Le Coq d’Or au Théâtre de la Renaissance, spectacle musical énigmatique

Le Théâtre de la Renaissance à Oullins présente le 27 et 29 mai un spectacle étonnant, Le Coq d’or de Pouchkine dans la version musicale qu’a créée Nicolaï Rimsky Korsakov au XXème siècle. Cette version opératique du texte de Pouchkine ouvre de nouvelles dimensions qu’ont su exploiter Jean Lacornerie, Gérard Lecointe – directeur du Théâtre de la Renaissance – et Etienne Guiol, respectivement responsables de la mise en espace, la direction musicale et l’image. Ainsi on a l’occasion de voir un spectacle assez inhabituel.

L’alliance audacieuse du graphisme et de la musique

C’est assez inédit de voir ce genre de spectacle dans un théâtre car ce Coq d’or englobe plusieurs arts. On a donc la musique qui plonge dans une sphère très différente : elle est très harmonieuse et bien jouée et on a l’occasion de découvrir les sons d’instruments peu habituels. C’est alors une découverte auditive très sympathique qui donne juste envie de fermer les yeux pour profiter de cette mélodie envoûtante. Mais le spectacle visuel ne tarde pas à commencer. En effet, il y a un écran au fond de la scène mais aussi une toile qui sépare les musiciens et acteurs du public. Si cela paraît très étrange au début (on se demande pourquoi installer cette toile qui floute la vue sur les comédiens), on est vite surpris par le spectacle qui surgit : alors que des dessins ont déjà commencé à s’animer dans l’écran du fond, une nouvelle couche de graphisme vient s’animer sur cette toile, rendant un effet en trois dimension complètement fou. Les yeux s’écarquillent à la vue de ce spectacle en trois plans (la toile, les comédiens, l’écran au fond) et l’on reste très admiratif. On peut d’ailleurs rappeler que Le Coq d’or a reçu le prix de la critique du meilleur créateur d’éléments scéniques en juin 2014. Cette combinaison de graphismes en trois dimensions et de musique crée une atmosphère très étrange, qui plonge le spectateur dans le merveilleux du conte de Pouchkine et de l’œuvre de Korsakov très bien jouée par Les Percussions Claviers de Lyon.
Cette adaptation est alors très inventive car elle relie les sphères sensorielles et nous emmène dans un voyage où musique et image s’entrelacent. Toutefois, si les dessins sont très bons, ils tendent parfois vers quelque chose d’un peu trop fantasmagorique. On ne sait pas toujours où le dessinateur nous emmène, ses images sont de temps en temps trop animées justement, trop expérimentales. On se perd un peu dans ce voyage visuel. Dommage car lorsqu’on se concentre sur ces images peu accessibles, l’esprit n’écoute plus tellement la musique qui se joue en fond. On parle alors d’un spectacle où les arts se rencontrent joliment mais ces derniers peuvent également embrouiller un peu.

© Bruno Amsellem
© Bruno Amsellem

Mais qui porte un peu préjudice à l’intrigue

Cette mise en scène du conte est très sensorielle et offre de belles perspectives artistiques. Toutefois, on regrette de passer parfois un peu à côté de l’œuvre de Pouchkine. En effet, la poésie du texte est un peu biaisée par la diction très étrange des comédiens : parfois très mécanique, parfois trop théâtrale. On aurait peut-être aimé une énonciation plus simple, plus naturelle qui rendrait la mise en scène plus fluide. Effectivement, si cette façon de conter semble se calquer sur la musique du moment, on trouve un peu dommage de vouloir ajouter encore un aspect auditif. La musique fait déjà beaucoup et le texte, en étant récité de cette façon étrange perd de sa spontanéité, de son statut de conte. L’histoire se prêterait plus à une énonciation harmonieuse, claire plutôt qu’à des mots hachés récités en chœur.
On peut rajouter aussi l’aspect dérangeant du rythme de l’histoire. L’accent est bien sûr mis sur l’image et la musique mais le manque d’enchaînement de l’intrigue nuit au spectacle. On est venu voir un conte mais il est perdu au milieu de ces expérimentations artistiques. Si elles restent très appréciables, on trouve dommage le fait que l’on doive attendre cinq minutes entre chaque phrase des comédiens. Le rythme soutenu des graphismes et de la musique ne tient plus alors vraiment en haleine puisqu’on ne sait pas toujours ce qui se passe. On ne refuse pas le laconisme mais la façon de relater le conte n’est pas bien claire et on doute qu’un jeune public comprenne bien. Surtout que la morale apparaît à l’écran, on lui donne de l’importance alors que l’intrigue est un peu reléguée au second plan. Comment saisir la morale lorsque l’histoire n’est pas limpide ? Ce spectacle bien que très intéressant artistiquement ne laisse pas beaucoup de place au conte et s’en sert plutôt comme d’un prétexte à une création inédite. Mais du coup il perd en accessibilité.

Ce spectacle est une expérience visuelle et sonore plutôt entraînante qui surprend, emporte dans un voyage vers l’orient. Mais ce voyage n’est pas conté de la meilleure manière, ce qui ternit un peu la carte postale. On apprécie l’inventivité du dispositif scénique mais on craint également qu’un jeune public (attendu pour cette création) ne puisse pas saisir de quoi parle le conte et se noie dans ces expérimentations.

Solène Lacroix

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