Leben des Galilei, la vie de Galilée en rock’n’roll au Célestins

La vie de Galilée, on en connaît les grandes lignes, de ses découvertes astronomiques d’après celle de Copernic à ses problèmes avec la religion notamment. Avec Leben des Galilei de Bertold Brecht, qui se joue du 10 au 13 mars au Théâtre des Célestins, il vous sera permis d’aller plus en profondeur et de découvrir plus en détail la vie de ce grand homme. Une mise en scène à l’esthétique particulièrement rock n’roll, avec quelques failles mais qui a le mérite au moins de nous emporter instantanément, et toujours sans une once d’ennui malgré les trois heures que dure le spectacle, qui se joue rappelons-le intégralement en allemand.

Une esthétique rock ‘n’ roll

L’esthétique de cette pièce est la première chose qui marque le spectateur. La sobriété en est le maître mot. Au niveau de la scénographie dans un premier temps. Ici, tout est blanc. Dans la première partie de la pièce, les murs latéraux sont recouverts d’immenses miroirs, le reste n’est que du blanc. Dans cet immense carré, évoluent des personnages. Eux aussi sont vêtus de noir et de blanc. Sobre, seul un détail les distingue les uns des autres : un manteau de cuir, une canne… Outre ces gammes de gris, trône au centre de la pièce un boulet, qui se balancera de cours à jardin tout au long de la pièce. La lune, la terre, ou encore le soleil, chacun choisira. Le travail des lumières est particulièrement intéressant. Les lumières sont toujours très blanches, douces parfois, agressives le plus souvent. Mais ce visuel fort ne fait pas tout, et il est fortement renforcé par les coupures musicales, très rock ‘n’ roll. Chaque tableau est conclu par un gymnique de guitare électrique, entraînant des danses euphoriques chez les protagonistes.

Les références utilisées sont dans le même ton : Madonna, Shakira, Star Wars. Aucune limite dans cette mise en scène, les acteurs s’amusent tout autant que le metteur en scène a dû le faire, et qu’on apprécie ou non ce choix, on ne peut pas dire qu’il manque d’originalité. Tandis que le décor s’installe en toute simplicité, plutôt classiquement, le ton employé lui ne l’est absolument pas. Au final, un spectacle hors norme, totalement surprenant. Mais le rock’n’roll a hélas ses limites. Certains choix, s’ils sont certes amusants, ne trouvent guère de sens. On pense notamment à l’utilisation de machine à mousses, ou encore de l’hélium pour modifier les voix. D’autres éléments sont plastiquement beaux, mais n’ont encore une fois pas de sens bien définis. L’utilisation d’une caméra et d’un miroir grossissant n’apporte hélas que peu de choses, et semble un peu sortir de nulle part. Leben des Galilei nous amène donc une esthétique particulièrement intéressante, remplie d’énergie et de vie, même si certains éléments dramaturgiques nous perdent un peu dans l’histoire et n’apportent au final que peu de choses.

 

Entre Brecht et Galilée

Les experts de Brecht seront peut-être mécontents de cette mise en scène, ils la trouveront sans doute éloignée de ce que qu’ils souhaitaient pour son théâtre. Ici, le message politique potentiel de la pièce s’efface, et le jeu des acteurs prend le dessus. On nous raconte une histoire et, à aucun moment, on ne décroche, malgré les coupures musicales qui viennent marquer la fin d’un tableau. Les non-experts eux seront sans doute convaincus. Le naturel de l’acteur jouant Galilée est particulièrement incroyable. La comédienne jouant sa fille a également son charme, même si elle frôle parfois le sur-jeu. De plus, le sur-titrage et le jeu dans une langue qui n’est pas la notre n’empêche en rien la compréhension du texte. La répartition en tableau est clair, et on suit sans problème le fil de la vie de Galilée, même si on ne retiendra évidemment pas tout. Outre la réception du texte, de son histoire, la part d’émotion est très présente. À l’inverse des pensées de Brecht, on oublie que nous sommes au théâtre, et on s’attache au personnage, particulièrement les principaux.

Leben des Galilei pourrait donc en surprendre plus d’un. Difficile à sa sortie de savoir si oui ou non nous avons apprécié, mais il est évidement en tout cas que ce spectacle a une véritable qualité plastique. Malgré ses défauts et incompréhensions face à certaines scènes, ce spectacle marque inévitablement par son originalité. Si vous voulez donc être surpris, et découvrir une méthode de jeu allemande, courez-voir ce spectacle qui se joue seulement jusqu’au jeudi 13 dans la grande salle des Célestins.

Marie-Lou Monnot

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