L’art de la comédie, un regard social par le trou de la serrure !

Le théâtre de la Croix Rousse vous propose de retourner dans l’Italie des années 60 du 23 novembre au 1er décembre 2016 avec L’art de la comédie. Cette pièce, écrite par Eduardo De Filippo et mise en scène par Patrick Pineau, traite de la confrontation entre la société et l’importance de l’art, et ce de manière très humoristique. Retour donc sur cette comédie haute en couleur interprétée par la compagnie Pipo.

Une drôle de plaidoirie du théâtre !

La pièce débute par un monologue, celui d’Oreste Campese, acteur, metteur en scène, mais surtout chef d’une troupe de théâtre itinérante surnommée « la Roulotte ». On ne sait pas vraiment s’il parle pour lui-même ou alors s’il brise le quatrième mur pour s’adresser aux spectateurs, mais toujours est-il qu’il y donne déjà une vision du théâtre. Oreste prône le pouvoir de l’art sur la société mais également les attentes des spectateurs, venant ici pour enrichir leur imagination et se sentir vivant. À travers de grands rôles comme ceux de Shakespeare comme Roméo, Ophélie ou encore Othello, il siñor Campese développe l’idée que le théâtre est une représentation d’une société et donc de ses troubles.

On retrouve donc cet artiste dans la cour de la préfecture à attendre Son Excellence De Caro, le nouveau au poste de préfet. Celui-ci apprécie les artistes de par leurs capacités à divertir l’opinion publique. C’est par ailleurs pour cette raison qu’il accepte de recevoir Oreste Campese de bon matin. De par leurs échanges, on y apprend notamment qu’il s’est essayé à une carrière d’acteur dans sa jeunesse mais qu’à cause de la tradition de ses pères, il ne devait pas vivre de ses « bouffonneries ».

© Philippe Delacroix
© Philippe Delacroix

Une confusion entre l’être et le paraître

La situation s’envenime tout de fois lorsque le préfet souhaite que l’artiste développe son opinion sur le gouvernement, l’importance des arts dans une société mais également l’importance du théâtre pour son développement personnel. Elle s’aggrave encore lorsqu’ils partagent leur point de vue concret sur le théâtre, là où le politicien n’y voit qu’une rigolade, le comédien y voit un milieu entre le réel et l’imaginaire, entre les actes et des valeurs non quantifiables comme les émotions.

Sur cette divergence, le préfet se ferme donc aux échanges et encourage Oreste à accepter leur arrangement et de ne plus revenir à la préfecture. Malheureusement, suite à une erreur de l’adjoint de son Excellence, le chef de « la Roulotte » ne se retrouve donc pas avec le titre de transport demandé mais avec une liste, celle de toutes les personnes qui ont rendez-vous à la préfecture pour des présentations d’usage. C’est alors qu’en partant, Campese soulève une question : « Seriez-vous capable de reconnaître le vrai du faux ? » Si l’un de ses comédiens se déguisait, le préfet s’en rendrait-il compte ? C’est donc en suivant l’après-midi de Monsieur le Préfet que le public s’interroge de la même manière ; est-il confronté au réel médecin du village ou est-ce le gendre d’Oreste ?

C’est de par cette question que la seconde partie de la pièce débute, celle-ci étant bien plus rythmée que la première, ce rythme s’accentuant proportionnellement avec la paranoïa de son Excellence De Caro

© Philippe Delacroix
© Philippe Delacroix

Une scénographie sobre à l’image du théâtre itinérant.

La scénographie n’est pas très chargée, nous confrontons ainsi avec la justesse du monologue de Campese, sur l’idée que ce ne sont pas les décors qui font la force d’une pièce, et que l’absence de ceux-ci permettent donc au public de s’imaginer le bureau du préfet par exemple. Malgré tout, ici, dans L’art de la comédie, la scénographie est sobre mais pas inexistante ; elle est intelligemment pensée. En effet, une imposante structure d’échafaudages et grilles prend place sur la principale partie de la scène. Derrière cette installation sont projetés tableaux et différentes iconographies. Ces éléments visuels permettent plusieurs choses, comme le fait d’avoir un repère sur les différentes interventions et donc de savoir à l’avance quel(s) personnage(s) nous allons rencontrer. Par exemple est projetée La leçon d’anatomie du Dr Tulp de Rembrandt lors de la future arrivée du médecin du village.

Cette pièce mise en scène par Patrick Pineau est donc une apologie du théâtre qui saura vous faire rire faces aux différentes péripéties auxquelles le préfet fait face. Cette expérience nous invite à reconsidérer la place du théâtre et l’importance d’aller voir des pièces. Il semble donc que c’est un pari gagné pour la compagnie Pipo qui est composé de multiples comédiens de talents.

Camille Pialoux

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