Le Premier jour du reste de ta vie, cinq jours pour le coup de coeur de Solène

Rémi Bezançon, jeune cinéaste originaire de Paris est l’auteur du Premier Jour du reste de ta vie, sorti en 2008. Il s’agit de son deuxième long métrage, celui qui va lui permettre de connaître la notoriété et le succès. Il a depuis une production cinématographique assez active puisqu’il sort en 2011 Un heureux évènement, l’année suivante Zarafa, co-réalisé avec Jean Christophe Lie et il sortira cette année 2015 un film intitulé Nos futurs. Et lorsqu’on voit la force du Premier Jour on est curieux de voir si ce dernier film va bouleverser l’actualité cinématographique.

Plus qu’un film familial, l’histoire d’une famille

Le but du film semble assez marqué : montrer cinq jours respectifs d’une famille de cinq membres, jours qui les ont marqués chacun dans leur personnalités mais aussi qui a pu bouleverser le reste de la famille. Ce film est très intéressant car, tout en peignant l’unité (ou non) d’une famille, la famille Duval, il fait ressortir chaque membre dans ce qu’il a de marquant et de différencié. On peut croire que justement cette structure n’est pas du tout claire car manque de linéarité mais en fait elle fait force : on commence par le jour qui a marqué Albert, le grand frère, puis ainsi de suite avec Raphaël, Fleur, et les parents Robert et Marie-Jeanne. Malgré cette focalisation sur un personnage, l’ensemble reste cohérent et la famille évolue quand même derrière ce personnage. Ainsi, lorsqu’on suit Fleur, on a le poids du reste de la famille en cause ou conséquence de ses actes. Difficile de parler de comédie ou drame pour ce film. On le désignerait plutôt comme le récit d’une famille où il y a rires mais aussi peines. Et tout cela autour de personnages attachants qu’on voit grandir, avancer, faire des choix. Ils ne seront pas toujours bons mais la beauté du scénario réside dans la résilience. Chacun fait des erreurs, blesse ou est blessé, ils connaissent les aléas de la vie mais les acceptent et continuent leur chemin. Cette histoire en vient à dépasser les frontières du film de deux heures, on sait qu’elle va continuer. En ce sens, la sensibilité est maîtrisée par le réalisateur puisque ce film déclenche l’identification et la réaction à fleur de peau chez le spectateur. On arrive à se projeter dans chaque personnage lors du récit de sa journée et cela est possible sûrement grâce au fait que ce personnage reste acteur dans le récit des autres. C’est alors un jeu de point de vue réalisé avec brio : tout en changeant de focalisation toutes les vingt minutes on arrive à retrouver chaque personnage à travers le regard des autres membres de la famille. Cela fait qu’on a l’impression de connaître un personnage aussi bien que si le film n’avait été centré que sur lui.

 

Une sincérité et une humilité touchante

Un des intérêts de ce film est qu’il ne raconte pas d’histoire extraordinaire. Et c’est donc dans ce sens que se ressent la sincérité : on a plus l’impression de captations de plusieurs vies d’une seule et même famille plutôt que d’une histoire artificielle. Il y a ces personnages, simples, sans prétentions particulières. Ils ne sont pas filmés parce qu’ils ont quelque chose de spécial à montrer mais filmés pour que le spectateur les connaisse. Il y a alors une humilité sur le statut du personnage qui fait qu’il est à la fois plus proche de nous et en même temps il montre le talent du réalisateur de faire un très bon film sans événement hors du du commun. On retrouve des thèmes profondément humains, qui permettent aux personnages de se construire : l’amour, la musique, les études, la vieillesse, la routine, la mort. Chaque thème est traité avec justesse. Explorer autant de sujets aurait pu faire tomber le scénario dans un puits de clichés or le fait que les personnages n’aient pas d’ambitions particulières, sinon celle d’être bien ensemble, ne questionne pas le spectateur sur l’authenticité ou non de ces problématiques. Ainsi pas de problème de crédibilité pour Raphaël qui passe un concours de Air Guitar, ou encore pour Marie-Jeanne qui reprend des études ou passe son permis. Tout ne se passe pas forcément comme prévu, mais comme dans la vie. Il y a beaucoup de rires, de situations et répliques drôles, ce qui confère à cette famille une bonne vraisemblance. Les acteurs contribuent bien à cette sincérité puisqu’ils sont très bons, tant dans les instants comiques que dramatiques. Au delà de la performance de jeunes comédiens à l’époque comme Pio Marmai, Marc-André Gondrin ou Déborah François, très prometteurs pour la suite que nous connaissons aujourd’hui, les parents sont remarquablement interprétés. Zabou Breitman en mère angoissée et épouse peu comblée et Jacques Gamblin dans le rôle du père et époux détaché, qui prend sur lui mais devient finalement le personnage qui provoque le plus d’émotions. Parce qu’il est détaché justement, on ne voit pas venir son jour à lui, où il rassemblera toute sa famille. Le scénario est inattendu, on voit passer les quatre jours des autres personnages avec toujours lui en fond mais quand vient son jour à lui on se trouve vraiment bouleversé par cet homme qui ne faisait pas de bruit. D’où le souvenir d’une émotion très forte à la fin de ce film.

De toute évidence, il est compliqué de ressortir indifférent de ce film. Car cela pourrait être notre famille, notre histoire. Et au fil de cinq journées et cinq personnages, on apprend que la famille est vraiment un lien qu’il faut préserver. Le temps passe trop vite, les chemins semblent s’éloigner, or cette famille se retrouve, éternellement liée, dans le cycle de la vie où chacun a une place, dans le cycle où il y a peines, joies, force de vie.

Solène Lacroix

Une pensée sur “Le Premier jour du reste de ta vie, cinq jours pour le coup de coeur de Solène

  • 23 février 2015 à 22 h 44 min
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    J’ai adoré ce film ! Il est tellement facile de s’identifier à cette famille et de croire que chaque jour pourra être le premier jour du reste de notre vie…

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