Le bruit des os qui craquent à l’Espace 44 : Un conte poignant

Si le théâtre se contente parfois d’un simple rôle de divertissement, il arrive parfois qu’il parvienne à nous faire réfléchir, et à nous ouvrir les yeux sur un monde dont on n’a pas toujours conscience… Et c’est notamment le cas avec Le bruit des os qui craquent, mis en scène par la compagnie Les ptites dames. Ce spectacle, qui se joue du 15 au 17 décembre à l’Espace 44, ne vous laissera certainement pas indifférent. Présenté sous la forme d’un véritable conte, à priori enfantin, son fond et la réalité qu’il renferme en est hélas très cruel.

Monde d’adultes, regards d’enfants

©Virginie Giraud
©Virginie Giraud

Le bruit des os qui craquent nous raconte l’histoire de deux enfants, plongés bien trop brutalement dans le monde des adultes. Deux enfants, confrontés à des problèmes bien loin d’eux ; deux enfants pour qui la guerre n’est alors plus un jeu. Elikia a été enlevée par les rebelles de son pays, depuis trois ans, elle vit, ou plutôt survit, à leurs côtés. Un jour, Joseph, qui n’est âgée que de huit ans, est à son tour enlevé. C’est une prise de conscience pour la jeune fille, qui décide alors de s’enfuir. La débute le spectacle et le périple de ses deux petits soldats, qui fuient cet état, qui fuient cette situation. A travers le récit direct des deux personnages, mais également à travers celui de l’infirmière qui s’est occupée d’eux à la fin de leur voyage, toute l’histoire nous est racontée. Leurs sentiments, leurs peurs, leur longue traversée jusqu’au bout du tunnel. C’est à travers des mots simples, des mots parfois enfantins, que nous est décrite l’horreur de la guerre, ses conséquences aux yeux d’un enfant, mais aussi aux yeux de la société. Elikia a dû tuer, sans doute, certainement. Mais du haut de ses treize ans, face aux violences, à la drogue, à l’autorité d’un adulte, en est-elle réellement coupable ? Que faire de ses enfants après les avoir soignés ? Comment vivre quand leur courte vie a été détruite, et que tout ce qu’il connaissait a été saccagé ? C’est avec une grande justesse que ce spectacle pose ses questions. Sans jamais être moralisateur ou manichéen, la compagnie parvient à nous parler d’un sujet délicat, hélas trop peu abordé dans les arts de la scène. Les deux comédiennes et la musicienne aide d’ailleurs beaucoup à apporter cette précision dans le ton. Grâce à leur simplicité de jeu et cette attitude de conteuse avant tout, elles nous emportent.

Un conte visuel

©Virginie Giraud
©Virginie Giraud

Si le discours relève donc d’un très beau regard et ne tombe jamais dans le pathos, c’est aussi grâce aux choix scénographiques qui ont été fait. Le décor représente en effet une chambre d’enfant : bureau, coffre, jeux en tout genre… Une jeune femme est là, au tout début du spectacle. Entourée de tout ce petit monde innocent, elle lit. Et plus elle lit, plus les deux étranges corps tels des marionnettes présent sur le côté se réveillent. Les deux comédiennes, qui sortent de leurs sommeils pour jouer, et donner corps aux lignes qui défilent sous les yeux de la jeune femme. Et pour donner davantage de corps à l’histoire, quoi de mieux que des marionnettes, des vrais cette fois, en bois. En perpétuel échange, ces quatre corps vont venir illustrer le conte. Si le livre s’ouvre donc métaphoriquement à nous, ce passage est également physique. En effet, un grand livre est présent sur scène. Et quand il s’ouvre, c’est un univers de pop-up qui se présente à nous. Des arbres, une rivière, ses quelques bouts de papiers colorés nous transportent dans la forêt, avec Elikia et Joseph. Au fur et à mesure, le décor s’agrandit, la forêt s’étend, de plus en plus, jusqu’à envahir le plateau. Mais dans cette abondance d’arbres et de feuilles, une issue est toujours présente…

Le bruit des os qui craquent nous émeut, mais nous fait également réfléchir, et ouvrir les portes de notre esprit, de notre monde. Si le spectacle, basé sur un rythme un peu trop binaire comporte quelques longueurs et que l’esthétique des marionnettes pourrait être légèrement revue, le public en reste néanmoins conquis. Un spectacle à découvrir donc pour l’intelligence de son propos, et la justesse de la mise en scène.

Marie-Lou Monnot

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