Le discours

Noël approche, et avec lui la promesse pour beaucoup d’entre nous du repas de famille habituel. Que vous soyez impatient à l’idée de retrouver vos parents, frères et sœurs, oncles, tantes et autres lointains cousin.e.s avec qui vous entretenez des relations tout à fait agréables ou bien que vous appréhendiez ce moment plus que les partiels, nous avons de quoi vous faire relativiser, avec Le Discours, deuxième roman du talentueux bédéiste et écrivain Fabrice Caro, sorti en novembre 2019. (Image mise en avant : © Au temps lire) 

 

Faille temporelle

Il y a les repas de famille qui se passent bien, d’autres où le ton monte à cause d’un sujet politico-social. Il y a ceux que l’on subit, pour cause : le trop peu de sommeil ou trop d’alcool la veille. Et puis il y a le repas de famille d’Adrien, qui a la grande idée d’envoyer juste avant de partir (à 17h24 précisément) un message à Sonia la femme qu’il aime et qui, après 1 an de relation, lui a demandé la séparation, du moins provisoire.
Un simple « Coucou Sonia, j’espère que tu vas bien, bisous ! » qui va se transformer en véritable obsession et servir de fil rouge au repas, étiré sur près de 200 pages par l’accès aux moindres pensées d’Adrien, qui nous fait ressentir l’interminable soirée, tellement obnubilé par son amour perdu qu’il n’écoute que la moitié de ce qui se dit à table. Mais ce n’est pas vraiment un problème, parce que ce qui se dit, il l’a déjà entendu des millions de fois, jusqu’à cette phrase de son beau-frère qu’il ne voyait pas venir :

« Tu sais, ça ferait très plaisir à ta soeur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie ».

Une proposition que le narrateur n’avait pas vu venir, et ne trouve pas le courage de décliner. Cette fracture de la boucle temporelle qui régissait les repas de famille jusque là va amener Adrien à faire le point sur sa vie. Entre réminiscences de son enfance et la vision plus que pessimiste de sa vie sans Sonia, nous apprenons à découvrir Adrien mieux que n’importe quel membre de sa famille, avec qui la communication semble coupée. C’est un des aspects brillants du roman, l’incapacité d’Adrien à parler à sa famille est partie intégrante de tous ces problèmes.

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Another Happy Day

Le discours c’est l’absurde au service de la mélancolie. Adrien, est un quarantenaire désabusé d’un cynisme extrême. Difficile, d’ailleurs, de lire plus de quelques chapitres sans être contaminé par sa vision négative… D’à peut-près tout. Et particulièrement de chacun des membres de sa famille. Son père et ses histoires incessantes déjà entendues des millions de fois, sa mère et son insupportable passivité, sa sœur et ses faux semblants, incapable de se rappeler si Adrien mange des poivrons, et surtout Ludo, son beau-frère, l’investigateur du redouté discours et véritable encyclopédie vivante. Des encyclopédies, Adrien en possède d’ailleurs 32, car c’est le seul et unique cadeau que lui offre systématiquement sa sœur à chaque Noël, trahissant selon lui de leur incapacité mutuelle à se comprendre, vous êtes prévenus…

De son « adolescence angoissée » à sa vie de couple complètement entravée par ses névroses, la vie d’Adrien ne semble pas simple. Pourtant, on peut lire entre les lignes de son cynisme un espoir qui fait du bien, qui réchauffe le cœur, particulièrement dans ses longues tirades sur son amour pour Sonia qui dévoile la beauté des instants du quotidien qu’ils partageaient, et nous amène a nous poser cette question : va-t-elle revenir vers lui ? Car Le discours n’est pas seulement une succession des pensées d’Adrien, mais bel et bien une histoire à suspens multiples auxquels nous nous accrochons comme Adrien s’accroche au souvenir de Sonia. Entre une réponse de celle qu’il aime et un discours dont il ne peut pas se défaire, le repas d’Adrien semble se transformer en véritable épreuve de l’univers, et nous sommes auprès de lui pour l’aider à surmonter cette adversité.

 

Si vous n’avez plus d’idée d’encyclopédie à offrir à votre grand-frère ou à n’importe quel membre de votre famille, nous ne pouvons que vous recommander Le discours, vous aurez, au moins, un sujet de discussion au prochain repas de famille. 

Du même auteur, la bande dessinée Zai Zai Zai Zai a été adaptée sur les planches et sera en représentation au Théâtre des Célestins du 18 au 29 décembre 2019

Article rédigé par

Ambre Ambre Bouillot

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