L’envol de Tirésias au théâtre de la Renaissance

Pur produit lyonnais, Tirésias a été créé à Avignon cet été par la Fédération – Compagnie Philippe Delaigue. Entouré des jeunes diplômés de l’ENSATT (École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre) que sont Héloïse Lecointre et Jimmy Marais, Thomas Poulard, leur aîné, incarne le devin Tirésias déprimé par le monde qui l’entoure. Sous la direction de Philippe Delaigue, l’actuel responsable du département Acteurs de cette école lyonnaise, les trois comédiens donnent vie à plusieurs récits des Métamorphoses d’Ovide avec poésie et onirisme. Cette pièce sera jouée au Théâtre de la Renaissance d’Oullins du 9 au 11 mars 2017.

« Il est vachement négatif ! – Oui mais ses prédictions sont toujours justes ! »

Tirésias devin désabusé

La pièce s’ouvre sur un Tirésias déprimé, confronté à la vacuité d’un monde dont les habitants ne le consultent plus pour des affaires importantes mais pour savoir s’ils auront un nouvel ordinateur, si l’élu de leur cœur leur répondra, etc. Tirésias semble être devenu l’incarnation de tous les numéros à 5 chiffres auxquels les adolescents envoient des messages pour savoir s’ils trouveront l’amour de leur vie, si celui qu’ils aiment l’aime secrètement en retour, etc. Le devin est devenu le triste clown d’une société qui s’accroche à des futilités. D’ailleurs, il énonce ses prophéties en faisant autre chose en même temps, ainsi quand il prédit en buvant du vin, il utilise l’art de l’oenomancie, et use de nombreux néologismes du même genre pour décrire son art divinatoire. Son côté détaché nous fait comprendre qu’il s’agit d’un homme désabusé, agacé par son don, mais qui a besoin d’argent pour vivre…

Si on découvre un peu la vie de Tirésias, elle n’est pas le cœur de la pièce. Bien que ce personnage soit le fil conducteur de la pièce, sa vie n’est pas le sujet de l’histoire écrite par Philippe Delaigue. Tirésias remplit tour à tour les fonctions de père, devin, conteur, victime, bourreau… Mais plus la pièce avance, plus le personnage s’efface et seule sa voix pèse sur la scène. Tel un devin dont la parole est toujours écoutée, sa voix, devenue dominante, nous emporte et transporte Mantho, sa fille, et Léo dans un monde où rêve et réalité se confondent.

© Juan Robert
© Juan Robert

Perdus entre mythes et réalité

Bien que désabusé, Tirésias est intrigué par la question d’un jeune qui lui demande « pourquoi il veut mourir ? ». Ce dernier, ne comprenant pas pourquoi un jeune homme tient tant que ça à mourir, décide donc de l’aider à trouver les raisons de sa mort en lui racontant des mythes ovidiens dont les morts sont assez cruelles. Ce faisant, Léo, le garçon suicidaire, et Mantho se retrouvent à jouer les personnages des histoires, seulement les conséquences sont horribles à chaque fois puisque Léo croit vraiment mourir et les effets lumineux et musicaux insistent sur la douleur que ressent le jeune garçon. La musique originale créée par Philippe Gordiani est oppressante et s’infiltre en nous pour nous faire ressentir la souffrance du jeune homme. Il faut chaque fois l’intervention de Mantho qui fait le pont entre le rêve et la réalité pour sauver le garçon et demander à son père de stopper son récit. Au fur et à mesure des histoires, les deux adolescents se rapprochent et une complicité naît entre eux, les histoires de métamorphoses genrées semblent toucher plus Léo et Mantho qui parviennent finalement à trouver leur équilibre et leur bonheur grâce à une mort transformée en métamorphose ornithologique. Grâce aux mythes qu’il a racontés, Tirésias réussit à détourner le jeune homme de ses pensées morbides, lui permettant de comprendre la véritable nature de son pouvoir et de comprendre ce qu’est le bonheur. Il explique qu’il est fatigué de son don de divination et qu’il aurait de loin préféré recevoir des dieux la possibilité de devenir un oiseau, libre de ses gestes, lui, l’homme abandonné et désabusé qui vit sans un grenier, assimilée à une volière…

© Juan Robert
© Juan Robert

Ce spectacle 100% lyonnais est à découvrir au théâtre de la Renaissance d’Oullins du 9 au 11 mars 2017, période durant laquelle nous organisons une rencontre avec Philippe Delaigue le mardi 8 mars à 18h à l’université Lumière Lyon 2 et des représentations théâtrales de pièces proches de Tirésias les 8 et 9 mars à 19h15 et 19h à Bron.
Plus d’informations et de détails sur la programmation de Fais Pas Genre sur notre page dédiée à l’événement.

Jérémy Engler


Article initialement paru dans notre version papier #3

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