Le Brésil, ce n’est pas que du foot, pour le découvrir, il faut de l’imagination !

Imagine Brazil est le nom de l’exposition phare du MAC (Musée d’Art Contemporain) de Lyon qui se déroule du 5 juin au 17 août 2014. Pourquoi ce nom ? Le Brésil est un pays immense et les artistes sont donc incroyablement nombreux et les mouvements artistiques presque tout aussi nombreux. Aussi, il était difficile pour les trois commissaires de l’exposition, Gunnar B. Kvara (directeur du musée Astrup Fearnley Museet d’Oslo), Hans Ulrich Obrich (co-directeur des expositions de la Serpentine Galleries à Londres) et Thierry Raspail (directeur du MAC), de faire une exposition exhaustive sur l’art brésilien. Ils se sont donc intéressés aux jeunes artistes émergents qui rompent avec le modernisme brésilien afin de faire découvrir une nouvelle forme d’art. Ils ont donc choisi de présenter vingt-sept artistes brésiliens, certains inconnus et d’autres totalement reconnus…

«  3 commissaires choisissent 14 artistes qui choisissent chacun un artiste qui les a influencés. »

Somos Todos Umas Crianças Assim, Pedro Moraleida, 1998 © Jérémy Engler
Somos Todos Umas Crianças Assim, Pedro Moraleida, 1998
© Jérémy Engler

Les règles de cette exposition

Il est étonnant de parler de « règles » pour une exposition, ce mot s’associant plus volontiers aux jeux de société qu’à un musée et pourtant cette exposition est un jeu… Comme dit précédemment, il était impossible de donner une vision exhaustive des artistes, donc les trois commissaires de l’exposition ont pris le parti de raconter une histoire en appliquant un principe de sélection très original. Toute exposition raconte une histoire, c’est ce qui en fait sa cohérence et lui donne son intérêt. Pour eux, l’histoire de l’art brésilien contemporain est difficile à raconter car infiniment riche et demander aux vingt-sept artistes invités de raconter chacun une histoire était un projet bien trop grand pour une salle (pourtant déjà grande) comme le MAC. Ils ont donc sélectionné quatorze jeunes artistes avec l’aide de professionnels du métier sur place qui représentent différents courants artistiques contemporains et leur ont demandé de choisir chacun un artiste qui leur semblait représentatif de ce qu’ils faisaient ou qui les avaient inspirés. Cette exposition permet de mettre en avant quatorze créateurs dont l’histoire et le parcours artistique est intéressant, mais surtout elle offre aux Européens qui la verront une vision interne de l’art brésilien. En présentant le travail d’un artiste qui les a influencés, ils nous donnent la clé de compréhension de leur œuvre et nous raconte l’histoire de leur travail…

Un Brésil qui s’imagine et qu’on imagine

Imagine Brazil est un grand « melting pot » d’œuvres d’art et de styles. Certains représentent leur pays de manière très réaliste avec une séquence filmée sur le trafic automobile, ou encore avec des musiques brésiliennes puisque certains artistes ont invité non pas des peintres ou des sculpteurs mais des musiciens. Cette exposition nous fait voyager dans un Brésil émergent tantôt réaliste, tantôt complètement abstrait avec Jonathas Andrade par exemple qui multiplie les formes géométriques incrustées dans un texte ou non pour nous raconter ses souvenirs de classe.

Nostalgia, sentimento de classe, Jonathas de Andrade, 2012 © Jérémy Engler
Nostalgia, sentimento de classe, Jonathas de Andrade, 2012
© Jérémy Engler

D’autres détournent des objets du quotidien comme Rodrigo Matheux qui utilise des cartes postales pour créer une île. Cildo Meireles nous invite quant à lui au bord de l’océan avec un ponton installé au milieu d’une eau représentée par du papier et des sons de houle qui semblent nous montrer les plages brésiliennes ou encore Tunga qui crée deux sculptures improbables, un Bonhomme en bouteilles tenus par des fils de marionnettistes et une autre qui nous mène Vers la voie humide dans laquelle il utilise des cristaux et de nombreux autres matériaux pour mettre en avant les ressources naturelles du Brésil en jouant sur la lumière et la transparence.

Boneco de Garrafa, Tunga, 2010-2011 © Jérémy Engler
Boneco de Garrafa, Tunga, 2010-2011
© Jérémy Engler

Les peintures sont difficilement regroupables car très différentes les unes des autres. Certaines sont très épurées et petites comme celles de Pedro Moraleida qui représentent un univers familier pour nous et pourtant si différent, c’est très troublant ! D’autres, au contraire, font des œuvres immenses et surchargées comme Thiago Martins de Melo, qui à partir d’une image violente en superpose de nombreuses autres donnant un aspect foisonnant et effrayant car les thèmes qu’il aborde ne sont pas joyeux… Ils dénoncent les vices de la société brésilienne tout comme la vidéo de Rodrigo Cass qui montre comment des mains déballent et remballent un livre intitulé Civilta americana. Au fur et à mesure, le papier se détériore et les mains sont moins appliquées, preuve du refus de cette influence américaine qui tend à tout contrôler et à annihiler la culture populaire brésilienne. D’autre part, le Brésil est un pays où la religion est très présente et cela se ressent dans les tableaux des auteurs invités et lorsqu’elle est mise en avant, c’est rarement pour la valoriser, montrant ainsi une petite remise en cause de la part des artistes.

Cruz com Colagem, Pedro Moraleida, 1999 © Jérémy Engler
Cruz com Colagem, Pedro Moraleida, 1999
© Jérémy Engler

Ainsi, toutes ces formes d’art différentes et ces artistes nous livrent leur histoire de l’art brésilien grâce à des artistes chevronnés invités par de jeunes talents émergents. Ils nous offrent un Brésil qu’ils ont imaginé et représenté dans leurs œuvres pour que nous puissions à notre tour nous imaginer et nous représenter le Brésil où le football n’est pas la seule forme d’art…

Da serie oceanos, Fabio Morais, 2006 © Jérémy Engler
Da serie oceanos, Fabio Morais, 2006
© Jérémy Engler

Une exposition dans l’exposition

Il est intéressant de noter que les artistes donnent une grande place à la représentation des livres. Ainsi, les trois commissaires de l’exposition ont invité deux spécialistes, Jacopo Crivelli Visconti et Ana Luiza Fonseca afin qu’ils réalisent une exposition sur ces livres créés par de jeunes artistes différents de ceux exposés dans les autre salles. On arrive à ces livres à la fin de l’exposition si on commence par le premier étage et au début si on commence par le dernier. Cette place leur donne un statut vraiment particulier puisqu’ils semblent vouloir dire que l’histoire d’Imagine Brazil se termine ou commence… Ces livres que l’on ne peut pas feuilleter aiguisent notre curiosité, l’un est en marbre, l’autre intitulé Stress est si « stressé » qu’il fait bouger les particules déposées sur sa couverture… Chacun d’entre eux nous raconte une histoire sans pour autant qu’on ait besoin de les feuilleter, car l’histoire des livres réside parfois dans leur existence même…

Livro de Marmore, Felie Cohen, 2010
Livro de Marmore, Felipe Cohen, 2010

A vous de venir découvrir ces histoires et d’imaginer votre Brésil ! Laissez-vous porter par ces artistes qui vous font voyager dans ce Brésil qui bouge, qui magnifie et dénonce les conditions de vie de ce pays qui ne se résume pas qu’au foot et au carnaval de Rio.

Jérémy Engler

2 pensées sur “Le Brésil, ce n’est pas que du foot, pour le découvrir, il faut de l’imagination !

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