L’empereur d’Atlantis, un opéra où la Mort prend enfin la parole

Après un passage à l’Opéra de Lyon cette dernière saison (2014-2015), L’empereur d’Atlantis mis en scène par Richard Brunel est joué au Théâtre National Populaire de Villeurbanne du 17 au jeudi 24 mars. L’orchestre a été dirigé par Vincent Renaud. Cet opéra en un acte composé par Viktor Ullman et écrit par Frantisek Pietr Kien a vu le jour dans les camps de concentration de Terezin en 1943. Cette œuvre, appelée L’empereur d’Atlantis ou le refus de la mort est un conte philosophique qui fut interdit avant même la fin de son écriture à cause de son engagement contre le troisième Reich.

© Jean-Louis Fernandez
© Jean-Louis Fernandez

« Les droits d’exécution sont réservés par le compositeur jusqu’à sa mort, donc pas longtemps » Viktor Ullman, le 22 août 1944.

Cette œuvre a été écrite pour sept personnages ; deux basses (la Mort et le Haut-parleur), un baryton (l’Empereur Overall), deux ténors (le Soldat et l’Arlequin), une mezzo-soprano (le tambour) et une soprano (la jeune fille) ainsi que 15 musiciens. La formation musicale choisie par Victor Ullman paraît surprenante pour un opéra ; des instruments comme le banjo ou encore l’harmonium étaient rarement présents dans les opéras à cette époque par exemple. Cette formation renforce le contexte de l’œuvre, car cela correspond aux instruments disponibles à Terezin. Lorsque l’on regarde la distribution, on se rend compte du souhait de faire dans la simplicité. La pièce a certes été écrite pour sept  personnages, mais seulement cinq chanteurs sont en fait nécessaires pour la jouer. Cet opéra se découpe en quatre tableaux dont seul un lieu nous est connu : le palais de l’empereur Overall. L’histoire est assez simple même si très forte en terme de symbolique. Suite à un décret de l’Empereur Overall, la guerre civile est déclarée ; c’est « tous contre tous ». La Mort considérant cet acte comme un affront décide alors de ne plus effectuer ses fonctions ; plus personne ne mourra donc. Elle passera donc un marché avec le dictateur : elle reprendra son « travail » à l’unique condition que le premier à la rejoindre soit l’empereur.

Les chanteurs solistes du studio de l’Opéra de Lyon ont respecté les spécificités de leurs personnages avec brio avec par exemple le personnage du Haut-parleur aux airs de Dolores Ombrages (Harry Potter) ou encore la Mort, tantôt sarcastique et drôle, tantôt effrayante à vous glacer le sang.

© Jean-Louis Fernandez
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Une mise en scène moderne, mais respectant l’essence de l’œuvre.

Le spectacle débute par la traversée de deux hommes, qui se placent ensuite tels des chanteurs solistes pour l’empereur, mais suite aux maladresses de l’un d’entre eux, Overall sort de la pièce, après être entré dans une fureur éclair. Le chef d’orchestre remet une œuvre au chanteur maladroit : L’empereur d’Atlantis ou le refus de la mort. C’est alors que le Haut-parleur (le chanteur maladroit) énonce la pièce, ses personnages et amorce le premier tableau : Arlequin et la Mort se plaignant quelque part du manque de considération de la part des hommes pour leur personne.

La mise en scène proposée par Richard Brunel est plutôt sobre, mais subtile. Il y a une recherche de mouvement dans l’immobilité. Il n’y a pas de changements de plateau, car la scène est déjà découpée en plusieurs plans, séparés par des rideaux noirs ou clairement délimités (le troisième tableau). Il y a également des écrans, rappelant le roman Big Brother ou les films de science-fiction où les messages de propagandes sont diffusés à la télévision avec un gros plan sur le visage souriant de la présentatrice. Cette atmosphère très froide sous-entend le climat de guerre civile (et la dureté de la guerre de manière plus universelle). Cette petite formation musicale a notamment permis à Richard Burnel d’utiliser les musiciens comme figurants et de dissimuler une des protagonistes de l’histoire. Les musiciens sont d’abord placés au premier plan de la scène, à côté de la table de l’Empereur Overall, rappelant les concerts privés de l’époque. Puis lorsque l’on entame la seconde partie de la pièce, où la mort arrête son travail, les musiciens se placent alors derrière un rideau, telle la fosse des salles d’opéras.

© Jean-Louis Fernandez
© Jean-Louis Fernandez

La mise en scène dévoilée ici apparaît au public tel un hommage ; il semble avoir eu une réelle volonté de correspondre au contexte de création de l’œuvre ce qui renforce l’œuvre en elle-même : les costumes rappelant ceux des soldats allemands, la mort de l’empereur rappelant celle d’Hitler ou encore les exécutions ordonnées par celui-ci.

Camille Pialoux

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