinéma Le Zola de Villeurbanne, dans sa programmation du festival des Reflets du cinéma ibérique latino-américain (du 11 au 25 mars) intègre un film chilien réalisé par Cristián Jiménez. Ce cinéaste a déjà fait parler de lui pour Ilusiones Opticas ou encore Bonsái, nominé en 2011 au festival de Cannes. On a donc l’opportunité de découvrir La voz en off, sorti en 2014, qui raconte des histoires d’une famille défaite, recomposée, décomposée. On la suit une année, après les bonnes résolutions, on la voit évoluer, chaque membre de son côté. Comme pour Ilusiones Opticas, Cristián Jiménez tourne son film dans sa ville natale, Valvidia, preuve de son engagement affectif.

Une thématique déjà vue mais assez bien menée

Une famille qui se retrouve et que le spectateur est amené à suivre : le scénario ne semble pas tellement original. Il semble difficile de faire quelque chose de vraiment différent, surtout lorsqu’on garde, dans le cas de ce film, une structure formelle linéaire, sans grande prétention. Mais, si ce cadre peut paraître un peu trop simpliste, il est en fait plutôt bien utilisé. C’est peut-être parce que l’on a peu l’habitude de voir des films et des familles chiliennes, mais c’est un film plutôt rafraîchissant. Le mode de vie de cette famille n’est pas si différent de celui qu’on peut voir ici mais le cinéaste confère un rythme plutôt entraînant et enthousiaste. Le film commence donc sur le jour de l’an, joyeux, où l’on fait des résolutions. Sofia, la première fille, a décidé de ne pas toucher à aucun objet tel que TV, internet, livre, portable depuis le début de l’année. Elle est entourée de sa mère, sa grand-mère, ses enfants, puis sa sœur qui revient d’Europe pour pouvoir mettre en œuvre un projet professionnel avec son compagnon. Cette résolution est peut-être un prétexte pour qu’on la voit s’intéresser à sa famille qui bat de l’aile. Elle vient de se séparer de son mari et son père, admiratif de sa conception du couple, envisage de faire la même chose avec sa mère. Cette révélation, alors que la famille est réunie, menace de tout détruire. On a une sorte de huis-clos, les personnages sont toujours entre membres de la famille, il y a très peu de personnages extérieurs. Ainsi, alors que les deux sœurs découvrent des choses sur leur père, elles doivent vivre au quotidien avec leur mère, leur grand-mère et les enfants. Toutefois, il n’y a pas de sensation étouffante, les personnages sont très libres, ils ne sont pas enfermés ensemble mais juste les uns proches des autres, ce qui les amènent à tout partager, dans la mesure des secrets qui peuvent être partagés.

Une comédie dramatique et optimiste

Une voie intéressante de ce film se profile à travers le choix d’une comédie. Même si l’on parle d’adultère, de couple qui se brise, on a souvent le sourire aux lèvres car il y a une légèreté dans le réalisme du film : il rappelle que dans la vie, il n’y a pas de genre, on rit, on est triste, pensif mais il y a toujours du bon. C’est assez agréable de ne pas tomber dans le drame familial insoutenable où cas sociaux et situations terribles s’accumulent. Ici on a juste des personnages qui ont chacun une personnalité affirmée : Sofia s’est détachée de la TV, les mails et tout autre objet de communication pour se rétablir de sa séparation, elle est très proche de ses enfants à qui elle essaie de transmettre sa conviction végétarienne, sa sœur Ana, plutôt rentre-dedans, franche, débarque de France avec son fils et ses idées assez libertaires et tranchées, Matilde la mère est encore folle amoureuse de son père, l’ex-mari de Sofia est un sikh convaincu qui récite des haïkus… Ils sont très différents mais crédibles car justement, on ne va pas justifier leur différence, elle est là, sans que quiconque ose la remettre en question ce qui donne l’allure d’une famille vraiment réelle. Le film ouvre une voie assez optimiste puisqu’il aborde le couple, la maladie, la mort mais avec humour d’abord et franchise. Rien n’est enjolivé mais c’est ce qui fait la poésie de cette histoire : ce sont les personnages qui ouvrent cette perception optimiste de la famille, car ils sont bienveillants les uns sur les autres, ils s’aiment, se pardonnent.

Une dimension supplémentaire, vraiment utile ?

Le film s’appelle La voz en off, la voix off. Il répond au dessein de Sofia, actrice ratée de se convertir vers la voix off, plus accessible de sa ville, Valvidia. Même si en soi, on ne peut rien reprocher à ce vœu du réalisateur, pourquoi lui donner une telle importance, étant donné que la présence de cette idée n’est pas vraiment très présente dans le film ? On ne comprend pas où il veut en venir qu’à la toute fin, où une voix off prend le relais de celle de Sofia, qui est vraiment très impliquée dans les dialogues, pour dire qu’elle en a assez, que la voix off est plus facile : ainsi toutes les révélations autour de la famille peuvent s’ébruiter de cette façon, personne n’aura la tâche douloureuse de le faire. Et il y a cet accent sur le caractère indicible de certaines vérités au sein d’une famille. Ce n’est jamais le bon moment, chacun peut trouver son compte dans le silence. Justement, le vœu de silence de Sofia reste un peu obscur. On ne saisit pas forcément pourquoi le synopsis présente le film comme l’histoire d’une femme qui renonce aux moyens de communication alors que la force et l’histoire même du film ne se concentre pas tant sur cela. Il y a quelques occurrences à ce choix de vie, qui entre en résonance avec la voix off et l’ineffable mais on ne comprend pas la visée exacte d’un choix comme celui-ci dans la structure dramaturgique : l’histoire n’en serait pas tellement affaiblie, puisqu’elle englobe tout une famille, et finalement l’épanouissement personnel de Sofia n’est pas la chose que l’on attend le plus, ayant tout l’univers familial qui attire l’attention.

On peut dire que La voz en off permet de voir une comédie dramatique et familiale traitée sur un autre continent, avec une famille aux multiples personnalités qui ont chacune un aspect comique et profondément humain. On apprécie de suivre l’évolution, pendant cette année des relations qui les unissent et qui les poussent à se révéler des choses, à douter, à accepter, au nom de l’amour de la famille, et du bonheur d’être là pour les autres, pour chaque instant de la vie, enfants comme adultes.

Solène Lacroix

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