Le jour où tout a basculé

Pour ce quatrième tome de la série Le jour où… on laisse de côté Clémentine pour découvrir un personnage un peu perdu, Guillaume, pour qui Le jour où il a suivi sa valise s’avèrera être le plus beau voyage de sa vie… Les auteurs Beka, contraction de Caroline Roque et Bertrand Escaich, le dessinateur Marko et la coloriste Maëla Cosson poursuivent la mise en scène de la quête du bonheur à travers une histoire où les imprévus peuvent vite devenir des opportunités… (Image mise en avant : Le jour où il a suivi sa valise © Beka Marko Cosson)

Le jour où planche
Le jour où il a suivi sa valise © Beka Marko Cosson

 

Notre « scénariste intérieur »

Guillaume est en couple avec Solène, qui depuis un certain temps adopte une démarche spirituelle particulière, à base de méditation et séances de partage d’énergies. Cette dernière tente de le rallier à sa cause alors qu’il n’en a pas vraiment envie et que ça ne l’intéresse pas vraiment non plus. Il décide de l’accompagner à Bali pour un voyage méditatif de deux semaines, lui dans l’espoir de passer du temps avec elle, et elle dans le but de le convaincre de rejoindre son groupe de méditation. Une fois sur place, tout bascule ! Sa valise et celles de plusieurs participants sont perdues. Pour ne pas retarder la bonne marche du voyage de groupe, Guillaume décide de rester pour récupérer les valises. Une fois les valises arrivées, il part avec un chauffeur, Dharma, pour la ville où séjourne le groupe…Voilà l’histoire telle qu’elle est présentée, mais est-ce la véritable histoire ? Est-ce l’histoire que vit le personnage ? En tout cas, c’est qu’on pense. À travers plusieurs contes de sagesse populaire que Dharma raconte à Guillaume tout au long de leur voyage, on comprend que la perception d’un événement ou d’une histoire est très personnelle et qu’une même situation peut être perçue très différemment selon l’éducation, la culture ou l’expérience du percepteur. Un balinais et un européen qui assisteraient au même événement en auront forcément des visions différentes car leurs codes et leurs pensées sont très différentes. Ces interprétations sont dictées par notre « scénariste intérieur » qui rationnalise ce qu’on expérimente et ressent. Nous analysons sans cesse ce qui nous arrive sans même nous en rendre compte et chaque action est soumise à interprétation et donc à scénarisation d’une situation selon notre grille personnelle d’évaluation. Ainsi un pont instable ne sera pas perçu de la même manière par quelqu’un d’intrépide qui s’en amusera et y verra un challenge à relever et par quelqu’un de peureux qui assimilera chaque pas à un rapprochement vers la mort et qui sera angoissé à chaque mouvement. Beka nous livrent nous une histoire très philosophique  qui fait la lumière sur de nombreuses qu’on percevait mais qu’on ne savait pas forcément nommer. La quête de lui-même et ce « scénariste intérieur » par Guillaume est particulièrement intéressante, on se surprend à évoluer en même temps que lui. Sans qu’on le veuille, les historiettes que Dharma raconte à Guillaume font écho à des situations que nous avons vécues auparavant et on s’étonne de prendre conscience des mêmes choses que Guillaume. Ce voyage initiatique vers son « scénariste intérieur », Guillaume n’est pas le seul à le faire…

La découverte d’un autre monde

La force de cette bande dessinée éditée par Bamboo Édition réside dans sa capacité à inclure le lecteur dans la quête de Guillaume. Les dessins très arrondis de Marko donnent un côté bienveillant aux personnages et nous rassurent inconsciemment. Les traits ne sont jamais agressifs et les couleurs de Maëla Cosson sont si chaleureuses que la BD semble sans cesse nous prendre par la main pour nous inviter à découvrir Bali et à vivre la même expérience que Guillaume. Les contes de sagesse populaire s’adressent finalement autant à nous qu’au protagoniste de cette histoire. Les paysages et les traditions de ce pays sont très bien mis en scène par Marko et très bien exploités par Beka qui donnent un sens philosophique à chaque moment d’interaction avec la culture de Bali. La découverte de ce pays nous plonge dans une redécouverte du notre et de notre société… c’est tout simplement incroyable ! Et on ne vous a même pas parlé de Naori, présente de dos sur la couverture et qui ouvre cet album… c’est dire la richesse de cet ouvrage qui devrait atterrir dans les mains de tous ceux qui se posent des questions sur leur vie…

À l’époque où les voyages de méditation permettant de se reconnecter avec soi-même se généralisent de plus en plus, cette BD fait un pied de nez intelligent à ces séjours organisés, en montrant qu’ils ne sont pas la solution pour tous et que la recherche de soi peut passer par des choses bien plus simples qu’une recherche de spiritualité en groupe. Tout en se moquant gentiment de ces groupes, les auteurs nous font vivre une véritable introspection, tout en nous livrant quelques clés pour mieux vivre avec nous-même. Drôle, émouvante, subtile, et colorée, cette BD nous emporte et nous laisse avec un sentiment de bien-être intense.

Article rédigé par Jérémy Engler

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