L’après-midi d’un foehn… Que du vent ?

Le festival Utopistes continue et achève sa route, cette fois au Théâtre Nouvelle Génération avec le spectacle L’après-midi d’un foehn, présenté par Phia Ménard et la Compagnie Non Nova. Ce spectacle est présenté comme la version pour enfants de Vortex, l’autre spectacle joué en alternance sur le même plateau. Entre sacs plastiques et ventilateur, le vent est le maître mot du spectacle. Et malheureusement, pas que dans le bon sens du terme…

©Jean-Luc Beaujault
©Jean-Luc Beaujault

À l’origine, des œuvres

L’après-midi d’un faune, dont est inspiré le spectacle, tire son nom de précédentes œuvres. C’est d’abord un poème de Mallarmé, puis une musique composée par Debussy. Et enfin, un ballet, chorégraphié par l’impétueux Nijinski. C’est dès le départ avec un lourd bagage culturel, voire même social, que pars cette pièce au même nom. Et on ne peut pas le nier. C’est pourtant ce que fait la compagnie sans problème. Pour rappel, l’histoire de L’après-midi d’un faune, qu’il s’agisse du poème, du ballet ou de la musique, raconte l’histoire d’un faune partant à la recherche de nymphes, et vivant sa vie au soleil. La force de cette histoire, qu’on retrouve particulièrement dans le ballet, est son érotisme. N’oublions pas qu’à la fin de la pièce, le faune se masturbe clairement et simplement dans le foulard d’une des nymphes… C’est cette tension, associé à l’originalité et la nouveauté de la danse pour l’époque qui a fait de cette pièce une œuvre fondatrice. La reprendre pour en faire un spectacle de quarante minutes pour enfants ? Pourquoi pas, même si cela est un pari risqué, il pourrait être en soi réalisable. Faire des spectacles pour enfant n’est pas une chose évidente, il faut savoir s’adresser à eux en même temps qu’à leurs parents. Ce spectacle n’a hélas pas su trouver ce juste milieu. En enlevant l’intérêt principal de l’histoire, il ne reste alors plus que son titre pour se rapprocher de ses prédécesseurs, et face à un tel décalage, on se mord quelque peu les doigts. Et quand même on oublierait cette partie histoire, il n’y aurait alors que peu de choses auquel se rattacher pour donner à une histoire, même pas un sens, à ce que l’on voit.

©Jean-Luc Beaujault
©Jean-Luc Beaujault

Souffle souffle

Si on est plus ou moins déçu face à cette histoire, la technique utilisée nous convint un peu plus. Sur scène, les personnages de chair sont remplacés par des personnages en sacs plastiques. Créés devant nous, ceux-ci vont s’envoler et se déplacer grâce aux ventilateurs installés toute autour de la scène circulaire. Si faire des marionnettes de plastique est une bonne idée, de surcroît originale et rarement vue, il faut dire que cela a un peu du mal à prendre. Si ces figures humanoïdes de plastique bougent et volent, il est cependant difficile de dire qu’elles prennent vraiment vie. La marionnette est un art délicat et la manipulation une technique qu’il faut acquérir et travailler. Une fois acquise, on peut donner vie à à peu près tout, d’un bout de bois à un guignol. Faut-il encore être un marionnettiste. On peut donner une histoire à un objet, lui attribuer une émotion, mais pour lui donner vie, il semblerait que la présence d’un corps bel et bien vivant soit nécessaire… Ces petits bouts de plastique parviennent donc à se déplacer, simplement grâce à l’aide des ventilateurs contrôlés par des techniciens, mais on ne s’accroche pas à eux et on ne voit alors, après l’émerveillement des premières minutes, que des jolis sacs qui volent…

©Jean-Luc Beaujault
©Jean-Luc Beaujault

L’après-midi d’un foehn reste donc un joli moment visuel, rempli de beaux tableaux et de belles marionnettes, mais il n’en suffit hélas pas à nous faire rentrer dans ce monde, et se créer une histoire. Un tableau vivant donc, qui ne s’adresse en plus, contrairement à ce qui était présenté, guère à des enfants. Dommage ! À découvrir malgré tout, pour vous faire votre propre avis, du 11 au 18 juin au TNG.

Marie-Lou Monnot

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *