Lavez-vous du sang de vos victimes dans Hygiène de l’assassin !

La compagnie Les Affamés revient à Avignon pour la troisième année consécutive avec le spectacle Hygiène de l’assassin, adapté du roman d’Amélie Nothomb. Après le théâtre des Corps Saints, c’est au théâtre du Grand Pavois d’accueillir cette mise en scène du 7 au 30 juillet à 15h40 (relâche le lundi).

Belle intrigue pour un jeu inégal

Succès du Off 2015, c’est avec beaucoup d’attentes que je me suis dirigé vers cette pièce l’an dernier. Si l’intrigue et la mise en scène étaient à la hauteur, le jeu des acteurs souffrait malheureusement de quelques maladresses. Peut-être étaient-ils fatigués, toujours est-il qu’on ne compte plus le nombre de fois où les comédiens ont buté sur le texte, notamment Gilles Droulez qui joue Monsieur Tach. Ce qui est dommage, car son jeu pour incarner ce prix Nobel de littérature, assassin de l’amour de sa vie est plutôt convaincant, à la différence de son homologue sur scène Fanny Corbasson qui joue une Nina qui manque de profondeur et dont le retournement final est trop brutal et probablement un peu mal amené.

© crédits photos cie Les Affamés
© crédits photos cie Les Affamés

Ce roman est facilement adaptable au théâtre puisqu’il s’agit d’une interview menée par Nina qui est au départ dédaignée par le romancier qu’elle admire. Mais ce dernier s’ennuyant s’excuse et accepte un pari dont l’enjeu est de faire ramper l’autre à ses pieds. De ce pari nait un affrontement verbal où chacun tente de déstabiliser l’autre et de prendre l’ascendant. Le but de l’interview est de comprendre pourquoi Monsieur Tach a tué Léopoldine, l’amour de sa vie, dont il parle dans son roman L’hygiène de l’assassin et qu’il n’a pas pu finir.

Au fur et à mesure, on comprend que le titre « hygiène de l’assassin » n’a pas seulement été donné en fonction du titre du roman, mais qu’il fait référence à la vie de Monsieur Tach qui a pris le soin de se laver de la culpabilité de son meurtre en expliquant que s’il l’a tuée, c’est par amour et pour son bien, mais surtout parce qu’elle était consentante. Ses explications se heurtent au rationalisme et la méchanceté croissante de son interlocutrice. Plus il raconte l’histoire, plus il devient vulnérable et plus elle prend l’ascendant… Petit à petit, on prend pitié pour cet homme dont la condescendance de départ était méprisable et on s’offusque de la cruauté de cette femme qui se venge de l’humiliation qu’il lui a fait subir au début. La force de la mise en scène est de très bien montrer ce changement d’autorité, il s’affirme petit à petit avec justesse. Néanmoins, la fin nous laisse sur notre faim… La tension entre les deux personnages disparaît, l’habileté des acteurs à balancer cette autorité disparaît lorsque l’un des deux se soumet à l’autre. Plutôt que d’insister sur la façon dont la haine va se transformer en amour, on nous montre comment on passe de la colère à l’apaisement, mais de manière trop brève pour nous laisser le temps d’y croire, et c’est dommage, car cela gâche un peu le climax final.

L’hygiène de la mise en scène tonifie le corps et l’esprit

La mise en scène repose sur l’affrontement verbal des deux personnages mis en avant par les déplacements, les regards et les interactions entre les personnages. Lorsque Monsieur Tach domine les échanges, il s’avance vers elle avec son fauteuil roulant alors que quand c’est elle qui le domine, elle agrippe les accoudoirs et se penche sur lui pour ne lui laisser aucune échappatoire et l’obliger à écouter ce qu’elle dit.

© DR
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Le décor est très épuré, seul un drap transparent est dressé au milieu de la scène marquant une séparation, voire un mur entre les deux lieux de la maison de Monsieur Tach autour duquel ils tournent. Ce mur transparent devient le lieu de projections d’images qui au départ ne semblent pas vraiment avoir d’apparence définie et ne semblent pas représenter une forme concrète jusqu’à l’aveu du crime où l’image en question prend la forme d’une femme, probablement celle qu’il a tuée. Enfin, au moment du crime final, les deux comédiens sont derrière le drap et une vidéo montrant une vue de dessus de la scène offre une perspective nouvelle nous obligeant à prendre un peu de distance par rapport à ce qu’on voit. On se sent obligé de s’interroger sur cet acte et de réfléchir à s’il est clairement justifié ou non et à ce qu’on aurait fait dans le même cas.

© crédits photos cie Les Affamés
© crédits photos cie Les Affamés

Si le propos de la pièce est intéressant, c’est dommage que la psychologie des personnages ne soit pas assez creusée dans cette mise en scène.

Jérémy Engler

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