Le XXème siècle vu par Ken Follet, un coup de cœur pour Jeremy Young

Ken Follett, né le 5 juin 1949 à Cardiff, au Pays de Galles est spécialisé dans les romans d’espionnage et historiques. Il obtient une licence de philosophie à l’University College de Londres. Après l’université, il travaille en tant que journaliste à Cardiff puis à Londres où il commence à écrire. En 1978, son roman L’Arme à l’œil devient un best-seller pour lequel il recevra l’année suivante le prix Edgar-Allan-Poe du meilleur roman. Il débute donc sa carrière d’écrivain avec des « thrillers » centrés sur l’espionnage. En 1989 il publie un roman historique qui devient vite une référence, Les Piliers de la Terre, qui s’est vendu à plus de 15 millions d’exemplaires et a été adapté par Michael Rieneck en jeu de société en 2006, puis en mini-série à la télévision produite par Ridley Scott[1]. Ce roman a également eu une suite, Un Monde Sans Fin vendu à plus de 4 millions d’exemplaires. Ken Follet a vraiment du génie pour les romans historiques et c’est pourquoi mon coup de coeur d’aujourd’hui se porte sur les deux premiers tomes de la trilogie du Siècle de Ken Follet (La Chute des Géants et L’hiver du monde), avant que je ne vous livre la semaine prochaine ma critique du troisième et dernier tome, Aux portes de l’éternité.

Le retour du style « Follett »

Un roman historique de Ken Follett, c’est avant toute chose un style très particulier et facilement reconnaissable. Son style d’écriture « journalistique » privilégie à la fois les descriptions détaillées des lieux et des situations, les rappels et l’élaboration de la psychologie des personnages, révélée tant par leurs actions que par leurs monologues intérieurs et l’amplitude de leurs sentiments.
L’articulation du roman fait se succéder des situations concernant les divers personnages de l’intrigue. Ces personnages, séparés et sans rapport, apparaissent dans les premiers chapitres, se rapprochent au fil des pages pour se rencontrer lors du dénouement final. Pour amplifier et dynamiser cette convergence, l’auteur modifie son découpage au fil du roman. Les premières scènes accordent un chapitre complet à chaque personnage, les dernières basculent de plus en plus fréquemment de personnage à personnage, exprimant l’accroissement de la tension de l’action.

Ce style est également présent dans les deux premiers tomes de cette trilogie. On retrouve des personnages de plusieurs : Grande-Bretagne, Russie, Allemagne, Autriche, Etats Unis. Cela permet d’avoir une vision de l’histoire du XXème siècle avec une multitude de points de vue et des éléments propres à certains pays avec lequel un lecteur Français n’est pas nécessairement familier comme la Bataille de Tannenberg durant la Première Guerre Mondiale.
Comme dans les Piliers de la Terre, les personnages viennent également de classes sociales très différentes, souvent une famille aisée et une famille ouvrière. Là aussi cela permet de multiplier les points de vues sur certains grands événements historiques, opposant la vision de la noblesse et celle des Bolcheviks sur la Révolution Russe.

La Chute des Géants

Entre 1911 et 1924, de Washington à Saint-Pétersbourg, de Londres à Berlin, du fond des mines galloises aux antichambres du pouvoir : le destin de cinq familles confrontées aux tragédies du XXème siècle.
En 1911, les grandes puissances vivent leurs derniers instants d’insouciance. Bientôt la guerre va déferler sur le monde… Cinq familles vont se croiser, s’aimer, se déchirer, au rythme des bouleversements de l’Histoire : la Première Guerre mondiale et la Révolution russe.
Le roman s’ouvre sur les Williams, une famille galloise de mineurs et la première descente à la mine de Billy dans un chapitre très réaliste qui pourrait être un hommage au Germinal de Zola. Cette famille est liée par amour et par haine aux Fitzherbert, aristocrates et propriétaires terriens. Ethel Williams connaîtra une passion secrète avec le comte Fitz, marié à la princesse russe Béa, dont le frère Andrei est toujours aristocrate en Russie. Ethel s’engagera en politique, pour défendre le droit de vote des femmes. Billy Williams quittera la mine pour les tranchées de la Somme, puis le front russe… La farouche Lady Maud Fitzherbert tombera amoureuse de Walter von Ulrich, espion de l’ambassade allemande à Londres. Leurs routes croiseront celles de l’ambitieux Gus Dewar, collaborateur du président américain Wilson, et de deux frères russes orphelins, Grigori et Lev Peshkov, dont le projet d’émigrer se heurte à la guerre, la mobilisation et la Révolution…
Passions contrariées, rivalités et intrigues, jeux de pouvoir, coups du sort… Cette gigantesque fresque brasse toute la gamme des sentiments humains et dresse une galerie de portraits saisissants : des personnages exceptionnels, passionnés, ambitieux, attachants, tourmentés, qui bravent les obstacles et les peurs pour s’accomplir en dépit des tragédies qui les emportent.

L’Hiver du monde

Entre 1933 et 1949, des salles de bal de Buffalo aux chambres du Parlement anglais, de la bataille de Normandie au terrible Blitz, L’Hiver du monde entraîne le lecteur dans le tourbillon de la Seconde Guerre Mondiale. Les cinq familles du premier tome sont toujours présentes autour des aventures de la deuxième génération.
Carla von Ulrich, née à Berlin d’un père allemand et d’une mère anglaise, va subir de plein fouet les affres du nazisme jusqu’à ce que, décidée à reprendre sa vie en main, elle entre en résistance… Les frères américains Woody et Chuck Dewar, chacun portant un lourd secret, empruntent deux voies différentes au moment de l’entrée en guerre des États-Unis, l’un s’engageant dans la politique à Washington, l’autre combattant dans la jungle des îles du Pacifique… Lloyd Williams, brillant étudiant et très engagé politiquement, à l’instar de ses parents, se porte volontaire pour combattre les fascistes durant la guerre civile espagnole, au prix de certains de ses idéaux… Daisy Peshkov, belle et ambitieuse jeune fille, s’éprend du mauvais garçon, le suffisant et lâche Boy Fitzherbert, avant de prendre conscience que le véritable amour n’est ni intéressé ni prévisible… Quant à Volodya, le cousin de Daisy, espion pour les renseignements russes, il va peu à peu remettre en question les agissements de son gouvernement au point que ses actes affecteront non seulement cette guerre, mais également la Guerre Froide à venir.

Pour écrire ces deux ouvrages, Ken Follett a clairement fait des recherches historiques en profondeur. Cela offre au lecteur un grand réalisme dans l’action. En plus de suivre la grande histoire, on peut souvent lire les petites histoires qui sont derrière, les coulisses et des faits parfois méconnus.
Ces deux romans offrent une lecture très agréable et en immersion dont on dévore facilement les pages. La richesse des détails et des histoires des personnages font même d’une deuxième voire troisième relecture des moments toujours très sympathiques, permettant de découvrir de nouveaux éléments.

Jeremy Young

[1] Consultez notre première version papier numérisée pour découvrir notre critique du livre et de la série des Piliers de la Terre.

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