Le coup de cœur de Françoise va pour une histoire où le métro vous transporte au-delà du simple moyen de transport

Karen Merran est responsable marketing et consacre tout son temps libre à l’écriture. Avec ce livre, elle a connu un immense succès d’auto-édition, qui lui a permis de réaliser son rêve en étant publiée chez Michel Lafon en 2014 avec son premier roman Il était une fois dans le métro.

Le monde du métro et ses multiples facettes

images (2)Maya passe plus d’une heure et demi par jour dans le métro, soit environ cinquante minutes le matin et la même chose le soir. Elle travaille en tant que chef de produit, au service marketing, au sein de la société Beauty Corporation, entreprise internationale de cosmétiques en pleine croissance. Elle doit pour la marque Hair Only, développer des shampoings, des soins et des coiffants originaux pour passer devant les concurrents auprès des consommateurs. Maya adore son métier et aime s’y rendre chaque jour en métro, cela lui permet de laisser son esprit vagabonder au rythme de son imagination. Pendant son trajet, dix-huit arrêts défilent avec une correspondance à Saint Lazare avant d’arriver à la station ou elle descend, elle a effectivement le temps de regarder toutes ses personnes et essayer d’imaginer ce qu’ils font dans la vie, qui ils sont, quels sont leurs loisirs. Elle aime contempler leurs allures, leurs gestes, leurs regards, une masse de gens si différents les uns des autres. Elle passe, également, au peigne fin leur chevelure – professionnalisme oblige – car pour elle la confiance n’est pas dans la tête mais sur la tête. Elle pensait être toute puissante en détruisant leurs problèmes capillaires et ainsi améliorer la vie de ses semblables. Elle lorgnait les sommets des crânes, dégarnis ou non pour les hommes, avec des racines à recolorées pour les femmes et submergés par de petites pellicules communes aux deux sexes. « Une véritable expérience de terrain » dont bénéficiait chaque jour son travail…
Un jour, marchant dans les interminables couloirs de sa correspondance, Maya se fait agresser par une personne qui lui vole son téléphone. L’action est si rapide qu’elle n’a pas le temps de réagir, un homme tente de l’arrêter hélas sans succès. Ce dernier prend des nouvelles de Maya en pleurs après des cris et des insultes proférés à l’encontre de l’agresseur. L’homme est courtois et ressemble aux yeux de Maya à un justicier des temps modernes. Personne d’autre n’est intervenu, seul cet homme : un SDF !
L’auteur nous fait découvrir, dans le début de son récit, une autre façon d’appréhender le métro et les personnes qui transitent chaque jour dans ses wagons. Tous ses inconnus qui se croisent sans jamais échanger de paroles, à peine un regard, ont un passé, un présent et un avenir et oublient dans ce milieu souterrain l’essentiel : ils ne représentent pas qu’un ticket de métro sur des jambes !

Une rencontre inattendue dans le métro peut mener très loin et très haut

il-etait-une-fois-dans-le-metro-de-karen-merran_5335910-LMaya a une vie bien remplie avec un travail prenant mais aussi des relations amicales et familiales enrichissantes. A vingt-huit ans, on peut dire que sa vie est agréable et prometteuse. Son seul petit bémol est les problèmes récurrents avec sa chef de service qu’elle considère comme inefficace et limite incompétente. Au fil des pages de ce roman nous côtoyons la famille juive sépharade issue du Maroc de Maya. Une grand-mère, You, fervente admiratrice de Patrick Bruel et joueuse assidue au poker à qui Maya voue une grande admiration. La copine de You qui vient boire le thé régulièrement à cinq heures. Le père, Simon qui ne loupe jamais la prière du Kiddoush du vendredi soir, la mère, le frère et sa femme, la sœur et son mari ainsi que les deux neveux et nièces. Bien sûr toute cette belle famille espère que Maya rencontrera l’homme de sa vie et déplore que ce ne soit pas déjà fait.
La vie n’étant pas un long fleuve tranquille, la routine paisible de l’héroïne se trouve perturbée par l’arrivée inopinée de Roger, SDF, sauveur dans le métro. Une idée folle prend forme dans sa tête : l’aider à récolter plus d’argent. Mais il faut bien plus ! L’élaboration de stratégies marketing n’est pas aussi simple sans support publicitaire. Dans le métro, il est difficile de capter l’attention des gens dont l’esprit vagabonde au centre de leurs préoccupations. Pourtant, Roger et Maya vont tout tenter : lire de la poésie, organiser des karaokés, pousser la chansonnette, etc. Mais la générosité des gens est tout de même très subjective et surtout très frileuse. Maya se rend compte de l’ampleur de la tâche pour trouver « l’idée » de génie et permettre ainsi à Roger de pouvoir se loger. L’exercice est bien plus compliqué que l’est son propre travail dans les shampoings, soins et autres produits coiffants. Au fur et à mesure, les pages se tournent et laissent apparaître une Maya grandissante, se remettant en question, posant un regard différent sur les choses et les gens mais surtout sur le monde qui l’entoure.

Un très beau voyage

L’auteur nous interpelle sur la véritable valeur d’une personne et donne tout son sens au proverbe : « l’habit ne fait pas le moine ». Notre société actuelle nous force à regarder chez l’autre, essentiellement, l’apparence mais par ce récit nous espérons que chaque lecteur posera son regard bien plus loin. Au-delà des frontières du « politiquement ou socialement correct » il existe un être humain avant tout et que rien ne prédestinait, sans doute, à cette situation. N’oublions pas : le travail ne « court pas les rues », le sympathique lieu d’habitation pourrait tout simplement retourner au propriétaire, les finances pourraient s’effondrer…la Grèce n’est pas si loin…
Ce roman peut paraître un peu simpliste et facile, voire mièvre, mais l’auteure nous fait également réagir sur la construction des vraies relations humaines et ses difficultés. Sans doute le lecteur y verra-t-il un clin d’œil vers toutes ses relations virtuelles construites bien souvent sur des bases erronées. Mais aussi sur la peur qui nous fait détourner le regard, l’inconnu dérange donc nous indigne et très rapidement on passe son chemin. Un arrêt sur image vaut parfois le détour, d’ailleurs l’auteure nous démontre dans son livre que la beauté de l’âme n’est pas toujours là où on l’attend.

Finalement, l’univers du métro mène bien plus loin et bien plus haut qu’un simple voyage assis ou debout dans un wagon ou stationnant sur le quai d’une rame. Encore faut-il prendre le temps de s’intéresser…

Françoise Engler

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