Les Crises racontées par le bonimenteur Jorge Volpi

Les Assises Internationales du Roman de Lyon, organisé par la Villa Gillet et Le Monde se poursuivent encore jusqu’au 31 mai. Et après la chine avec Ma Jian, la France avec Joy Sorman, Israël avec Zeruya Shalev, l’Argentine avec Andres Neuman, découvrez les Etats-Unis de nouveau mais cette fois-ci du point de vue du mexicain Jorge Volpi. Il parlera le jeudi 28 mai à 19h30 aux Subsistances de son dernier roman traduits Les Bandits. Mais avant cela, il sera possible de rencontrer Jorge Volpi à la librairie Raconte-moi la Terre à 12h30, le jeudi toujours, pour une rencontre exceptionnelle agrémentée d’un repas mexicain – pour lequel il faut réserver – à l’avance. Dans l’espoir de vous donner envie de venir à cette rencontre que nous animerons, découvrez notre critique de son dernier ouvrage.

Un récit sous forme d’opéra !

L’originalité de ce texte réside plus dans sa forme que dans son contenu. Jorge Volpi a choisi de construire son récit sous la forme d’un opéra bouffe en trois actes. Chaque acte est construit à partir d’un air de musique. Ainsi, tous ou presque s’ouvrent sur un « récitatif » qui fait avancer l’histoire, il est très souvent suivi de « duo » qui mettent en scène deux personnages qui interagissent, voire des « trio ». Ces duos sont entrecoupés « d’air » ou de « cavatine » selon la longueur de la prise de parole du soliste. Ces contraintes formelles en plus d’être atypiques traduisent l’amour de l’auteur pour la musique. En effet, le personnage principal du roman est un passionné d’opéra et parcourt le monde entier, entre autres, pour en écouter et faire partie de ce monde. Ainsi, la musique est présente dans la forme et dans le fond.
Les « final » sont de vrais moments de bravoure, ils portent la tension narrative à son comble laissant le lecteur-public impatient de découvrir la suite et souvent frustré. Ces contraintes obligent Jorge Volpi à alterner les histoires…

Un bandit peut en cacher un autre…

9782021154078L’auteur Jorge Volpi se met lui-même en scène, il s’invente une vie pas forcément idéale, celle d’un père de famille raté, d’un mauvais mari, d’un mécène hypocrite, d’un escroc fiscal et d’un pur égoïste. A priori, l’histoire semble se concentrer sur J. Volpi et son escroquerie. Il a monté un « hedge fund » puis a volé ses clients investisseurs. Ce livre propose d’expliquer le processus de la fraude. Du moins, c’est ce qu’il veut nous faire croire… Très vite, on se rend compte que pour justifier ses choix il oriente ses confessions sur le thème du pathos en expliquant qu’il n’a pas connu son père et que sa mère n’était pas une mère idéale pour ainsi dire. Il insiste sur la corde sensible et profite de cette crise pour expier sa vie et faire le bilan de ce qu’il a accompli en tant que fils, mari, amant, père de famille et grand-père. En plus de nous raconter les échecs de sa vie sentimentale et familiale, il se met en quête du Père, ce Noah Volpi dont il ne sait rien sinon ce que sa mère a bien voulu lui dire. Il décide donc d’enquêter sur l’identité de son père, grâce à ses recherches facilitées par sa fortune, il réussit sans trop de difficultés à découvrir que son père à participer à la création du FMI et de la Banque Mondiale mais aussi qu’il a peut-être fait partie d’un réseau communiste implanté aux Etats-Unis et qui avait pour but d’espionner et d’affaiblir le pays. Découvrant cela, J. Volpi décide d’enquêter sur toutes les personnes que son père a rencontrées et va de révélations en révélations… En fin de compte, son père est peut-être l’un des « bandits » du titre. Ainsi, l’auteur Volpi se sert de l’introspection de son personnage pour se replonger dans le thème de la Seconde Guerre Mondiale déjà abordé dans de précédents livres. Cette fois-ci, il traite de la période qui a immédiatement suivi la guerre mondiale et qui a vu s’installer la Guerre Froide. Lui le capitaliste découvre que son père était peut-être communiste et qu’en fin de compte tout le système économique moderne n’est autre que le fruit des espions communistes américains…

Ainsi, il relie implicitement la crise de 2008 à la création du système économique moderne et nous explique son processus. Même si l’auteur synthétise les parties théoriques sur la finance, ces pages sont difficiles à lire et apportent peu à l’histoire au final. On comprendrait très bien l’arnaque sans toutes ses explications pointues qui finalement sont là pour frustrer le lecteur-public qui attend le déroulement de l’enquête de Jorge sur son père !

Ainsi, Jorge Volpi s’amuse avec nous et semble aimer nous faire languir… « Les bandits » sont peut-être plus nombreux qu’on le croit et si le double créé par l’auteur est un véritable « bandit », l’auteur Jorge Volpi également puisqu’il vole la patience du lecteur en nous vendant une histoire qui n’est pas vraiment celle qu’il nous raconte…

Jérémy Engler

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