Les Ogres, un regard intime et sans filtre sur le théâtre du voyage

Dans le cadre du festival Drôle d’Endroit pour des Rencontres, le cinéma Les Alizés de Bron nous propose de découvrir en avant-première le film Les Ogres de Léa Fehner dont la sortie officielle est prévue pour le 16 mars 2016. Retour donc sur Les Ogres, un film touchant à la frontière entre le réel et la fiction.

Une histoire touchante

Ce film retrace en 2h25 un tournant pour la Troupe Davaï Théâtre qui perd l’une de ses comédiennes suite à un accident sur scène. Sa remplaçante ne sera pas méconnue de la troupe… S’ajoute à cette situation une fille non reconnue à sa juste valeur et une comédienne enceinte d’un homme tourné vers ses regrets et enchaîné à son passé. On suit donc les changements dans la vie de ces « ogres » qui croquent la vie à pleine dent. À travers leurs épreuves entre burlesque et comédie, colère et joie, ou encore les stress d’une vie pleine de problèmes, on assiste à l’évolution de cette troupe qui nous prouve que, dans la vie comme au théâtre : « The show must go on » (le spectacle doit continuer). Cette histoire est assez particulière pour sa réalisatrice Léa Fehner dont les parents étaient et sont toujours des artistes de théâtre itinérant. Ainsi on est face à une sorte de documentaire romancé de la troupe Davaï Théâtre qui joue L’Ours du dramaturge russe Anton Tchekhov.

©Pyramide Distribution
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Une approche au plus proche du théâtre itinérant

Outre l’implication de la réalisatrice qui vient de cette famille du théâtre, on ressent dans la réalisation un souhait d’être proche du réel. De nombreux contrastes (jeux de lumières, couleurs des costumes, maquillage) emmènent le spectateur dans ce monde méconnu du grand public. Les décors sont réalistes au point que l’on oublie parfois notre place de spectateur bien assis au chaud. A travers ce film, on découvre les dessous du théâtre itinérant, de cette vie de bohème. On aperçoit un quotidien aux milles décors, un chapiteau monté/démonté en un clin d’œil mais aussi des enfants et leur adaptations face à l’environnement ambiant. On a peur de voir le théâtre itinérant stéréotypé ou à l’inverse représenté d’une manière trop froide. Léa Fehner a réussi ce pari de nous faire découvrir ses origines d’une manière très intime et assez rigolote sans pour autant tomber dans le vulgaire aseptisé.

©Pyramide Distribution
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Il n’y a pas de sous acteurs ; tous les personnages vous marqueront

Dans ce film, il n’y a que très peu d’acteurs de cinéma au final. La majorité du casting vient du théâtre itinérant ou du cirque forain. On notera tout de même que Léa Fehner a su bien s’accompagner pour son film : Adèle Haenel (dans le rôle de Mona), Marc Barbé (M. Déloyal), Lola Dueñas (Lola) etc. Puis une bonne partie de la famille Fehner avec son père François (qui joue le directeur de la troupe), sa mère Marion Bouvarel et sa sœur Inès (qui sont la femme et la fille de François, présent également dans le film). Une ovation toute particulière pour Inès Fehner et son impressionnante sincérité qui a su nous faire oublier la caméra. Une seconde pour Marc Barbé qui emmène le spectateur dans les rires, dans la gêne, dans les pleurs, puis enfin dans la joie. On ne peut qu’être touché par ce père effrayé à l’idée de devoir à nouveau élever un fils. Certains personnages passent un peu à la trappe côté scénario mais on remarque que chacun brille dans ce film. Il y a des personnages principaux mais on ne peut pas vraiment dire que les autres sont secondaires car ils apportent beaucoup à l’histoire, à la vraisemblance du film mais aussi à l’âme du théâtre avec ce côté « vivre l’instant », et cette idée de toujours surmonter les épreuves de la vie avec le sourire.

Léa Fehner n’en est pas à son premier coup d’essai. En 2006 elle réalisa le film Sauf le silence et Qu’un seul tienne et les autres suivront, film sur le milieu carcéral, en 2009. Ce n’est pas le premier film sur le monde itinérant à avoir été projeté dans les salles ; malgré tout c’est avec un regard innovant, fin et très proche des personnages que nous découvrons un monde entre travail, famille, obligations et plaisirs de la vie.

Camille Pialoux

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