Le chagrin au Théâtre de la croix-Rousse : Une pièce qui chagrine…

Les drames intimes sont cette semaine au centre de la programmation du Théâtre de la Croix-Rousse. En parallèle de Rendez-vous gare l’Est qui se joue à 19h (et dont vous pouvez retrouver la critique sur notre site), le théâtre nous propose de découvrir Le chagrin à 20h30, et ce jusqu’au samedi 13 février 2016. Une pièce mise en scène par Caroline Guiela Nguyen et Les Hommes approximatifs. Une compagnie que le public avait déjà pu découvrir la saison passée avec Elle Brûle. Mais si Rendez-vous gare de l’est nous convainc, ce n’est hélas par le cas pour Le chagrin. Explications…

Le silence de l’absence

©Jean-Louis Fernandez
©Jean-Louis Fernandez

Le point d’origine de l’histoire de la pièce, c’est la mort, la fin d’un temps, et donc le commencement d’un nouveau. Le début, c’est la mort du père. Le temps d’après, c’est le temps de la reconstruction, entre soucis pratiques et évocations de souvenirs. Pour nous montrer cela, le spectateur fait face à une sœur et un frère qui sont précisément dans cette situation. Pour les accompagner, deux autres femmes, une jeune et une vieille. Tous ces personnages vont alors se mettre à discuter, échanger des banalités, des blagues, faire des bêtises aussi… Mais les moyens d’échanger sont nombreux. Si la parole viendra s’installer en temps voulu, c’est tout d’abord à un long temps de silence auquel le spectateur assiste. Un temps de rencontre avec des gestes et la mise en place d’un jeu, pour ne pas avoir à se montrer sous son vrai visage. Des bribes de sons sortent malgré tout des bouches, et au final, des phrases. Ces temps de discussion dans le présent sont entrecoupés de temps de parole du passé, des souvenirs d’avant la mort du père. Les visages se changent alors, le ton de la voix, les attitudes… Tous ses personnages évoluent d’ailleurs dans un décor qui semble être lui-même un souvenir, voire presque un lieu de culte. Les murs sont en effet recouverts de cases, toutes de différentes tailles, et toutes remplies d’objets en pagaille, sortes de trophées du passé. Au milieu de tout cela, au milieu de ces images sans vie, une télé, où des images animées défilent. Car au cœur de la mort, la vie arrive toujours à se frayer un chemin…

Et l’absence de… tout

©Elisabeth Carecchio
©Elisabeth Carecchio

L’idée de base de la pièce est donc plutôt intéressante, même si déjà souvent traitée. Et de son côté, la scénographie est autant intéressante que belle, surtout cumulée au travail des lumières. Mais la mise en scène et les textes tombent eux complètement à l’eau… L’ensemble manque clairement de rythme, tout est long, et hélas, sans intérêt visible. On assiste à des discussions, quotidiennes, très réalistes dans le texte, mais absolument pas dans le jeu qui sonne souvent faux. C’est fréquemment le problème des écritures collectives sans figure dominante, et il n’est pas rare que tout s’écroule et devienne un melting-pot sans cohérence et surtout sans but. A ce jeu dangereux, Les Hommes approximatifs ont donc malheureusement échoué. Puis, au-delà du texte qui requiert peu notre attention, la mise en scène à proprement parlé est purement et simplement incompréhensible. Tout au long de la pièce les personnages font d’étranges choses avec leurs mains. Ils jouent avec de la peinture, de la terre, des fleurs, bref, ils s’amusent comme des enfants. Mais on a beau chercher, on ne comprend pas pourquoi. Certes, cela pourrait s’apparenter au théâtre de l’absurde… Oui, mais encore une fois, c’est un art qu’il faut savoir manier, entre dérision et humour, et toujours, toujours, avec un décalage, discret, mais visible. Et on ne le retrouve malheureusement pas ici…

La pièce Le chagrin nous déçoit donc par son manque de profondeur et ne nous emporte pas là où elle le voudrait. Elle ne parvient pas à nous montrer que la vie reste là, malgré la mort. Un spectacle décevant donc, malgré son atout plastique évident. À voir au moins pour cela!

Marie-Lou Monnot

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