L’équipe de Real Cops nous parle du reste de son œuvre et d’un de ses atouts : Franck Pitiot

Aujourd’hui, suite et fin de l’interview de Compose it. Nous allons ici parler de Franck Pitiot (connu notamment pour son rôle de Perceval dans Kaamelott), des autres œuvres du collectif (notamment de Vrais Détectives, la genèse de Real Cops – et de courts-métrages plus dramatiques), mais aussi de la façon dont ils vivent leur passion !

 

Parlons de Franck Pitiot ; comment avez-vous abordé le sujet de la série avec lui ?

© Yves Tennevin
© Yves Tennevin

M W – En fait, Franck… On parlait de Lucas, qui est notre ingénieur du son, qui s’occupe du mixage du son, du sound design. Il travaille dans un studio son à Lyon, qui s’appelle Miroslav Pilon, et le groupe de comédiens qui a intégré Compose it art l’a intégré par l’intermédiaire de Lucas. Le groupe de comédiens, dont je fais partie, travaille en doublages chez Miroslav Pilon. Et par l’intermédiaire de Lucas, on est arrivés chez Compose it art. Et un des fondateurs et des directeurs du studio, c’est Franck Pitiot. Le grand public le connait parce que c’est Perceval dans Kaamelott, mais il est aussi directeur de studio son, et Franck c’est quelqu’un avec qui, Laurent, Michael, Amandine et moi, on travaille de façon hebdomadaire voire quotidienne depuis de nombreuses années. Et Miroslav Pilon a eu la grande gentillesse de nous prêter leurs locaux pour tous les mixages des 48 heures film project, et Franck a vu le travail de Compose it art, il l’a vu évolué, il l’a vu grandir. Et quand on lui a proposé le rôle du capitaine – Lucas lui a proposé le rôle au nom de tout le collectif, on ne savait pas trop s’il serait partant – il a été plutôt très partant, et plus les jours passent, plus ça se confirme. Mais voilà comment on en est arrivé à proposer à Franck.

P-M C – Oui, c’est qu’il a pu voir vraiment notre travail depuis 2012. Il a vu notre quinzaine de courts-métrages à chaque fois évoluer, on avait ses retours, etc. Avant tout, c’est aussi un copain, un copain de l’équipe, un copain des comédiens et du coup, je pense que c’est un rôle qui va lui convenir. Et il nous fait vraiment confiance, et je pense que ça l’amuse beaucoup de jouer avec nous.

M W – Oui, et il y a autre chose. Franck nous dirige sur le plateau de doublages depuis une petite dizaine d’années. Donc il nous voit jouer, nous on le voit diriger, on le voit dans Kaamelott, et on est super impatients, lui comme nous, de se retrouver enfin du même côté du micro et de la caméra pour jouer ensemble. Parce qu’on s’apprécie humainement, on s’apprécie dans le travail, et que là, on nous déroule un boulevard pour jouer mais au sens littéral du terme. On va s’amuser comme des mômes.

P-M C – Ce qui est assez drôle c’est que, quand on allait voir Franck, on a fait un repas avec toute l’équipe pour lui proposer le scénario. On lui a dit : « Bah écoute, Franck – on avait une base de scénario, on n’avait pas encore écrit – on aimerait bien que tu sois le chef de la police. » et il nous a dit oui. Sans lire le scénario. Et quand il nous a demandé : « Je peux en savoir plus sur le scénario ? » on lui a dit : « Ben, concrètement il n’est pas écrit. » (rires). C’était pendant l’écriture du scénario, et il nous faisait confiance, il nous connaissait, il a répondu : « Ben moi ça m’éclate de jouer avec vous et je suis partant pour faire ça ! ». C’est vrai que c’était quand même assez drôle de lui demander, qu’il dise oui sans avoir de garantie derrière ! Du coup, ça prouve bien quand même qu’il nous fait confiance et qu’on avait vraiment envie de jouer comme tu le disais dans le sens « faire de la blague avec des copains ».

J V L – Je pense que c’est aussi jouer avec vous, jouer avec Laurent, jouer avec Amandine, avec Michael, avec Marc qui le motive aussi. Ce sont des personnes qu’il connait, qu’il côtoie tout le temps – après je parle en son nom, je ne sais pas exactement – mais je pense qu’il y a ça qui le motive, et le boulot que fait Compose it depuis deux-trois ans déjà.

M W – En tout cas, je considère que c’est – un parrainage, le mot est un peu fort – mais une super chance pour le projet, et c’est d’une part très motivant, de l’avoir à côté de nous, et d’autre part ça nous impose à tous une certaine exigence, mais c’est une grande chance pour nous de l’avoir dans le travail, et pour le projet parce qu’évidemment, le personnage de Perceval est relativement mythique pour beaucoup de gens et c’est génial d’avoir Franck à côté de nous.

Question peut-être qui s’éloigne un peu de la série : comment passe-t-on du temps des adieux (court-métrage de 2015 de Compose it) à la série Real cops ?

(Rires)

J V L – C’est plutôt comment on passe de Vrais détectives au temps des adieux !

P-M C – Oui ! En fait, quand on faisait les 48 heures, c’était le moment où se testait un peu. Il y a par exemple des genres imposés ; on a fait des films thriller avec notamment Le voisin de Pallier, on a fait de la comédie, on a fait du film d’horreur, et là on était tombés sur le thème « passage à la vie adulte ». On s’était dit : « On va faire un drame », et au final, on a fait un drame qui a vraiment bien marché sur Lyon et à l’international, on a eu de très bons retours sur ce film. Et justement, c’est ça – j’ai adoré, l’équipe aussi – faire ce film, c’était quand même assez dur. C’était une ambiance de tournage où il fallait être très sérieux, c’est un sujet qui est très difficile à aborder, et je pense qu’après le temps des adieux, ça nous manquait de faire un tournage où on se marre. On est une bande de potes, on aime bien se marrer entre nous et c’est vrai que la comédie, c’est ce qu’on avait fait au tout début. Du coup on a testé plusieurs genres, et on avait envie de retourner à ce qu’on avait fait. Le premier film qu’on a tourné avec Marc, c’était une comédie noire, c’était Le spot ultime, ensuite on a fait Vrais détectives, qui était une comédie, on a fait Ouboula, qui était une comédie et c’était vraiment la base du truc. Nous, on voulait faire des choses drôles, et on a fait ce drame, et on reviendra au drame, parce que mine de rien, on a aimé faire ce truc-là, mais je pense qu’après ça, on avait besoin de souffler un grand coup et de se dire : « Bah là, sur un tournage, on n’est pas en train d’être dans une scène difficile de perte d’un proche, etc. ; on est dans une grosse déconnade ! », et je pense que ça va faire du bien aussi à tout le monde pour ensuite revenir plus tard au drame.

M W – Et puis, je trouve que dans Compose it, une des forces du collectif c’est justement d’avoir de nombreuses sources d’influences très différentes. Ce qui nous réunit tous, c’est la possibilité de faire des choses ensemble, mais c’est vrai que les sources d’inspirations sont très larges. Après comme dit Pierre-Marie, le fait que, dans les 48 heures, ce soit des thèmes imposés, ça oblige à se confronter à des codes de jeux différents, à des écritures différentes, et en même temps, aujourd’hui on développe une comédie ; mais les films que les gens préfèrent de Compose it, c’est Mon frère et Le temps des adieux. Des films qui sont hyper touchants, et je pense que c’est une force aussi, une preuve de savoir-faire. Et ne pas se limiter à un code de jeu ou à un genre, et trouver de l’unité dans notre travail, ailleurs, c’est-à-dire dans la forme et dans le fond, mais en se permettant de grands écarts en termes de genres, c’est super rafraîchissant, et ça évite de tomber dans une routine. On développe un style, on développe un langage, le nôtre, mais on peut investir des thèmes et des genres différents et ça c’est super riche.

P-M C – C’est vrai que lorsqu’on avait fait Mon frère, le film avec les génies, c’était le premier drame qu’on a fait. Et nous, avec Simon à la réalisation, c’est vrai qu’on était – en même à l’écriture – pas très sûrs de nous, parce qu’on avait fait beaucoup de comédies, et au final, on a beaucoup aimé s’attaquer à ce côté dramatique. Le temps des adieux encore plus, avec Michael qui lui aime beaucoup jouer des drames, et c’est vrai que ça permet d’avoir plusieurs facettes.

M W – Et à partir du moment où on bosse en autoproduction, quelque part on fait ce qu’on veut. On est pas contraints de faire de la comédie parce que les gens aiment ça, on n’est pas contraints de faire un drame parce que les gens pensent que c’est l’essence de notre travail : on fait comme on veut. Parce qu’on le fait avec notre temps, notre argent… Bon, Real cops en l’occurrence, aussi avec l’argent des gens qui nous suivent mais voilà, on a la liberté de faire tout ce qu’on veut quand on veut, et c’est assez précieux.

À ce propos : comment on trouve le temps et la motivation de concilier la vie personnelle et le travail sur ces projets ?

M W – Je vais me permettre une tribune politique. Des gens disent que les intermittents sont des fainéants. Moi, les intermittents que je connais, sont des gens qui bossent soixante heures par semaine, dont les journées finissent à dix heures du soir, qui sont conjoints, pères ou mères de famille, qui sont des professionnels qui ont engagé du temps, de l’énergie, de leur argent depuis plusieurs années dans le développement de leur métier et de leurs compétences. Et comment on trouve du temps ? On trouve du temps parce qu’on est motivés pour le faire, parce que c’est une chance d’avoir un collectif comme ça, de pouvoir bosser, de pouvoir tourner, de pouvoir raconter des histoires. C’est un peu bête, ça enfonce des portes ouvertes, mais ce qui nous plait à tous, c’est de raconter des histoires, quel que soit le côté de la caméra que l’on occupe. Et comment on trouve du temps ? On le trouve en se couchant tard et en se levant tôt. Et en faisant en sorte que ça existe.

P-M C – C’est vrai que c’est un peu ça, nous, avec Simon et Lothaire, l’autre chargé de production et l’autre réalisateur, nous on a une boite de production où on fait de la publicité, de l’institutionnel, etc. Et nous on a toujours adoré faire de la fiction et raconter des histoires, et si on ne trouvait pas le temps de le faire, eh ben, on ne le ferait pas. Ces derniers mois, ça a été très intense, réunions tous les soirs jusqu’à environ minuit, une heure du matin pour parler de Real cops. On prenait sur nos week-ends, mais c’est avant tout une grosse motivation de la part de toute l’équipe qui nous anime, et on a vraiment envie de faire ces films, tous ces projets. Je pense que quand on a envie, on est capable de prendre sur ses dimanches, de prendre sur ses soirées, en étant avec les copains, en buvant des bières et en se disant : « Tiens, qu’est-ce qu’on peut raconter comme histoire ? ». Et c’est comme ça qu’on a réussi à trouver le temps, en prenant sur notre temps personnel. On n’a plus trop de vie ces derniers temps avec la phase de production, d’écriture de Real cops, mais je pense que ça vaudra le coup d’avoir pris ce temps.

M W – Après, on se dit tous qu’on a à y gagner. Le travail qu’on fait, dans le collectif… Vous du côté technique, vous avez la chance de montrer ce que vous savez faire. Et de développer votre style. Et de vous faire de l’expérience. Et du côté des acteurs, nous, c’est pareil. Quand on faisait les 48 heures, on tournait toutes les trois semaines, voire tous les quinze jours !

J V L – De septembre 2015 à novembre 2015, c’était quatre 48 heures d’affilée.

M W – Et ça permet d’avoir de l’expérience, d’avoir des gens qui nous voient, qui voient notre travail. On plante des graines qui germent, pour nous tous. Et pour ceux à qui ce n’est pas encore arrivé, ça finira par le faire. Donc c’est un investissement.

P-M C – C’est vrai, c’est un investissement. En tout cas, pour Real Cops, c’est vrai qu’on prenait sur nos soirées, pour les écritures, etc. Mais prendre sur les soirées pour être avec les copains et faire de la blague… Les séances d’écriture : on est morts de rire tout le temps, à imaginer des trucs, il y a pire !

Nous remercions encore Compose it de nous avoir consacré du temps pour cette interview ! Nul doute que l’envolée aura de nouveau l’occasion de parler d’eux, à l’occasion de la sortie de la web-série !

(Ci-dessous, la vidéo Le temps des adieux, le court métrage plus sérieux de Compose it mentionné dans l’interview)

Propos recueillis par Jordan Decorbez

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