Les nouveaux sauvages, d’un humour inlassable

La 31ème édition des reflets du cinéma ibérique latino-américain,organisée par le cinéma Le Zola de Villeurbanne, programmée du 11 au 25 mars permet de découvrir quelques pépites de l’Amérique centrale ou australe, comme Les Nouveaux sauvages, réalisé par Damián Szifron en janvier 2015. Ce cinéaste argentin avait déjà réalisé Tiempo de Valientes en 2005 et il revient donc dix ans plus tard, et il revient très fort.

Une forme peu habituelle

L’originalité première de ce film est qu’il s’agit d’un film à sketches, soit quelque chose qu’on n’a vraiment pas l’habitude de voir. En tout, il y a cinq sketches, ce qui permet tout de même de construire une histoire, de ne pas tomber dans une accumulation de gags courts qui provoqueraient l’écœurement. On a en effet un peu peur que cela soit toujours un peu le même genre de farce. Mais ici, le découpage en plusieurs sketches permet d’aller voir des univers très différents. On en a alors un dans un avion, les autres sur une nationale peu fréquentée, dans un restaurant, dans un appartement de riches, dans une fourrière, lors d’un mariage. Les histoires sont bien ficelées, on a des personnages construits, ce qui n’est pas forcément évidents lorsqu’un sketch est court. Ils ont tous des motivations et des situations bien définies : une famille riche dont le fils a provoqué un accident et qui pense pouvoir s’en sortir par l’argent, deux personnes qui se marient et qui provoquent une scène de ménage très amplifiée lors de la fête, une serveuse de restaurant qui se retrouve à servir le mafieux qui a détruit sa famille. On s’identifie bien aux personnages qui pètent les plombs et osent tout envoyer valser alors qu’ils pourraient être confortablement conformes à ce que la société attend d’eux. Ils ont cette folie ravageuse qui détruit tout mais qui est à chaque fois déclinée d’une nouvelle façon. En effet, la division du film en plusieurs sketches pourrait proposer un mélange trop hétéroclite pour être digeste mais la marque du réalisateur est bien présente et bien claire. On se réjouit d’ailleurs qu’un cinéaste peu connu en France comme Damián Szifron puisse donner en cinq sketches une identité reconnaissable et très appréciable. On a l’utilisation de mêmes techniques formelles, à savoir des placements de caméra très spectaculaires, des atmosphères à la fois stéréotypées et très drôles. Et enfin il y a ces acteurs à fond dans leurs rôles de personnages au bord de la crise de nerfs (pas étonnant qu’Almodovar soit un des producteurs du film), ils sont tous absolument géniaux dans leur folie, et marquent l’unicité de chaque sketch.

 

Du spectacle et du rire

Ce film fait intervenir des personnages normaux qui deviennent de plus en plus fous alors que le monde autour d’eux n’est pas propice à leur craquage. Mais cela donne des opportunités d’histoires très intéressantes et surtout délirantes à souhait. On a cet homme d’affaire qui est pressé sur la route et qui s’énerve sur un homme qui refuse de se faire doubler. Alors qu’on pense au début que l’histoire ne va pas être dans cette altercation dérisoire, elle prend en fait des proportions complètement folle et c’est à chaque fois sur ce même schéma mais dans des cas différents : un homme exaspéré par la fourrière, la signalisation complètement inexistante et le système profiteur qui va donc se révolter d’une manière totalement inattendue. Et tous ces renversements se teintent d’un humour plutôt noir, incorrect. En effet, cela parle souvent de mort, de problèmes sociaux, humains, de la société et de tous ces travers mais le fait avec la désinvolture comme parti pris et donc cela fonctionne car on a bien compris que ce n’était pas pour choquer mais pour réveiller nos rires peu corrects mais de bon cœur. Et cela grâce à des chutes très inattendues qui soulèvent encore plus les rires du public puisqu’elles sont encore plus loufoques que tous les rebondissements qui peuvent arriver aux personnages. Ceux-ci, même s’ils sont incompréhensibles dans leur folie parce qu’ils craquent trop fort, nous déboussolent encore plus dans la chute, souvent spectaculaire et très drôle. Le sketch se clôt toujours sur un écran noir après une chute brutale, ce qui laisse à la fois perplexe et plié de rire car illogique ou trop spectaculaire.

Ce film argentin amplifie les réactions humaines par rapport aux travers de la société. Elle est dépeinte avec un humour grinçant qui pousse tout à l’extrême et qui, dans son côté spectaculaire nous laisse très amusé. On aura l’occasion de retrouver ce film délirant encore jeudi 19 à 16h30 au cinéma le Zola qui, avec ce film, nous a gratifié d’une pure séance humoristique.

Solène Lacroix

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