Le Mari, la Femme et l’Amant : Une comédie à aller voir !

Le Mari, la Femme et l’Amant  est une comédie de Sacha Guitry, mise en scène par Julien Sibre, et jouée au Théâtre de la Renaissance du 17 au 19 décembre 2015. Sacha Guitry, dont les parents étaient comédiens, montre très rapidement des penchants pour le théâtre puisqu’il écrit sa première pièce à l’âge de 16 ans. Très engagé dans la vie culturelle française, il devient rapidement une star du cinéma. Mais sa vie personnelle est aussi féconde que sa vie artistique, puisqu’il se marie cinq fois, dont notamment avec Jacqueline Delubac. Les turpitudes de sa vie amoureuse lui inspirent Le mari, la femme et l’amant, qui est joué pour la première fois en 1919.

Une belle comédie romanesque

La pièce s’ouvre sur une dispute opposant un mari suspicieux, Frédéric, à celui qui le cocufie, Jaques, le voisin qu’on invite à diner. Les deux hommes, amis, s’accrochent à cause de Jeanine, la femme de Frédéric, que Jacques à l’air de regarder d’un peu trop près, d’une manière « indécente ». La jeune épouse trompe effectivement copieusement son mari, mais après avoir œuvré pour que les deux hommes se réconcilient, elle est prise de remords, et rompt avec Jacques.

La pièce est terriblement drôle, elle repose sur plusieurs procédés tels que le comique de répétition, que la mise en scène exploite également tout au long de la pièce, par exemple à travers l’utilisation d’un ascenseur très remuant qui permet de passer de chez le couple à l’appartement du célibataire. Oui, c’est sûr que la salle entière éclata souvent de rire au cours de cette représentation, grâce à l’expressivité du jeu des comédiens, mais également grâce à la richesse du texte qui entraîne les personnages dans des dialogues effrénés, où les répliques s’enchaînent du tac au tac, et grâce aux  quiproquos inévitables. Cette pièce est, avant d’être une critique sociale de l’amour, l’occasion de se divertir et de s’aérer l’esprit de manière spirituelle, intellectuelle et drôle.

© F Rappeneau
© F Rappeneau

Une critique mordante sur l’amour 

Une forme d’ironie mordante caractérise l’amant de ce trio bourgeois, qui semble être le véritable maître du jeu, puisqu’il excelle dans l’art de la manipulation, ce qui laisse le spectateur pantois. En effet, sa justification de l’adultère comme étant inexorablement lié à la nature des êtres, et donc totalement indépendante de leur bon vouloir, est d’une amoralité exquise. Mais par-delà le personnage, Sacha Guitry (qui rappelons-le, s’est marié cinq fois) critique une vision de l’amour monogame, et l’hypocrisie du mariage. La femme renonce à son amant, mais elle ne veut pas qu’il lui soit infidèle ; Jeanine et son amie Juliette ne parlent pas de relations physiques entre hommes et femmes ; elles les surnomment « la chose » et gloussent allègrement en en parlant. D’aucuns diraient d’ailleurs que la description des femmes est légèrement misogyne. En effet, le portrait dressé n’est pas très flatteur : exigeantes, trompeuses, moqueuses, coquettes et facilement manipulables ; leur pudibonderie bourgeoise les rend ridicules. La seule chose qui les sauve véritablement, c’est qu’elles sont drôles, quelque fois à leur insu. L’amour, plus qu’il ne réunit, semble opposer les êtres, et il ne s’agit plus que d’une question de domination d’un membre du couple par l’autre – à qui tiendra le plus sa promesse de fidélité ou qui rompra en premier …

On pourrait reprocher à la pièce le regard un peu stéréotypé qu’elle semble porter sur le monde – notamment à cause de l’irrépressible besoin de sexe dont les hommes font preuve – mais cette caricature de la société sert une remise en question du couple, qu’il soit moderne ou contemporain à Guitry. D’ailleurs, le metteur en scène, Julien Sibre, à parfaitement exploité le contexte culturel qui a servi à l’écriture de la pièce : il nous plonge, de par les décors, mais aussi grâce à des costumes magnifiques, au cœur des années folles. Le jazz, qu’on entend jouer régulièrement tout au long de la pièce, nous entraîne également dans les années vingt. La pièce, délicieusement interprétée, nous fait rentrer dans un monde perdu, oublié, pour nous faire rire – et Sacha Guitry nous questionne, depuis les années joyeuses de l’après-guerre, sur la nature de l’amour.

Adélaïde Dewavrin

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