Le syndrome de Cassandre : Un spectacle à mourir de rire

Du 9 au 12 décembre se joue aux Subsistances Le syndrome de Cassandre, un spectacle de clown et de magie, spécifié pour adultes. Et à juste titre, car ici le nez du clown n’est pas rouge, mais bel et bien noir, tout comme son humour. Yann Frisch, le metteur en scène et comédien, nous propose ici un spectacle décapant, qui nous fait rire autant qu’il nous fait réfléchir. A découvrir très vite…

Un humour qui fait tâche

© Sylvain Frappat
© Sylvain Frappat

Dans le domaine de l’humour, les clowns sont une catégorie bien à part. Souvent relégués aux simples clowns blancs et Auguste, leur art est en vérité bien plus complexe et profond que cela. Tout comme l’est d’ailleurs aussi la magie, l’autre part importante de ce spectacle. Si ces deux domaines étaient auparavant trop vite associés au cirque et à cet univers, la scène contemporaine s’évertue aujourd’hui à faire évoluer cette image un peu désuète. Yann Frisch tente le défi et réussit ce pari haut la main. En mélangeant ses tours magiques à un personnage bien ancré de clown noir, le spectateur rentre instantanément et sans peine dans son univers, et ce malgré la toile devant la scène, légèrement opaque, qui nous coupe du comédien. Preuve de l’efficacité de la machinerie, dès les premières minutes, on ne parvient pas à se retenir de rire. Cet étrange personnage, aux premiers abords muet, s’amuse en effet à répéter tout ce qu’il entend. Une porte grande ouverte à la complicité entre le public et le personnage… Puis, c’est tout une série de petits sketchs que ce personnage de clown cynique tente de nous montrer. Et si les arts utilisés sont multiples, de la marionnette au théâtre d’objets en passant par des techniques de manipulations, l’humour, lui, reste toujours le même : corrosif, brulant, et surtout sans filtres. Pas de honte ici à évoquer ou parler de l’abandon d’enfants, de mort ou d’inceste. Dans tous les cas, la violence du propos est toujours là. Peut-être un poil trop dans l’excès parfois, mais cela reste subjectif. Dans tous les cas ça gicle, ça tombe, ça crache ; le corps est mis à nu, au sens propre comme au figuré, et le spectateur assiste alors à la construction, ou plutôt la déconstruction du monde de ce drôle de monsieur, qui tente, fardeau de clown, de communiquer avec nous, avec quelqu’un, peut-être même avec la vie.

Un humour qui fait sens

© Sylvain Frappat
© Sylvain Frappat

Ne vous attendez donc pas ici à être bien traités. Le public, tout au long du spectacle, en prend pour son grade. Par le biais de l’humour, via des sujets tendancieux, mais encore et surtout par le propos général du spectacle, partie sans doute la plus intéressante. Car cet étrange individu ne nous fait pas rire seulement de lui. Plus le spectacle avance, et plus l’on se rend compte que c’est de nous même que nous rions… Notre place, notre statut de spectateur est remis en cause. Que vient-on faire là, tous assis dans la même direction pour regarder un homme faire des cabrioles ? Quand ce dernier nous demande de lui dire ce qu’on souhaite voir qu’il fasse, comment réagir ? Entrez dans le jeu, demandez, ou au contraire réfléchir à l’étrangeté, peut-être la bêtise de cette situation ? Et puis, quand le quatrième mur, ce voile physiquement présent se brise, comment parvient-ton à définir les limites de ce théâtre, de ce monde si loin de nous mais qui sonne soudainement bien trop proche. Mais on vous l’assure « Tout cela n’est que pour rire, c’est du faux, je fais semblant ». Et c’est à la fin, sous les tonnes d’applaudissement et les sifflets, que l’on prend conscience, qu’on réalise… Alors, à partir de quel moment le jeu s’arrête ?

Le syndrome de Cassandre est donc une très bonne découverte. Si l’humour violent et rouge sang ne plaira certes pas à tout le monde, la pièce a le mérite d’être à la fois dramaturgiquement bien traité, et parfaitement réalisé. Ce clown bougon nous emporte, tout simplement. Alors courrez vite découvrir cet œuvre aux Subsistances, et ce jusqu’au 12 décembre ! Mais attention, spectacle interdit au moins de 14 ans… A vous de venir découvrir pourquoi !

Marie-Lou Monnot

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