Le Festival du film court de Villeurbanne entre Famille et Cruauté pour les Programmes 5 et 6 de la compétition européenne

Après les deux programmes de la compétition Images Virtuelles du Festival du Film Court de Villeurbanne, dimanche dernier, suivaient les programmes 5 et 6 de la compétition européenne et pour vous donner l’eau à la bouche avant le dernier programme européen diffusé ce soir à 18h30 au Zola. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la programmation surprend. Elle est brillante mais terriblement surprenante.

Le malaise de la cruauté du programme 5

Ghost-Train-be-Lee-Cronin

Cette programmation est d’emblée placée sous le signe du malaise avec Le Retour de Yohann Kouam qui raconte l’histoire de Willy, un jeune des quartiers sans problème qui vénère son frère. Mais tout bascule quand il découvre que son frère est homosexuel, une crise identitaire le mine et il se terre dans le silence et commence à déraper… Un film intéressant, qui n’en rajoute pas et traite sans pathos d’un sujet très actuel, à savoir l’acceptation de la différence. Si dans ce film, le malaise portait sur le personnage principal, le suivant, La part de l’ombre d’Olivier Smolders est bien plus noir. Il s’agit d’une fiction documentaire sur la disparition du photographe hongrois Oscar Benedek. Si M.Benedek a bien existé et a bien disparu en 1944 le jour du vernissage de son exposition, les raisons de sa disparition restent floues et plusieurs théories sont possibles. Le documentaire choisit l’explication la plus horrible, il explique qu’il a été mêlé à des expériences sur des enfants et le documentaire nous montre les photos qu’il a réalisées de ces opérations. Nous ne vous en ferons pas une description tant les images peuvent choquer. Ce documentaire est très bien réalisé et lève le voile sur un mystère non résolu. Mais la performance est ailleurs, ce documentaire est une fiction car les personnages interviewés sont des acteurs et non les vraies personnes, seules les photos sont vraies. Un travail vraiment intéressant bien que très noir voire gore… Heureusement, le court-métrage suivant nous emmène dans un tout autre univers, place aux handicapés mentaux avec Chat de Philippe Lasry. Ce film montre la cruauté dont peuvent faire preuve certains jeunes handicapés mentaux sans s’en rendre compte. Elisabeth, l’éducatrice, traite son groupe de théâtre comme s’ils n’avaient pas de handicap, elle ne les traite pas avec pitié mais avec détachement. Puis les jeunes, sans s’en rendre compte, vont lui jouer un vilain tour très cruel en lui faisant revivre un événement qu’elle aurait préféré oublier. Ils ne pensaient pas à mal mais l’ont blessée et elle, impassible, continue son atelier. Une belle leçon ! Mais ce qui est beau, c’est qu’elle ne leur en tiendra pas rigueur, puisqu’elle ira jouer avec eux une fois le cours terminé. Un beau moment d’émotion tout de suite contrasté par Ghost Train de Lee Cronin, un film d’épouvante de 16 minutes. Pas besoin d’1h30 pour installer une ambiance inquiétante. Deux frères se retrouvent devant une fête foraine abandonnée pour rendre hommage à leur ami disparu quand ils étaient enfants… Tandis qu’ils se rendent sur le lieu, des flashbacks nous font revivre les conditions de sa disparition. Puis après avoir glissé une pièce dans le fente, le train fantôme, lieu du sinistre, se remet en marche pour un ultime voyage dans leur enfance… Ce court-métrage à la limite du fantastique, vous donnera des sueurs froides… La réalisation est très bien maîtrisée et les acteurs très bons, tout est réuni pour passer un moment exquis.

simiocratie
Simiocratie de Nicolas Pleskof

Le dernier film du programme, Simiocratie de Nicolas Pleskof, est excellent. Il est le seul film drôle du programme, un peu de légèreté pour terminer. A Versailles, une courtisane humiliée par un homme qui dit préféré les singes à la compagnie des dames, lui lance un défi humiliant pour se venger… Une comédie originale sur la place de la femme dans la société de l’époque et dans la nôtre… Nicolas Pleskof nous apprend à ne jamais sous-estimer les femmes !

Les drames de famille

heures-blanches-affLe 6ème programme en compétition met l’accent sur la famille et sur l’importance de cette dernière. Dans le film Habana de Edouard Sallier, le jeune Lazaro, qui a grandi sans parents, est devenu un enfant de la révolution qui prend forme dans le Cuba de 2076. Aussi, sa famille c’est la révolution et il ne jure plus que par elle. Le film est visuellement excellent, les contrastes ressortent énormément sur les bâtiments en noir et blanc, on ressent vraiment la désolation dans l’esthétique de la prise de vue. En revanche, la forme narrative n’est pas originale, le réalisateur a repris l’idée du film C’est arrivé près de chez vous avec Benoît Poelvoorde où un tueur à gage était suivi par une équipe de tournage pour réaliser un documentaire. Il manque un brin d’originalité dans le traitement de ce film à l’inverse de Dans ses baskets de Mathieu Ponchel. Une mère décide de retourner à la fac pour remplacer sa fille. Ce film nous montre la difficulté d’une personne d’une quarantaine d’années à s’intégrer auprès des jeunes et de son décalage avec les préoccupations de ceux-ci. Néanmoins, le sujet principal est ailleurs et nous vous laisserons le découvrir pour ne pas vous priver de la fin du film. Fin du film, scénaristiquement intéressante mais ratée une fois mise en image. Si l’intrigue de fin est intéressante, le réalisateur a rajouté une scène d’un match de basket après un noir qui semblait clore idéalement ce film, mais cette scène arrive un peu tard et n’a pas grand intérêt à ce moment-là du film.
Ab Ovo est un film au scénario simple, on y voit le développement d’un fœtus dans le ventre de sa mère et les modifications que cela entraîne sur le corps. Si cela semble banal, il faut souligner le travail de sculpteur qui est réalisé par Anita Kwiatkowska-Naqvi car la femme portant l’enfant est une statue d’argile je pense. Yect (Fierté) de Pavel Vesnakov est un film qui se déroule en Bulgarie et nous montre comment un grand-père nostalgique de l’ancien régime URSS découvre et vit l’homosexualité de son petit-fils, pour lui c’est une honte. Les acteurs sont vraiment tous excellents et le scénario repose essentiellement sur leur charisme.

A l'amiable de Rémy Cayuela
A l’amiable de Rémy Cayuela

Puis viennent, deux films remarquables, Les heures blanches de Karim Bensalah qui évoque le désespoir des parents face à la disparition de leur enfant. Le retournement de situation final est génial, tout comme celui du film A l’amiable de Rémy Cayuela. Un couple se sépare et jouent leurs biens aux dés jusqu’au moment du choix de la garde de l’enfant… Si pout tout le reste, la bataille était âpre, ils sont chacun bien plus conciliants sur le bébé et sont prêts à le laisser à l’autre, c’est alors qu’ils se rendent compte que leur enfant est la cause de leur séparation donc ils décident de s’en débarrasser. Ils redoublent d’ingéniosité pour essayer de supprimer leur fils et les tentatives sont toutes épiques. Bien que le sujet soit terrible, le ton est léger et décalé et au final, on rit énormément devant l’absurdité d’une telle situation.

Ces programmes seront rediffusés vendredi 21 novembre à 14h30 pour le 5ème et 17h30 pour le 6ème en présence du jury et de certains réalisateurs. En attendant de les découvrir, ne manquez pas le septième et dernier programme de la compétition européenne, ce mardi 18 novembre à 18h30, avant d’assister à la dixième session « d’Histoires de courts » qui s’intéressera à l’importance de la musique dans le cinéma…

Jérémy Engler

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