Le temps déroule son tapis rouge tout azimut et avec bonheur

Wilfrid Lupano est né à Nantes le 20 septembre 1971 mais vit à Pau où il a passé une grande partie de sa vie avec un passage à Toulouse. Il est scénariste de Bandes Dessinées et possède de réelles compétences en matière de narration et d’imaginaire. Ses influences sont nombreuses et vont du cinéma avec les frères Cohen, Bertrand Blier, Jacques Audiard, à la littérature classique et la science-fiction.
Il obtient le prix des libraires de BD en 2014 et le prix de la BD Fnac Belgique 2015 pour Les vieux fourneaux et le prix BD Fnac 2015 pour Un océan d’amour.

Jean-Baptiste Andréae est né le 10 janvier 1964. Il est dessinateur et coloriste de bandes dessinées et a étudié aux Beaux-Arts de Bordeaux. Il est le dessinateur des trois tomes de la BD Mange Cœur de 1993 à 1996, de la BD La Confrérie du crabe de 2007 à 2010, entres autres.

Wilfrid Lupano et Jean-Baptiste Andréae présenteront le troisième tome d’Azimut au Festival de la BD d’Angoulême qui se déroulera du 28 au 31 janvier 2016. Mais avant de vous faire découvrir cet album, prenez connaissance avec le tome 1, Les aventures du temps perdu.

©Lupano/Andreae
©Lupano/Andreae

L’arracheur de temps existe-t-il ? Une bonne question et elle peut mener très loin…

Notre premier contact avec le temps débute par une conversation entre un père, dessinateur, et son fils, Aristide, sur un personnage nommé l’arracheur de temps. Au cours de cet échange verbal, l’attention d’Aristide est attirée par un très bel oiseau « la belle lurette » ressemblant étrangement au dessin en cours de son père. Ce dernier alerté par l’étonnement de son fils, lâche son crayon et décide, après vérification, d’aller récupérer l’œuf pondu par le beau spécimen plumé. Il grimpe mais glisse en attrapant l’objet convoité. Bien évidemment, il chute dans un halo de lumière sans fond, une espèce de trou où il en profite pour avaler son butin ; l’espace du temps passant… peut-être !
Dès le début, l’auteur nous embarque à bord de son imagination temporelle, le tout emporté par des images tantôt aux couleurs emplis d’une certaine plénitude et tantôt aux couleurs marquées par le temps.

Un voyage loufoque dans le temps digne des inventions du professeur Tournesol

D’un coup de baguette magique de notre duo scénariste-dessinateur, nous voilà propulsé quelques années plus tard sur une mer très agité où un Comte, Quentin de la Pérue, est penché sur le journal de son voyage à bord de son bateau Le Véloce. Il lui reste une petite partie de son équipage et surtout Eugène le peintre, servant à relater le long périple du Comte Quentin de la Pérue, témoignant des découvertes du Comte. Mais Eugène ne peint qu’une seule chose, une femme aimée avant son départ et qui l’obsède nuit et jour. Un incident se produit et ce dernier se retrouve par-dessus bord. Enfin une terre apparait au loin, le Comte est rassuré, il va pouvoir planté le drapeau tant chéri de son altesse adoré, le roi de Ponduche. Mais surprise !
Il découvre avec stupéfaction que la terre en question n’est pas une contrée lointaine mais le royaume de Ponduche…il se rend compte au bout de deux années à naviguer qu’il a simplement tourné en rond et ne comprend pas pourquoi sa boussole ne correspond pas à la réalité. Son altesse lui explique que le Nord s’est perdu dans l’espace-temps : Le nord n’existe plus ! Les bateaux se perdent, des énormes poissons volants atterrissent dans les dunes sur la plage, des oies vertes élisent domicile dans les rues et aux alentours, enfin bref, le pays n’a plus de nord et toute la population est totalement bouleversée voire chamboulée.

©Lupano/Andreae
©Lupano/Andreae

Eugène, le peintre, sera retrouvé, lui aussi échoué sur la plage ainsi que le tableau de la femme tant aimée. Là, les choses vont se corsées pour Eugène et le Comte car la femme du tableau est l’actuelle fiancée de son Altesse de Ponduche. Du coup, il faut absolument régler cette affaire plutôt incongrue avec la justice.
Les deux comparses Lupano et Andréae nous font faire un détour par l’univers complétement fou du professeur Aristide Breloquinte dans une visite au sein de son laboratoire rempli de choses invraisemblables où à bord de sa machine volante, véritable navire laboratoire – peut-être un clin d’œil à Léonard de Vinci – s’occupant à étudier les caprices du temps sous toutes ses formes. Son ancienne assistante la belle Manie, est convaincue que le temps est de l’argent. Mais la belle Manie nous réserve bien des surprises…
Toute cette aventure, montée de toute pièce sur le temps et cette incapacité à le retenir, nous embarque dans un monde totalement imaginaire, surréaliste où les différents personnages sont comme suspendus dans l’attente de la direction à suivre. Ils ont effectivement perdu le nord, mais après tout « On arrive à perdre du temps, pourquoi pas le nord » et on peut y voir un autre clin d’œil au mémorable A la recherche du temps perdu. Nous avons même un lapin blanc parlant, là aussi sans doute un petit clin d’œil à Alice au pays des merveilles.
L’histoire de l’arracheur de temps du début de la BD, se retrouve à la fin de ce tome 1 où nous retrouvons notre question : l’arracheur de temps existe-t-il ? Une partie de la réponse se trouve entre les pages de cette BD.

©Lupano/Andreae
©Lupano/Andreae

Un phénomène de société décortiqué avec génie

Aujourd’hui, nous courons tous derrière ce temps qui nous manque tant parfois. Pouvoir se poser et regarder les gens, voir le monde évoluer : C’est devenu un luxe, presque une denrée en voie d’extinction. On veut à tout prix retenir le temps du vieillissement, cette perte d’éclat au fond de nos yeux, ce corps ridé par le poids des années, ses souvenirs hantant encore de temps en temps notre mémoire, et tant d’autres signes ; hélas témoignent des anniversaires passés. On aimerait arrêter les horloges et continuer, continuer…
Tout est pris en compte dans cette BD, même la relation du temps avec l’argent, rien n’est épargné au lecteur. Son univers est remarquable par le texte et par les dessins à l’aquarelle soulignant ainsi les situations inouïes de cette histoire. La BD est pimentée à souhait et bon nombre de référence littéraire se profilent aux détours des pages. On ne peut s’empêcher de faire un lien également avec Lafontaine, une fable de notre temps avec des personnages et des animaux d’un autre temps. Un monde où le temps ne trouve plus sa place et ses habitants en sont déboussolés comme une sorte de ménagerie, un spectacle de cirque où tout le monde a sa place, mais qui pose l’éternelle question : Où, quand, comment ?

Françoise Engler

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