Le coup de coeur de Solène pour le conte d’un désinvolte, Gainsbourg, vie héroïque

Joann Sfar, scénariste, dessinateur et réalisateur est en ce moment en promotion de son livre en hommage au peintre Bonnard, lui-même en exposition au Musée d’Orsay. Ce réalisateur aux multiples talents semble alors puiser dans des sources d’inspiration très différentes car en 2010, il nous parle de musique dans son film Gainsbourg, vie héroïque. Récompensé par le César du meilleur premier film, ce biopic nous raconte plus que nous restitue la vie tumultueuse du célèbre chanteur.

Une vie de rencontres, dérives et déboires

Raconter la vie de Serge Gainsbourg n’est pas une mince affaire. On connaît plus ou moins ses dérapages, ses muses, ses démons. Mais les voir à l’écran est autre chose. On plonge dans cette vie d’un enfant juif devenu chanteur, admiré, puis pathétique addict aux alcools et autres. L’histoire commence donc dans le Paris des années 40 ou le jeune Lucien Ginsburg tente de trouver sa place. La provocation se révèle jeune chez lui puisqu’il veut être le premier à porter l’étoile jaune. On saisit alors toute la désinvolture de ce personnage qui, s’il ne va pas rester enfant va toujours avoir une fantaisie et un franc-parler notable. On nous montre alors ses premiers pas dans la musique, ses rencontres, avec Boris Vian ou Brigitte Bardot. Sa vie d’adulte permet de se lover dans l’insouciance du monde artistique des années 60. Mais Gainsbourg lui sait ce qu’il fait et c’est pourquoi il peut sembler manipuler son monde. C’est un esprit libre mais qui, sans forcément savoir où il va, sait comment marchent les choses. C’est un personnage malicieux, lucide, cynique parfois. Sa provocation va de paire avec sa personnalité car il connaît le monde et sait ce qui va choquer. C’est alors l’histoire d’un homme assez insaisissable mais qui, au rythme de la musique, a pu partager son monde avec le public.

Une narration originale

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Ce monde si spécial, Joann Sfar nous le rapporte très bien. En effet, il utilise ses talents de dessinateur pour nous faire entrer dans l’intériorité d’un personnage impénétrable. Ce film est plus qu’un biopic, on parlerait plus d’une biographie romancée et fantastique. Le film s’allie au dessin animé car le dessinateur intègre des figures de sa création, il s’investit beaucoup dans la narration de la vie du chanteur. Ainsi, on peut citer le personnage emblématique de « la gueule », le double, le Gainsbarre de Gainsbourg. Cette intrusion du dessin animé ressemble bien à la fantaisie déjantée de Gainsbourg et permet une rencontre entre différents médias : dessin, film, musique, peinture, tous les arts ont leur place dans le film et dans la vie de Gainsbourg. On ne pourrait imaginer alors meilleur hommage à ce chanteur qu’en créant un monde complètement excentrique. On parle d’un personnage réel mais qui flirte avec le merveilleux. Dans une poésie crue, le récit du chanteur s’articule autour de cette gueule à qui il parle, dans un décor dessiné.
Mais on peut aussi rappeler que si l’histoire est racontée chronologiquement, elle a plus des allures de conte, comme le réalisateur intitule d’ailleurs son film. On conte les événements dans l’intimité du personnage, c’est pour cela que l’intitulé de conte permet d’échapper à tout l’écho médiatique qui secoue le terme de biopic. Si on montre bien Gainsbourg et son public, le film est surtout centré sur sa construction, ses émois ses rencontres et enfin sa destruction par les drogues et la provocation.

Le plaisir d’un jeu d’acteur assumé

On peut aussi apprécier le jeu d’acteur qui est très bon. Eric Elmosnino dans le rôle de Gainsbourg est assez incroyable. Il lui ressemble vraiment, ses mimiques et intonations sont travaillées et il rend bien compte de cet esprit frivole, amoureux de l’art et des femmes. Il est d’ailleurs assez dur de détacher ensuite les acteurs de leurs personnages car ils les représentent bien et le plaisir qu’on a à les voir évoluer au gré des musiques de Serge Gainsbourg est intense. Ainsi, l’intimité de Bardot et Gainsbourg est contée d’une manière légère et tendre. Le jeu d’acteur d’Eric Elmosnino fait de l’ombre aux autres mais ces femmes qui l’entourent sont tellement importantes qu’on ne peut l’en dissocier et on admire cette passion avec laquelle les comédiennes Lucy Gordon et Laetitia Casta parlent au chanteur. La tension de la vie amoureuse est alors très puissante car ce personnage qui semble perdu au milieu de ses pulsions et relations est secoué sans cesse, ce qui poussera à son comble son côté déluré.

En somme, ce film est l’occasion de redécouvrir l’œuvre et la vie de Gainsbourg mais pas de façon purement biographique puisque le réalisateur pose sa touche, comme un hommage à un des chanteurs les plus iconique et iconoclaste du XXème siècle.

Solène Lacroix

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