Le vaillant soldat de plomb et Hansel et Gretel des frères Merendoni au TNG, Des contes en veux tu en voilà !

Le festival Ré-génération fête sa neuvième et dernière édition, du moins sous cette forme. Ce festival, amorcé par l’ancien directeur du Théâtre Nouvelle Génération, Nino D’Introna ne sera en effet pas repris sous cette forme avec le nouveau directeur, Joris Mathieu arrivé en janvier. Mais d’autres « temps forts, dont un en novembre » d’après ces dires seront étudiés pour donner un nouveau souffle à cet espace de création si particulier qu’est le TNG. Ce festival est pour le moment en tout cas dédié aux enfants… Mais pas seulement, ne vous inquiétez pas ! Les textes classiques sont à l’honneur, comme avec Cyrano par exemple. Nous avons pu assister à deux autres mises en scène de textes classiques eux aussi, à savoir Le vaillant soldat de plomb, d’Andersen, et Hansel et Gretel des frères Merendoni d’après le conte des frères Grimm. Deux contes, pour deux épopées, deux univers bien différents, pour la même envie de créer.

De la peinture à la commedia dell’arte

Si l’imaginaire à l’origine de la création est la même, les contes et les façons de les aborder sont foncièrement différentes. Dans le premier spectacle, Le vaillant soldat de plomb, les beaux-arts et le théâtre sont intimement liés. Durant 50 minutes, le comédien-peintre, va raconter son histoire, son moyen d’expression : le texte certes, mais avant tout, la peinture. Pour donner vie à ses personnages, il va dessiner sur une toile transparente ses personnages. A travers des tampons, mais également des coups de pinceaux, plus ou moins épais. Un monde de couleurs se crée alors, on comprend que l’on est dans une chambre d’enfants, puis dans la mère, et de nouveau enfin dans cette chambre, dans le feu qui l’envahit. Bref, la peinture donne corps aux personnages, illustre leurs parcours, instaure leurs mondes.

Soldat de plomb 1
Le vaillant soldat de Plomb © Klaus Schillinger

Dans le second spectacle, Hansel et Gretel des frères Merendoni, c’est la commedia dell’arte qui est mise à l’honneur. Les deux vieux frères, tout deux fardés et costumés, se retrouvent à devoir monter le spectacle de marionnettes d’Hansel et Gretel. Après un temps de retrouvailles entre eux, d’installations, avec l’arrivée des spectateurs virtuels, le spectacle commence enfin. L’histoire débute. Puis, le conte vient se mêler à la réalité. Soudain, ce sont les marionnettes qui veulent se débarrasser de leurs marionnettistes, trop coûteux en nourritures. Ils les abandonnent alors dans la forêt, face à la fameuse maison de la sorcière faite de sucreries ou comme ici, de boites de céréales. Outre son aspect comique et visuel très intéressant, la mise en scène se révèle être plutôt intelligente. Le décor se résume à une sorte de grand placard, qui servira de base à chaque nouveau décor de scène. Tantôt castelet, tantôt forêt maudite grâce à d’astucieuses projections et jeux de lumière. Le placement scénique est lui aussi plutôt bien vu, original tout en étant totalement respectueux du parti pris de cette mise en scène. En effet, dans ce spectacle, les deux comédiens font toute la première partie dos à nous, face à un public imaginaire situé à l’inverse de nous. Le spectateur, le vrai, assiste alors aux coulisses du spectacle qui est en train de se jouer sans pour autant perdre une miette de l’histoire.

Si l’histoire diffère dans ces deux contes, le point commun est bien là : un abandon, une disparition. Dans le conte d’Andersen, le soldat se retrouve seul, il tombe de la fenêtre par accident, se laisse aller dans les égouts pour rejoindre la mer et finir par retourner dans l’assiette de l’enfant qui l’avait recueilli, grâce à un poisson qui l’avait alors avalé. Il va alors enfin pouvoir retrouver sa ballerine. Chez Grimm, c’est un abandon volontaire, décidé par les parents, la belle-mère surtout. Mais tout comme chez Andersen, après une période de quête, c’est le retour à la maison tant attendu. Après une longue période, le soldat parvient à retourner auprès des siens et s’unir dans les flammes avec sa danseuse de papier de soie. Tout comme Hansel et Gretel, qui après avoir échappés à la méchante sorcière, se retrouvent dans leur maison avec leur père.
Ces contes ont bercé notre enfance, et les histoires ne nous sont pas inconnues. Néanmoins, on prend plaisir à les réentendre, et surtout à les voir mises en scène de cette manière, toujours avec un réel parti pris et une vraie volonté artistique.

Des choix scéniques forts

Comme nous venons de le dire, ces textes sont connus, nous avons grandi avec eux, mais ils ont été ici, dans les deux cas, revisité et adapté à la sauce de l’artiste. Et ce parti pris d’adaptation est réussi, haut la main. Dans Le vaillant soldat de Plomb, Joachim Torbahn parvient à créer un univers, une ambiance onirique, magique que l’on retrouve bien souvent dans l’art de rue. Le même sentiment chez les frères Merendoni, avec un sentiment d’immédiateté, un plaisir instantané doublé d’une véritable recherche scénique.

Dans le soldat, l’histoire parvient à nous toucher, sans qu’il y ait besoin d’avoir recours à de grands moyens. Les quelques accords de musique créent une ambiance instantanément mélancolique. Ces notes, quelques mots doux d’explications, et la magie s’installe, on est embarqué dans l’histoire de ce petit soldat de plomb unijambiste amoureux d’une ballerine, sur une jambe elle aussi. Une histoire d’amour impossible qui finira comme on le sait dans les flammes. Le jeu avec les lumières, avant ou arrière, vient sublimer les dessins, et donner d’avantage corps à la mer ou au feu final justement.
Scéniquement, l’idée de mettre en peinture une histoire fonctionne très bien, sans être originale dans le concept, la façon de l’être ici l’est. Seul petit bémol peut-être, le graphisme de ces dessins trop enfantin qui a tendance à restreindre l’accès d’un public adulte à l’œuvre. Dommage, car un graphisme moins enfantin aurait sans doute touché un plus grand nombre de personnes. On aime la figure des soldats de plomb, faits avec des tampons, qui ont vraiment un graphisme original et beau. Mais malheureusement, quand il s’agit de dessiner à main nues, l’Ourson terrible ou le village par exemple restent encore un peu trop simplet. Dommage, car l’idée est vraiment intéressante. Un travail un peu plus approfondi sur cette partie aurait donné à l’œuvre, une seconde œuvre justement. La peinture devenant tableau à part entière et pas seulement un moyen d’illustrer l’histoire qui est en train de se jouer.
Pour résumer, c’est un très bon spectacle pour enfants, mais qui mériterait d’être plus travaillé sur certains points pour convenir également à un public plus adulte. Comme Jean, le petit soldat de plomb, il manque un petit quelque chose, même si cela n’empêche pas le spectacle de tenir debout, et de nous faire vivre un voyage extraordinaire.

Hansel et Gretel
Hansel et Gretel © Mirko Isaia

De l’autre côté, avec Hansel et Gretel des frères Merendoni, pas de problème de générations pour le coup. Différentes couches de lectures permettent à tous les âges de spectateur de se retrouver, de se faire son histoire. Dans le concret, les marionnettes sont esthétiquement belles, avec une mention spéciale à la sorcière et ses bras à ressort particulièrement bien fait. La scénographie et cette boite dont on parlait plus haut nous plonge immédiatement dans un univers particulier, entre conte et méta-théâtralité. Le décor est à la fois coulisses, images d’une forêts ou d’une nuit pleine d’étoiles et d’une lune guidant les enfants sur le chemin du retour. Ces quelques images suffisent à créer différents espaces de jeux, différents espaces de vie, dans lequel le spectateur se projette sans aucune difficulté. Un petit bijou avec lequel on prend plaisir à rire, et dont les ressorts dramaturgiques sont particulièrement intéressants. Un plaisir immédiat doté d’un plaisir intellectuel, chose rare qu’on savoure aujourd’hui.

Ces deux représentations sont des spectacles pour enfants mais aussi des spectacles pour les parents. Pas de discrimination, chacun trouve quelque chose qui peut lui plaire. Les images vous emporteront à coup sûr d’une manière ou d’une autre dans d’autres mondes, dans d’autres rêves. Amateur ou découvreur, venez apprécier le travail de ces compagnies hélas peu reconnues mais aux grands talents, inévitablement. Une chose est sûre, les contes comme les grands textes classiques n’ont pas fini de nous surprendre. Tout cela se passe au TNG jusqu’au 16 Janvier, avec plein de spectacles à découvrir, comme notamment pour la clôture, Et pourquoi pas la lune, un cabaret à priori délicieusement étrange. Si ce festival touche à sa fin, on compte sur le nouveau directeur pour créer de nouveaux moments dédiés à ce type de créations, à ce titre d’œuvre. Faisons-lui confiance, de belles surprises sont certainement au programme.

Marie-Lou Monnot

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