Le loup en slip en guerre contre la société

Wilfried Lupano au scénario, Paul Cauuet au dessin, ça rappelle les Vieux Fourneaux et pour cause, le personnage du Loup en Slip, héros de la BD éponyme, est apparu pour la première fois dans un des albums de la série récemment adaptée au cinéma. S’il est mentionné pour la première fois sous les crayons de Paul Cauuet, c’est Mayana Itoïz, la femme du scénariste, qui avait créé ce personnage pour ses enfants. C’est donc tout naturellement que l’illustratrice s’est jointe à ce projet pour devenir la dessinatrice principale de ce spin-off autour de ce gai-luron. Le Loup en slip n’en fiche pas une est le quatrième tome centré sur cet animal publié chez Dargaud et on retrouve tous les ingrédients du précédent. (Image mise en avant : © dargaud)

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© dargaud

Une réhabilitation du loup

En affublant d’un slip bariolé l’un des personnages les plus effrayants des contes, sa crédibilité en prend un coup. Dessiné avec des traits arrondis et un côté plutôt jovial et insouciant, cet animal nous apparaît très rapidement sympathique. Pourtant, victime de sa réputation, il se retrouve en prison parce qu’il est soupçonné d’avoir volé de l’argent. Sans preuve, et reposant sur un délit de faciès, le Loup en Slip est condamné et incarcéré par la brigade Anti-Loup. Le simple fait que cette brigade existe témoigne de la persistance des préjugés et de l’incompétence de ceux qui les appliquent. Ce n’est pas pour rien des blaireaux incarnent cette brigade… Toutefois, poussée par certains habitants qui défendent le Loup en slip, la brigade démarre une enquête. Réhabilitera-t-elle le Loup ?

Comme dans toute fable, les animaux sont là pour souligner les caractères humains, l’écureuil est radin et près de ses sous comme il le serait de ses noisettes, la maîtresse d’école est une renarde rusée, la voix de la sagesse est incarnée par le hibou comme c’est souvent le cas dans les contes avec des animaux, quant aux souris, elles sont voleuses et généreuses à la fois… Évidemment, tous ces caractères vont se révéler au cours du récit pour servir l’intrigue. 

« Le travail […] ça épanouille ? »

loup en slip 1 © dargaud

© dargaud

Une satire de notre société

En mêlant des pleines pages de type album illustré à des pages ressemblant à des BD avec des cases et des bulles, l’œuvre apparaît protéiforme, à l’image de notre société. On alterne entre des moments très esthétiques et foisonnant avec beaucoup d’éléments et de personnages et des moments très recentrés et plus dynamiques qui rythment le récit. Les illustrations pleine page servent à montrer le fonctionnement de la société, tandis que les plans centrés sont utilisés pour interroger la question du travail et de sa légitimité. On reproche au Loup en Slip de payer ses achats avec de l’argent qu’il n’a pas gagné en travaillant. N’ayant pas de travail, il ne peut pas gagner d’argent, donc son argent, il l’a forcément volé. Constatant qu’il ne travaille pas, beaucoup le traite de fainéant, à l’image de certains qui voient les chômeurs comme des profiteurs bénéficiant d’indemnités sans rien faire. Le travail devient un vecteur de légitimité sociale et de discrimination. À l’image de notre société capitaliste, tout le monde doit être productif et rapporter quelque chose à la collectivité. À travers la situation du Loup en slip, on peut se demander si toute contribution à la société doit se juger à l’aune d’un salaire. À l’époque où l’argent est roi, on ne juge les gens que par l’argent qu’ils gagnent et à la façon de gagner de l’argent. Or cette BD nous rappelle que d’autres valeurs existent, comme la tolérance, l’entraide et le bénévolat.

Comme toute bonne fable, on retrouve une critique de la société, des animaux attachants, et une belle morale pleine de tolérance et bienveillance. Le mélange des styles est particulièrement réussi et permet un dosage idéal entre tableaux fascinants et dialogues dynamiques !

Article rédigé par Jérémy Engler

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