Depuis l’aube (ode au clitoris) : sans gêne, du plaisir !

Depuis l’aube (ode au clitoris), mis en scène par Pauline Ribat, est présenté au 11-Gilgamesh Belleville du 6 au 28 juillet à 21h20 dans le cadre du Festival Off d’Avignon 2017. Un spectacle qui nous parle sans tabous des femmes et des hommes, de la sexualité (à moins que ça ne soit la sexualisation ?) : un véritable cri de rage et d’euphorie !

Le temps des confidences

L’aube. Moment intermédiaire, fin de la nuit et amorce du jour à venir, la lumière vive perce dans l’obscurité. Le spectacle de Pauline Ribat est à l’image de ce moment du jour, délicat et pétillant. Sur scène, elle est accompagnée de deux comédiens-musiciens Florian Choquart et Lionel Lingelser. Ils nous font le portrait de femmes un peu à la manière de Despentes dans King-Kong Theory : les insultées, les excisées, les violées et les amazones, les guerrières, les victorieuses.

Ils dénoncent les violences petites ou grandes qu’elles subissent. Dans une énergie communicative, la parole est ouverte. On se laisse surprendre par cette ode au rythme parfaitement maitrisé. Les comédiens vont et viennent dans les différents espaces scéniques. Sphère de l’intime, à droite du plateau, un miroir, une tringle métallique avec des vêtements. Lieu des confidences, de ce que l’on ne peut pas toujours dire et lieu de l’onirisme. A l’autre extrémité, la sphère musicale : un duduk, une batterie. Lieu d’un autre langage, de l’émotion. Au centre de la scène un tapis triangulaire de gazon vert pomme avec une scène surélevée à sa base. C’est là où tout se joue, tout se dit, tout est montré sans pudeur, avec exubérance, drôlerie et poésie. On pourrait faire tomber le quatrième mur et ajouter l’espace des spectateurs qui jouent aussi leur rôle : observateurs, confidents, complices, ils assistent au délire de cette bande de copains, s’interrogent avec eux. Parfois une pause, temps indispensable pour que chacun de son côté du plateau reprenne sa respiration avant de reprendre. C’est le retour au calme et ce qui fait la poésie : prendre le temps dans la relation avec les spectateurs de se poser, de laisser les idées se frayer un chemin.

© Victor Tonelli
© Victor Tonelli

Pop-féministes !

Depuis l’aube (ode au clitoris), convoque le mythe de l’androgyne pour rétablir les bases d’une relation femme-homme comme étant les moitiés séparées par les dieux d’une même créature. Avec poésie on glisse vers des sujets plus durs et incisifs. Les scènes de harcèlement et de violence de la vie quotidienne sont livrées de la manière la plus crue. Sans sublimation pour dénoncer un phénomène de société encore trop banalisé. Lorsque les scènes deviennent dérangeantes voire violentes, l’humour est convoqué pour désamorcer la situation. Il brise l’état de sidération des corps qui subissent la violence. Il permet de ne pas s’enfoncer dans des situations qui dégénèrent. Il interroge sans cesse la force des préjugés et inverse la dynamique. Ces préjugés qui enferment hommes et femmes dans une incompréhension, qui empêchent le dialogue. À chaque temps plus léger sa question intime. Les trois comédiens décortiquent le sexisme, renversent les rôles, de l’étymologie des insultes à la dénonciation sur fond de musique pop de la vaginoplastie, tous les thèmes y passent. Là est toute l’intelligence de l’écriture de Pauline Ribat. Les comédiens oscillent entre rire, rage et tétanie et nous embarquent dans leur univers sans tabous.

« Un homme ne peut faire l’amour si son pénis est mou et une femme ne peut faire l’amour si sa vulve est sèche. »

© Victor Tonelli
© Victor Tonelli

On traverse Depuis l’aube (ode au clitoris) dans une énergie folle et fulgurante. Loin d’être un spectacle moralisateur, il nous embarque dans une ambiance de discussion de fin de soirée, une joyeuse complicité s’installe entre le public et les comédiens qui interrogent, bousculent les conventions et jouent avec les mots. On glisse d’une situation à l’autre sans y prendre garde dans ce spectacle libérateur qui incarne un féminisme humaniste.

Anaïs Mottet

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