L’Apocalypse des travailleurs de Valter Hugo Maé, Quand la réalité de la vie se mélange à l’angoisse de ne jamais trouver son paradis

Valter Hugo Maé naît en 1971 à Henrique de Carvalho dans une colonie Angolaise. Il est diplômé en droit et obtient un diplôme de troisième cycle en littérature moderne et contemporaine à la faculté de lettres de Porto au Portugal.
En 1999, il fonde Les éditions Quasi et publie de nombreux ouvrages de différents auteurs comme Mario Soares, Antonio Ramos Rosa, etc.
Il se consacre par ailleurs à bien d’autres activités comme la peinture. Sa première exposition en solo est inaugurée en 2007. Il publie également des critiques artistiques et littéraires dans plusieurs magazines portugais. L’Apocalypse des travailleurs, traduit du portugais par Danielle Schramm, est le dernier roman de Valter Hugo Maé.

A la recherche de son paradis

Maria Da Graça, mariée, quarante ans, exerce le métier d’employée de maison autrement dit femme de ménage. Elle travaille pour Monsieur Ferreira, homme âgé mais très érudit, depuis plusieurs années. Elle brique, lave, cire, époussette les pièces de son grand appartement quatre fois par semaine. En plus de son activité principale, elle officie en tant que femme objet sexuel. Son patron profite de sa condition modeste pour en abuser sexuellement. Elle pourrait le quitter n’ayant pas de contrat juridique mais l’argent lui ferait défaut. Son mari, Augusto, est marin, il part six mois en mer et ne lui envoie pas un seul euro alors elle prend son mal en patience. Pour ne pas avoir à subir ce dernier lors de sa présence à terre, elle lui verse quelques gouttes d’eau de javel ou autres abrasifs dans sa soupe. Simplement pour l’annuler en partie, elle veut le transformer en moitié d’homme. La nuit, elle rêve que Saint Pierre lui ouvre la porte du paradis. Son amie et voisine, Quitéria, vit de ses charmes et de temps en temps joue les pleureuses à des enterrements. Toutes les deux se réconfortent mutuellement en espérant un avenir meilleur. Seulement ces rêves où Maria Da Graça implore Saint Pierre de l’aider se transforment très vite en cauchemars. Quitéria rencontre un jeune ukrainien, Andiy, qui quitte son pays pour gagner de l’argent afin d’aider sa famille restée au pays. Son père, malade de la tête, croit avoir tué un ou plusieurs hommes et sa mère essaye de le sauver désespérément de la folie. Andiy, pour échapper aux douleurs de cette séparation s’invente même un personnage imaginaire. Il ne reçoit plus de nouvelles des siens pendant deux mois et perd lentement pied. Il se renferme sur lui-même et Quitéria commence à découvrir que l’amour se dessine à l’horizon. Un sentiment qui ne fait plus partie de son quotidien. Quitéria tombe amoureuse d’Andiy au moment où Maria Da Graça apprend que son patron s’est suicidé. On retrouve pleins de petits tas de billets cachés dans différents recoins de l’appartement de Monsieur Ferreira. La police enquête sur les relations de ce dernier avec son employé. Les cauchemars deviennent récurrents, Saint Pierre lui refuse l’entrée du paradis. Les marchands de souvenirs au langage de poissonniers lui lancent des boniments, elle revoie Monsieur Ferreira lui parlant de Goya, Mozart, Bergman, etc. Elle se blottit dans ses bras et curieusement elle se sent heureuse. A chaque réveil, elle ressent l’absence de son patron de plus en plus intensément.
A la fin du livre, Maria Da Graça accepte son amour pour un mort et Augusto doit faire face à une dure réalité. Quitéria fait naître en elle un sentiment qu’elle croyait perdue et Andiy n’a plus besoin d’ami imaginaire.
Quels chemins empruntent-ils pour arriver à cette finalité ?

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Une histoire réaliste avec l’amour pour sauveur

Un récit passionnant, drôle, poignant qui décrit de façon magistrale que l’amour est le moteur de la vie si cruelle soit-elle. L’auteur dépeint l’espoir d’une vie plus riche en émotions, dans une histoire douloureuse plus vraie que nature. Celui qui possède les clefs de l’amour détient l’intelligence d’une grande maturité. On trouve judicieux, de la part de l’écrivain, d’associer Dieu, son apôtre Saint Pierre et le paradis avec l’espoir terrestre d’un monde meilleur. Un ouvrage sans majuscule tout à fait original où les dialogues sont écrits en style télégraphique parfois assez crus mais réalistes. Les phrases s’enchaînent les unes après les autres et nous emportent dans les turpitudes de ses personnages. Quel que soit la culture, le pays, la société qui nous entourent, l’être humain ne peut pas vivre sereinement sans aimer. Chaque individu souhaite exister dans le regard de l’autre. Dans notre monde actuel où l’égoïsme tient une grande place ; l’auteur nous invite, subtilement, à nous poser les bonnes questions sur notre propre existence.

Françoise Engler

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