Le génie d’Henri Matisse exposé au Musée des Beaux-arts de Lyon

Du 2 décembre 2016 au 6 mars 2017, le Musée des Beaux-arts de Lyon expose Henri Matisse, le laboratoire intérieur. À travers une belle sélection de dessins, de gravures, de peintures et de sculptures, le musée met en évidence le processus créatif de l’artiste.

Le laboratoire de Matisse 

De salle en salle, on découvre peu à peu le travail d’Henri Matisse sous un nouveau jour. On découvre ses dessins, ses esquisses, ses études. On comprend plus que jamais que l’artiste a un réel intérêt et une fascination pour le corps féminin. Il l’étudie sous tous les angles, en mouvement ou en pose. Le parcours est à la fois thématique et chronologique. Au fur et à mesure de son avancée, le visiteur s’immerge de plus en plus dans le « laboratoire intérieur » de Matisse. Il découvre différentes techniques, mais aussi différents styles. Certains croquis sont extrêmement précis, réalistes, mimétiques, tandis que d’autres sont beaucoup plus expressifs, avec un geste vif et apparent. Cela fait écho à la première pièce « Apprendre. Désapprendre » qui montre comment, après avoir appris en copiant les grands maîtres du passé, il s’est révélé en développant un style personnel bien éloigné de cet héritage.

Henri Matisse, Madame Matisse en kimono, 1905, Collection particulière, New York © Succession H. Matisse 2015 / Photos © Archives Henri Matisse (DR)
Henri Matisse, Madame Matisse en kimono, 1905, Collection particulière, New York © Succession H. Matisse 2015 / Photos © Archives Henri Matisse (DR)

Dessin ou couleur ? L’éternel débat

Si l’on connaît surtout Henri Matisse pour sa peinture, il s’avère être un excellent dessinateur. Il est intéressant de considérer le débat récurrent dans l’histoire de l’art entre les coloristes (peintres) et les dessinateurs. Au fil des siècles, le débat a opposé différents groupes d’artistes à l’instar des poussinistes contre les rubénistes (c’est à dire les partisans de la peinture colorée de Rubens ou bien les partisans du trait de Poussin). Si le dessin est longtemps resté la pratique la plus valorisée, la plus noble et qui est considérée comme la plus intellectuelle ; la peinture « a pris sa revanche » avec les avant-gardes où des artistes tel que Matisse ont fait de la couleur le sujet principal de la toile. Avec une œuvre comme Grand intérieur rouge (1948), Henri Matisse met plus en avant la technique de l’aplat coloré que ce qui est représenté sur le tableau. Cette démarche s’inscrit en opposition totale avec la tradition académique qui a prédominé en France durant de nombreuses décennies. L’exposition Henri Matisse, Le laboratoire intérieur, met plus en avant sa pratique du dessin que celle de la peinture qui l’a pourtant rendu célèbre. On retrouve même parfois un lien avec la tradition académique à travers le dessin de nu. L’artiste observe, étudie et propose des croquis qui transmettent la même poésie caractéristiques de l’ensemble de son œuvre.

Henri Matisse, Grand intérieur rouge, printemps 1948, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne / Centre de création industrielle © Succession H. Matisse 2015 / Photo © Centre Pompidou
Henri Matisse, Grand intérieur rouge, printemps 1948, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle © Succession H. Matisse 2015 / Photo © Centre Pompidou

Un parcours d’exposition qui perd le visiteur

Malgré la qualité de sélection des œuvres et du propos d’exposition, il reste néanmoins un point noir à cette rétrospective. Le parcours d’exposition devrait être fluide, évident et naturel. Le visiteur devrait pouvoir déambuler dans l’espace et admirer les œuvres sans être perdu, sans avoir à se poser la question de la direction à prendre pour voir la suite de l’exposition. Si la circulation est aisée au départ, elle est de moins en moins claire au fur et à mesure des salles d’expositions. On est face à des ouvertures vers des escaliers dans plusieurs des dernières salles alors que l’exposition n’est en réalité pas encore terminée. Il est parfois nécessaire de revenir en arrière pour pouvoir poursuivre son parcours et de repasser deux fois au même endroit. Le pire est probablement le moment où il faut passer à l’étage supérieur. Pour accéder à la dernière pièce de l’exposition, il est nécessaire de traverser des pièces de l’exposition permanente et, malheureusement, la signalétique est très peu claire. Ces éléments sont importants et le Musée des Beaux-arts de Lyon est malheureusement victime de son espace en terme de scénographie. Contrairement à de nombreux nouveaux musées aujourd’hui, les musées des beaux-arts sont bien souvent peu modulables et adaptables aux œuvres qu’ils exposent. La contrainte est grande et le résultat parfois décevant. Finalement, la dernière pièce, presque cachée, n’est pas du tout mise en valeur et c’est bien dommage. On peut néanmoins mettre en évidence un aspect plus positif à ce parcours : avoir une partie de l’exposition temporaire au cœur de sa collection permanente, c’est aussi mettre en lumière cette dernière. De nombreux visiteurs sont plus attirés par les expositions temporaires que par l’exposition permanente qui apparaît pour certains comme « poussiéreuse ».

L’exposition Henri Matisse, le laboratoire intérieur est à découvrir au Musée des Beaux-arts de Lyon jusqu’au 6 mars 2017.

Laetitia Sordet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *