Las busquedas pour le festival des Reflets, une quête cinématographique

La fin du festival des Reflets du cinéma ibérique et latino-américains est proche mais les bonnes surprises continuent encore et encore à nous être projetées ! Lundi soir, la veille de la remise du prix du public du festival pour Conducta, était présenté Las busquedas, film mexicain réalisé en 2013. Une projection suivie d’un débat en présence du jeune réalisateur à l’avenir sans aucun doute prometteur. Un long-métrage comme un très beau cheminement à la recherche d’une esthétique marquante, même si parfois un peu trop mise au premier plan.

Un documentaire mystérieux

Un homme, seul, se suicide. Il part en ayant tout rangé derrière lui, mais sans un mot d’explication pour son épouse. En parallèle de cela, un homme se fait voler son porte-monnaie dans le métro. A l’intérieur, une photo de sa femme et sa fille mortes. Unique trace de son passé. Après le vol, une promesse est faite : retrouver le coupable, et le tuer, simplement. Puis, c’est la rencontre entre la femme et l’homme. Une rencontre entre deux univers, deux mondes, entre deux cœurs brisés surtout. Car dans la tristesse commune, les âmes se lient. Ces deux histoires sont inspirées de faits ayant été vécus par les amis du réalisateur, d’où cet aspect volontairement parfois documentaire. Ces drames sont forts, poignants. Mais plus que les faits, c’est le mystère qui les entoure qui nous passionne d’avantage encore. Cinq fins ont été filmés, aucune ne nous ait montré. Au spectateur de choisir, ou non, quelle sera sa conclusion de l’histoire. Les prémices de cette incertitude étaient déjà présents bien avant : actions se déroulant hors-champ, choix de premier plan sur des figurants ou des paysages plutôt que sur l’action du personnage. Pas de longue tirade sur les états d’âme des personnages, juste un plan fixe sur un regard dans la vague. Ce flou, bien que parfois frustrant, est particulièrement efficace et toujours bien amenés. Face au bla-bla omniprésent de certains films, voire même de nos vies, le réalisateur a ici fait un tout autre choix: la suggestion et la liberté. Au spectateur d’entrer à son tour dans l’histoire en se créant en partie la sienne. Et cela s’avère être une très bonne surprise.

Un cinéma d’auteur

Le temps au cinéma est une chose passionnante. Flexible à souhait, les cinéastes sont libres de s’amuser de et avec lui. Mais rare sont ceux qui prennent le pari de long plan séquence, où l’action est quasiment inexistante. Ozu et Bresson l’ont fait, et la référence est clairement assumé ici. La séquence de huit minutes filmant le voyage entre deux stations de métro, sans coupure et ellipse, est particulièrement incroyable. Le choix du noir et blanc rend lui en bel effet esthétique, mais nous laisse malgré tout légèrement sceptiques sur son utilisation réelle. Se révélant magnifique lors de certains plans, il reste un peu anecdotique pour l’autre moitié du film. Il faut bien se l’avouer, un film de cette gamme chromatique, sans musique aucune, cela pourrait en agacer plus d’un. A juste titre parfois, le plus souvent, non. Il ne faut pas se le cacher, le temps parait plutôt long dans pas mal de scènes du film. Néanmoins le réalisateur parvient ici à relever haut la main son pari esthétique. Notons pour l’anecdote que ce film à été tourné en moins d’une semaine, avec du matériel prêté et surtout pas de budget. L’idée derrière cette note diffusée au début du générique de fin est de montrer que tout le monde peut faire du cinéma si la passion est là. Et c’est une bien belle leçon il faut le dire.

Las busquedas est donc un film parfaitement maîtrisé sur le plan esthétique et dramaturgique, même si un spectateur non spécialiste aura clairement du mal à ne pas s’ennuyer. Un film comme laboratoire d’expérimentations, qui nous fait espérer de très belle chose pour l’avenir ! Et le festival des reflets se conclue ce soir avec une soirée musicale extraordinaire au Transbordeur de Lyon à partir de 19h.

Marie-Lou Monnot

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