L’année de la BD est lancée !

Notre article sur cette dernière journée présente notre bilan du Festival International de la BD d’Angoulême 2020 en essayant de ne dévoiler que de nouvelles choses par rapport à nos précédents articles sur la place faite aux jeunes, les luttes des auteur.trice.s et les hommages. (image mise en avant : © JL Mast et Jérémy Engler.)

Coup de gueule contre les dédicaces !

Mieux vaut commencer par ce qui ne va pas avant de reprendre ce qui va… Globalement, l’organisation du festival est plutôt bonne, les informations sont justes mais le système de dédicaces est en train de devenir lunaire… Certaines maisons d’édition devraient apprendre les valeurs de base de la communication et l’anticipation… Premier point négatif, tout le monde ne fait pas la même chose, le spectateur doit changer sa pratique à chaque stand de l’espace du Monde des Bulles et il devient difficile de s’y retrouver. S’il est vrai qu’il est rageant de commencer une queue de dédicace pour s’entendre dire une heure plus tard que l’auteur n’aura pas le temps de dédicacer, on peut au moins se dire qu’on aurait dû venir encore plus tôt. Un des moyens de remédiation trouvé est la distribution de tickets.

collage mascotte © Jérémy Engler

© Jérémy Engler. à défaut de faire des dédicaces, eux se laissent volontiers photographier

Certains éditeurs distribuent des tickets, d’autres non et certains n’en distribuent que selon la popularité des auteur.trice.s… Si certains communiquent plutôt bien sur le mode d’attribution de ces coupons, d’autres en revanche sont moins bons… Les éditions Soleil annoncent une dédicace à 14h et distribuent les tickets dès 10h sans en informer le public… ce sont les heureux chanceux qui sont venus acheter leur BD le matin qui auront la chance de se faire dédicacer leur BD, pour les autres arriver à 12h30 en se disant qu’1h30 avant, ça devrait le faire, c’est trop tard… Mais nulle part, il n’est écrit qu’il faut un ticket (sauf à l’espace dédicace en question) et encore moins le mode de distribution. Comment créer de la frustration bêtement ? Mais la palme de l’absurdité revient aux éditions Ankama qui réussissent la prouesse d’enlever tout intérêt au système du ticket. Ils annoncent que la distribution des tickets se fait 30 minutes avant la séance de dédicace mais pour une séance de 3h de dédicace autour de la BD Sherlock Holmes, ils ne distribuent que 12 tickets, soit 4 dédicaces par heure… mais le mieux n’est pas là. Trente minutes avant, vous avez une trentaine de personnes donc qui attendent leur ticket, sans savoir combien il y en aura, ni savoir où exactement ils seront distribués sur le stand… donc ce n’est pas le premier arrivé qui aura droit à une dédicace mais celui qui aura eu la chance d’être proche de l’endroit où se mettra la libraire et qui sera assez costaud pour pousser tous les gens autour ou résister à leur charge. Et l’intelligence ne s’arrête pas là… une fois le ticket en main, on n’a pas besoin de faire la queue… on peut continuer faire son tour, tout ce qu’il faut c’est revenir avant la fin de la dédicace.

IMG_8363-1 © Jérémy Engler

© Jérémy Engler

Donc si la dédicace dure 3h, vous récupérez votre ticket, vous allez vous balader et vous revenez 30 minutes avant la fin… pas de queue à faire et une place assurée… De fait, on arrive à une situation hallucinante où une heure avant la fin de dédicace, il n’y a qu’une personne qui fait la queue, donc on se dit qu’on peut tenter sa chance, mais non ! Quatre détenteurs de tickets ne se sont pas encore présentés, donc inutile d’attendre car la place leur est réservée… Grâce à ce système, on se retrouve avec des auteurs qui pourraient n’avoir personne devant eux à dédicacer car les détenteurs de tickets ne sont pas là et personne ne peut prendre leur place, pour être prêts à l’arrivée des quatre détenteurs… On marche sur la tête… Bravo aux éditions Ankama pour cette organisation de génie !

Des moments exceptionnels

Comme chaque année, le festival nous gratifie de moments de purs bonheurs notamment grâce à de nombreux ateliers de découverte de l’art de la BD, notamment en voyant les coulisses de la création du journal de Mickey, en réalisant des gravures sur tétra-pack, des planches en réalité augmentée ou en réalité virtuelle, des animations grâce à la rotostcopie, ou en créant nos propres héros sous les conseils avisés d’artistes invités. Ces moments ravissent les grands et les petits ! Tout comme le pictomaton où des Jeunes Talents 2020 vous dressent le portrait !

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© Jérémy Engler

Les multiples performances de dessin en direct nous font découvrir la façon de travailler des auteurs et mieux comprendre les différents styles. Les Masterclass et rencontres permettent d’écouter de grands artistes dévoiler leur vie, leurs conditions de travail et leur art tandis que les tables rondes permettent de découvrir certaines tendances de la Bande dessinée ou de découvrir de nouveaux bédéistes. Les projections en avant-première de séries ou de films confèrent un caractère encore plus exceptionnel au festival et sont toujours des moments privilégiés car ils sont l’occasion de découvrir les réactions de certains artistes devant l’adaptation de leur œuvre ou de comprendre comment s’est fait le processus d’animation ou réalisation en live.

IMG_8475-1 © Jérémy Engler

© Jérémy Engler

Nos coups de cœur BDs

À un moment donné, il faut quand même parler de Bande dessinée. Tous les livres cités feront l’objet d’une critique dans nos colonnes où l’ont été pendant le festival.

Créée il y a seulement 6 mois, nous voulions mentionner une de nos plus belles découvertes, la maison d’édition Ilatina qui ne publie que des ouvrages venus d’Amérique latine. Si vous aimez la culture amérindienne, on vous recommande Chroniques amérindiennes de Gustavo Schimp et Quique Alcatena dont chaque récit nous plonge au cœur d’une jungle empreinte de réalisme magique. Un vrai bijou !

Une autre nouveauté vient de Cote-a-Cas qui publie pour sa toute première bande dessinée en ce début d’année 2020. Lever l’ancre de Sarah Belmas (critique déjà disponible) est le premier titre de la maison d’édition et de l’autrice, il décrit avec poésie et réalisme les craintes qui peuplent nos vies dans un monde où le bonheur est érigé en modèle de vie.

Les éditions 6 pieds sous terre proposent cette année le regard intéressant de Mathias Lehmann sur notre société avec Agora qui offre un tour du monde très coloré à la découverte des différentes sociétés de consommation.

Les éditions de l’Oeuf nous emmènent dans un monde sans parole avec Hallali de Claire Malary. On suit la traque d’une femme par deux hommes en parallèle de celle d’un homme avec une biche qu’il a chassé par deux loups… Les dessins sont époustouflants et l’histoire d’une beauté et poésie incroyable.

collage coup de coeur © D.R.

© Jérémy Engler

Les éditions La boite à bulles nous font redécouvrir Versailles et son histoire sous la République avec Le château de mon père de Maïté Labat, Jean-Baptiste Véber, Stéphane Lemardelé et Alexis Vitrebert. En partant des mémoires de Pierre de Nolhac publiées par son fils Henri, les artistes nous montrent comment Versailles a été réhabilité à la fin du XIXe siècle.

Les éditions Kennes remportent cette année le Prix des Collège pour le tome 1 d’Obie Koul, un week-end sur deux chez mon père de Pierre Makyo et Alessia Buffolo. Si on vous en parle, alors qu’il est sorti en mai dernier, c’est que le tome 2 sort avant la fin du mois et que nous vous conseillons de la mettre dans les mains de vos enfants, voire les vôtres. Vous ne serez pas déçus par l’histoire de ce garçon de 12 ans qui découvre qu’il est moitié terrien et moitié extraterrestre… donc les weekends dans l’espace chez son père s’annoncent épiques et fantastiques !

Si vous nous lisez régulièrement, vous savez que nous sommes particulièrement enthousiastes sur la série des Spectaculaires de Régis Hautière et Arnaud Poitevin paru chez Rue de Sèvres. Nous n’écrirons peut-être pas un nouvel article sur ce tome 4 (les trois premiers ont tous déjà fait l’objet d’une critique) mais on ne peut que vous recommander ce tome où Les Spectaculaires dépassent les bornes. Comme c’est la dernière maison d’éditions que nous mentionnerons, nous citerons un deuxième titre, Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaître et Christian de Metter qui fait suite à Au revoir là-haut. Si vous avez aimé le roman, le film ou la BD, vous adorerez cette histoire qui après avoir traité le retour d’un défiguré de la première guerre mondiale évoque avec autant de poésie l’entre-deux guerre et l’arrivée de la seconde guerre mondiale.

Parce qu’il faut bien s’arrêter quelque part, nous achevons notre liste des coups de cœur mais bon nombre de titres ont attirés notre attention pendant ce festival mais rassurez-vous, vous en entendrez bientôt parler sur notre site…

La 47ème édition du festival International de la BD d’Angoulême a fermé ses portes hier et nous a offert de belles découvertes, des hommages réussis, des rencontres enrichissantes, des séances de dédicaces épiques et des artistes en lutte pour une revalorisation de leur statut !

Article rédigé par Jérémy Engler.

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