L’école des femmes n’a pas pris une ride

La cour du Barouf est un théâtre unique du festival d’Avignon, puisqu’il est consacré à la commedia dell’arte et au théâtre populaire. C’est à la cour du Barouf, donc, que l’on a pu voir cette année plusieurs créations de Carlo Boso, dont la mise en scène de l’École des femmes de Molière. Cette adaptation sur tréteau du grand classique est brillamment interprétée par la compagnie Alain Bertrand.

© Daniel Cerrito
© Daniel Cerrito

Modernité et pertinence du texte

L’école des femmes est une pièce que l’on prend beaucoup de plaisir à lire et à relire, car elle est d’une actualité brulante. Elle est aussi une piqure de rappel nécessaire sur la condition des femmes, dont le combat semble, malheureusement, infini. Arnolphe est un homme d’une soixantaine d’année, mu par une peur bleue d’être fait cocu. Pour parer à cette éventualité qui l’horrifie plus que tout, il fait le dessein d’épouser une sotte, une écervelée qui ne saurait même pas ce qu’est une rime. Il décide de s’occuper d’une jeune fille, Agnès, dont il s’éprend aussitôt et qu’il décide de faire enfermer dans un couvent en donnant des instructions très précises pour qu’elle soit rendue aussi idiote que possible. Ainsi, quand elle sera en âge de se marier, il la prendra pour femme sans crainte qu’une personne aussi naïve n’aille le tromper. Évidemment, rien ne se passe comme prévu car pendant son enfermement, Agnès rencontre, du haut de son balcon, un jeune homme de son âge, très beau et très courtois. Les deux jeunes gens tombent amoureux, mettant en péril les plans d’Arnolphe qui redouble de stratagèmes pour les éloigner l’un de l’autre. Le schéma narratif peut paraître complètement désuet à un Français aujourd’hui, et pourtant, si le mariage arrangé n’est plus de mise chez nous, il le reste dans de nombreux pays dans le monde. Arnolphe effraie par son comportement machiste et son intégrisme patriarcal, et nous rappelle de nombreux discours qui existent encore, même de moindre virulence. Parmi les nombreuses citations d’Arnolphe, on trouve des sentences révélatrices telles que : « Votre sexe n’est là que pour la dépendance : du côté de la barbe se trouve la toute-puissance » (acte III, scène 2)

Réactualisé pour le meilleur

© Daniel Cerrito
© Daniel Cerrito

Carlo Boso et Alain Bertrand créent une École des femmes tout à fait réussie ! Le texte renaît et les personnages sont d’une grande vérité. On doit en particulier remarquer la performance d’Alain Bertrand dans le rôle Arnolphe : il y est très drôle et d’une grande justesse, à la fois touchant et terrible ! Mais le reste de la troupe est tout aussi bonne : dans la compagnie règne un équilibre qui permet au jeu de s’épanouir parfaitement. Les couples s’opposent et se complètent, avec Agnès et Horace, pleins de jeunesse et de naïveté ; et le couple des servants pour les ressorts comiques. On apprécie également la présence de Cécile Boucris qui campe plusieurs rôles (dont celui de Chrysalide) et qui, surtout accompagne l’action grâce à des chants sur son limonaire. On retrouve avec plaisir le théâtre farcesque de la commedia dell’arte, parfaitement maîtrisée et subtilement disséminé dans le texte de Molière : la pièce n’est plus seulement drôle, elle devient profonde et intense. Depuis plus de quatre siècles Molière nous contemple et n’a jamais été autant d’actualité : une pièce qui enchante !

Margot Delarue.

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