Les Fureurs d’Ostrowsky : quand la violence devient la pute du rire

Du 20 au 24 janvier, le Théâtre de la Croix-Rousse présente cette semaine la pièce Les fureurs d’Ostrowsky mise en scène par Jean Michel Rabeux et jouée par l’acteur Gilles Ostrowsky, un spectacle qui se décrit comme un « délire mythologique ».

« Je n’sais pas si vous avez déjà essayé… »

« Je n’sais pas si vous avez déjà essayé »… d’aller voir une joyeuse boucherie au théâtre. Pas n’importe laquelle, une affaire de famille et de meurtre comme on en voit seulement dans la mythologie, véritable source d’inspiration depuis des siècles en littérature et particulièrement au théâtre. Gilles Ostrowsky nous explique et incarne seul sur scène l’histoire de la lignée des Atrides. Silence dans la salle, le décor s’éclaire et un rire délirant remplit l’espace progressivement. Un cri, du sang, des membres d’enfants qui volent, l’apparition de l’acteur : « C’est Atrée ». Un Atrée cannibale, un anatomiste fou et ahuri qui reconstitue un puzzle humain de l’horreur. Le tragique et le rire n’ont jamais été si bien ensemble ! Les Fureurs d’Ostrowsky nous présente de manière magistrale le parfait mode d’emploi du meurtre façon mythologie grecque : avec une hache ou une épée, toujours la même épée, à la marmite en ragoût ou dans une baignoire avec un filet de pèche… Un tableau aussi noir qu’hilarant, des effets spéciaux à peine dissimulés qui participent au comique, des ballades musicales décalées par rapport aux situations toutes plus tragiques les unes que les autres, un coktail qui emporte l’adhésion du public du début à la fin.

« Le rose est la couleur de la Grèce antique »

© Ronan Thenaday
© Ronan Thenaday

La force du spectacle réside dans le fait qu’Ostrowsky interprète le narrateur et tous les personnages, il fait parler chaque génération allant d’une folie meurtrière à une autre. Lorsqu’il nous apparaît la première fois il ressemble à un grand cochon casqué en chemise hawaïenne et au bavoir ensanglanté. L’acteur, complètement délirant dans son incarnation de cette funeste famille, est en perpétuelle interaction avec le public. À la fin du spectacle il nous explique qu’être seul sur scène lui permet « d’aller au bout de [son] univers ». Ce clown complètement dingue se fait le guide morbide des coutumes de la Grèce antique, il s’amuse à souligner certains aspects étonnants du texte initial comme l’importance dans le mythe qu’Atrée « découpe le garçon dans la longueur », ou encore la révélation des détails plus pragmatiques comme l’astigmatisme de Pélopia… Il va toujours plus loin et se lâche complètement laissant le délire atteindre toute la salle, la scène déborde et le premier rang se voit touché au sens littéral du terme

« Elle reprend goût à la vie puisqu’elle va tuer… Logique ! »

Le rire et l’horreur s’entremêlent au fil des changements de personnages et de situations, le comique sur le mode tragique est provoqué autant par l’humour du texte signé par Jean-Michel Rabeux que par le jeu corporel, les mimes et l’utilisation d’un langage bégayant marqué par la prolifération d’onomatopées de l’acteur. Tous les personnages incarnés ainsi que le narrateur semblent marqués par un délire meurtrier. Pour Gilles Ostrowsky, admirateur entre autres de Chaplin et Tati, le but de ce spectacle est de « gommer le clown de base » et de raconter une histoire de plus en plus terrible et qui soit la plus violente possible en réussissant le pari de provoquer le rire du public. Ses anciennes expériences scéniques marquent cette production qui emprunte à sa formation de clown, mais aussi à ses derniers spectacles comme, par exemple, la reprise de l’idée du cabaret : il troque ses tongs et son short rose fluo pour une paire de talons et une robe à paillettes. Sur fond de ballade jazzy, il nous présente une Clytemnestre très gauche dans sa tenue brillante, le visage ensanglanté, la perruque de travers, cherchant à coller au rythme de la musique.

Les différentes références génériques, le déploiement d’une typologie du meurtre dans la tradition familiale, la musique légère, le décor qui évolue contribuent à donner du rythme à la pièce et à captiver les spectateurs toujours plus avides de découvrir la suite. Un régal sanguinaire !

Anaïs Mottet

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