L’équipe du théâtre des clochards célestes se présente à nous

Une rencontre avec le théâtre des Clochards Célestes :

 

En ce début d’année, et pour faire écho à l’hommage que nous rendons aux Scènes Découvertes lyonnaises, nous vous proposons de découvrir en intégralité notre interview d’Elisabeth Saint-Blancat, chargée de programmation et d’accompagnement artistique au théâtre des Clochards Célestes, à Lyon, et de sa collègue Martha Spinoux-Tardivat, responsable de la communication et des relations publiques.

 

Comment avez-vous commencé à travailler pour le théâtre des Clochards Célestes, et quel rôle y jouez-vous actuellement ?

Elisabeth Saint-Blancat : Je suis comédienne, conteuse, j’ai fait beaucoup de danse et j’ai une formation musicale. J’ai fait le conservatoire à Toulouse, du théâtre, ensuite je suis venue ici, et puis je suis allée à Paris, j’ai pris des cours au niveau professionnel, et je me suis de nouveau retrouvée à Lyon. Je connaissais le fondateur du théâtre, puisque ce théâtre a été fondé en 1977, par Yves Barroz ; il m’a dit qu’il faudrait quelqu’un pour s’occuper de la programmation. J’ai dit : « Mais j’ai jamais fait ça », et il m’a dit « Je te donne carte blanche », ce qui ne m’a pas complètement rassuré mais bon, j’ai quand même dit oui. Et donc, j’ai appris la programmation – enfin comment diriger un théâtre – sur le tas. J’avais déjà fait un peu d’administratif dans une compagnie de danse dans laquelle je jouais. Autrement, j’ai été élevée théâtralement dans la décentralisation, les CDN (NDLR : Centre Dramatique National), les choses comme ça, donc je savais un peu comment ça fonctionnait. Et voilà, ça fait trente ans que je suis là.

Martha Spinoux-Tardivat : Donc, j’ai fait de la médiation culturelle et j’ai été embauchée juste après à l’Espace 44, pendant deux ans, où je me suis occupée de la communication, et comme ce sont souvent des contrats, des CAE (NDLR:Contrat d’Accompagnement à l’Emploi), ça ne dure que deux ans. Après les deux ans, je me suis retrouvé au chômage, et quand j’ai vu l’annonce pour le théâtre les Clochards Célestes, j’ai sauté sur l’occasion, parce que ça faisait longtemps qu’il m’intéressait – c’était le premier théâtre que j’avais repéré en arrivant à Lyon – j’avais déjà rencontré la chargée de communication. Je lui avais déjà posé plein de questions, je savais comment travaillait un peu le lieu, et j’avais très envie de travailler ici. Donc je suis arrivée en leur disant « Prenez-moi », et voilà.

Elisabeth Saint-Blancat : Et voilà, ça a marché, moi, pour les entretiens d’embauche, il suffit de me dire prenez-moi et je prends. (Rires)

 

Quels sont les spécificités de votre théâtre, ses points forts et ses points faibles ?

Martha Spinoux-Tardivat : Il n’y a pas de point faible aux Clochards Célestes.

Elisabeth Saint-Blancat : Elle pose de drôles de questions cette jeune femme (Rires). C’est un lieu qui a toujours été une vitrine pour les groupes ou les compagnies qui démarrent parce que Barroz avait pour copains plein d’acteurs, et notamment des musiciens, qui n’avaient pas d’endroit où jouer, parce que personne n’accueillait les gens qui n’étaient pas connus. Donc il a ouvert ce théâtre pour ça, en 1977. Et il y a eu Lézart Dramatique qui ont été trois ans là, et d’autres gens ont démarré ici, et donc, quand j’ai eu carte blanche, j’ai trouvé vraiment intéressant de continuer dans ce créneau-là, et je l’ai fait. Ensuite, il y a eu la labellisation, on va dire, « Scènes Découvertes » en 2001, parce que quand Gérard Colomb est arrivé à la mairie, il avait comme adjoint à la culture Patrice Béghain, qui était, juste avant d’être adjoint à la culture, Directeur Régional des Affaires Culturelles. À la DRAC donc, il connaissait tout à fait le terrain et savait qu’il y avait plusieurs lieux qui étaient utiles. Comme on était plusieurs lieux de petite taille, il a lancé l’idée des « lieux de la première représentation ». Bon, on s’est battu pour que ça s’appelle « Scènes Découvertes », parce que « lieux de la première représentation », c’était pas très pratique. Et à partir de là, il y a eu cette reconnaissance. Au départ il y avait la ville, et la DRAC, et ensuite s’est rajoutée la région. Donc notre travail, c’est de continuer ce travail de recherche, de découverte. On a aussi une mission d’accompagnement des compagnies ; elles sont toutes à des niveaux différents, c’est comme les êtres humains, chacun est différent. Donc chaque personne de l’équipe est apte à accompagner dans son domaine. Et qu’est-ce qu’on fait d’autre déjà ? Vas-y Martha, j’en ai oublié sûrement… (Rires)

Martha Spinoux : Elisabeth passe son temps à aller voir des spectacles, elle ne programme jamais sur dossier, c’est vraiment la spécificité d’ici. C’est un des seuls lieux qui fait ça, c’est une des seules programmatrices qui fait ça, pour des raisons…

Elisabeth Saint-Blancat : Qui me sont propres. Je ne sais pas sélectionner un spectacle sur dossier, je ne sais pas faire. Donc je suis obligée d’aller voir.

Martha Spinoux : Et donc la programmation se divise en deux, entre les spectacles à destination du jeune public, et les spectacles à destination du public adulte. Les spectacles jeune public se tiennent à chaque période de vacances scolaires. Chaque compagnie est programmée deux semaines au théâtre, et joue du mardi au samedi. L’idée c’est que, quand la compagnie vient ici, elle fasse en sorte d’avoir le plus de programmateurs de salles plus grandes qui viennent la voir, pour qu’elle se fasse connaître et qu’elle se fasse programmer ailleurs. Étant une Scène Découverte, on est sur un système de partage de recettes, donc on divise la billetterie en deux à la fin des deux semaines : 50 % pour le théâtre, et 50% pour la compagnie. Une salle de 42 places ne permet pas forcément d’avoir des cachets pour tous les comédiens qui sont là. Donc l’idée est de vraiment faire un gros travail de diffusion pour la compagnie, pour qu’elle se fasse programmer dans des plus grands lieux. La plupart des compagnies ne sont pas formées à ça ; en général, dans les écoles, on leur apprend tout ce qui relève du fait de la scène, mais on ne leur apprend pas – ou peu – les contraintes administratives, ou ce qui concerne la diffusion. Je prends donc rendez-vous avec la compagnie dès que je sais qu’elle va être programmée la saison prochaine, je la rencontre, on apprend à se connaître, et on détermine ensemble, en fonction du spectacle, qui elle pourra cibler comme programmateur. Donc je leur donne une liste de programmateurs pour qu’ils fassent ce travail-là. Et en plus, on propose une journée de sensibilisation à la diffusion aux compagnies qui sont programmées chez nous, avec un chargé de diffusion professionnel. Ça, c’est pour l’accompagnement en diffusion ! On fait pareil pour la communication, on leur donne des conseils. Elisabeth fait des retours quand elle voit la générale, ou si, par exemple, ils ont eu un petit temps de répétition avant le spectacle. Elle va peut-être leur dire d’affiner ceci, ou cela, de modifier ça, sans toucher au spectacle, mais en leur donnant des pistes. Lancelot à l’administration leur donnera des conseils sur comment se structurer, quelles bourses ou quelles aides demander. Et enfin le technicien les aide pour la création lumière s’ils n’ont pas de technicien pour ça. C’est ce qu’Elisabeth disait, chaque métier du théâtre est là pour apporter sa compétence dans son domaine à la compagnie.

Votre théâtre sent-il les contrecoups des diminutions de subventions de la part de ses partenaires publics ?

Elisabeth Saint-Blancat : Je ne les sens pas. C’est effectif. C’est pas une sensation, c’est une réalité. On a eu une diminution de 5000 euros de la part de la ville. Pour l’instant la région, on vient de l’apprendre, nous donne la même chose que l’an dernier, et quant à la DRAC, on ne sait toujours pas et on est presque au mois de juillet (NDLR : l’interview a été réalisée fin juin). Donc effectivement, nous on a une baisse de 5000 euros de la part de la ville.

Martha Spinoux : Ce qui entraîne forcément des restrictions budgétaires, on essaie de développer d’autres façons de compenser… on essaie quand même de bien faire notre travail malgré les coupes.

Elisabeth Saint-Blancat : On le fait. J’ai appris à réagir au jour le jour. Je fais – enfin l’administrateur – un prévisionnel, on fait comme d’hab’, comme si tout allait continuer, mais on ne sait toujours pas combien on a. Si on n’a pas les 15 000 de la DRAC, va falloir qu’on ferme quoi. Donc, on ne va pas tout arrêter sans savoir. Après on verra bien. J’ai appris à faire comme ça, alors ça m’angoissait beaucoup à un moment, et puis j’ai arrêté de m’angoisser, et ça marche tout aussi bien, voire peut-être mieux. Surtout pour moi. Parce que s’angoisser, ce n’est pas très efficace.

 

Considérez-vous que vos partenaires publics ont un droit de regard sur votre programmation ?

Elisabeth Saint Blancat : Ah non ! On a un cahier des charges qui est de découvrir (enfin moi c’est ce que j’ai compris des Scènes découvertes) et d’accompagner de jeunes équipes. On aide en majorité des compagnies sur des premiers, deuxièmes, troisièmes spectacles, parfois ce sont des gens un peu plus anciens dans le métier mais qui ont besoin de se montrer parce que ça n’a pas marché… enfin il y a différents cas de figure, mais c’est ça la base. Alors on accueille énormément de gens qui sortent des écoles – Saint-Étienne, Grenoble, ENSATT (NDLR : École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre), conservatoire – et on les accompagne du mieux qu’on peut, en fonction de leurs besoins et en fonction de ce que nous sommes. On a un cahier des charges et on tâche de le respecter, parce que sinon ce n’est pas la peine de signer un truc si c’est pour ne pas le respecter.

Martha Spinoux-Tardivat : Pour chaque scène découverte, il n’y a pas une sorte de cahier des charges précis et écrit, chacun interprète comment il doit accompagner les compagnies selon la philosophie du lieu et sa philosophie de travail.

 

La nécessité de toujours trouver de nouveaux artistes vous pèse-t-elle quelque fois ?

Elisabeth Saint-Blancat : Je trouve ça très intéressant, et j’ai fait mienne cette démarche d’accueil de personnes qui démarrent dans le métier. Donc ça ne me pèse pas du tout. Et si ça me pèse et que j’ai envie de prendre une compagnie qui n’est pas émergente, pour telle ou telle raison, il n’y a personne qui va me mettre un fusil dans le dos. Si je passe mon temps à accueillir les potes qui ont mon âge, c’est sûr qu’il ne faudra pas aller pleurer après si on m’enlève des subventions, parce que je ne fais pas mon job. Mais je tâche de ne pas le faire. Et je n’ai pas trop de mal, ça va. Il y a tellement de gens, il y a plein d’écoles ici, dans la région, en plus on a ajouté l’Auvergne maintenant. Il y a tellement de gens intéressants à programmer… Là où j’ai le plus de difficultés c’est en Jeune Public, parce que les écoles ne forment pas les gens pour le jeune public – bon je ne veux pas généraliser – mais les gens qui font des spectacles pour le Jeune Public, soit ils le font avec une vraie envie et une éthique, soit ils le font parce que c’est un créneau plus facile qui rapporte plus d’argent. Donc c’est plus difficile de trouver des choses de qualité. Et je suis très exigeante pour le public des jeunes, des enfants. J’ai moi-même joué beaucoup pour les enfants, et j’ai beaucoup de respect pour eux.

(La suite de l’interview sera à suivre demain ; elle portera plus particulièrement sur les spectacles à venir lors de cette saison !)

Propos recueillis par Adélaïde Dewavrin

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