Le coup de coeur de Jeremy, c’est Les Passagers du Vent, de Bourgeon, une aventure épique au tour du monde à la fin du XVIIIème siècle

François Bourgeon, né le 5 juillet 1945 à Paris, est un scénariste et dessinateur de bande dessinée français. Ses premières bandes dessinées et nouvelles sont publiées entre 1971 et 1973 chez Bayard Presse, dans l’hebdomadaire Lisette sur des textes d’Henriette Bichonnier, puis chez Fleurus presse en 1974-75, sur des scénarios de cette dernière dans l’hebdomadaire Djin (Une armée pour Gaélis le 22 janvier 1975 et La Légende de Freya le 9 avril 1975) ainsi que dans l’hebdomadaire Fripounet sur des scénarios de François Génin (Les Yaourts Bleus). Les Passagers du vent est une saga maritime se déroulant au XVIIIème siècle, qui fit de François Bourgeon, le maître de la bande dessinée d’aventures dans les années 1980.

Une aventure en deux parties, deux époques différentes pour critiquer l’esclavage

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La première partie de l’aventure de cette saga est couverte par les cinq premiers tomes :
La Fille sous la dunette, Le Ponton, Le Comptoir de Juda, L’Heure du serpent et Le Bois d’ébène.
Cette histoire commence à une époque où la monarchie est encore le gouvernement de la France. Si aucune date précise n’est donnée, la mention de l’Amiral d’Estaing place le début de l’aventure pendant la Guerre d’Indépendance Américaine, sur un navire de la Marine Royale. Un marin ordinaire, partant sauver un homme tombé à la mer, aperçoit un passager mystérieux sous la dunette. Cela marque le début de la relation entre Hoel et Isabeau. Quand le navire est coulé le couple et le chirurgien du navire sont capturés par les Anglais. Si Isabeau vit dans une famille anglaise, Hoel est enfermé sur un horrible ponton prison. Plein de ressources, le couple réussit à s’enfuir et cherche à rejoindre l’Amérique. Sur le chemin, ils passent par l’Afrique à bord d’un navire négrier. Les « passagers du vent » sont témoins de l’ensemble du processus de l’esclavage : de l’achat en Afrique au transport vers les Antilles.
La seconde partie de la saga est plus tardive, elle n’a été écrite qu’en 2009 et 2010. Si elle se concentre toujours sur l’histoire d’Isabeau, elle n’est plus le personnage principal. Le second cycle commence avec une nouvelle génération et le personnage de Zabo, une jeune fille de la Nouvelle Orléans qui fuit la Guerre de Sécession. Avec son compagnon, elle trouve refuge dans une plantation où vit son ancêtre qui n’est autre qu’Isabeau. Ces deux femmes hors du commun vont échanger et nous apprendre la fin de l’histoire des « Passagers du Vent ». Les Passagers du vent possède une dimension historique qui a attiré l’œil des historiens. Pour Pap Ndiaye, l’intérêt dans cette aventure épique, est de trouver « l’ensemble des points de vue sur le commerce négrier », des partisans de l’esclavagisme jusqu’aux abolitionnistes. Pour Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste de l’histoire de l’esclavage, l’abolitionnisme d’Isa paraît peut-être un peu trop précoce pour une femme tout juste sortie d’un couvent et parce que « la première société abolitionniste en France date de 1788 ». Malgré quelques petites incohérences, cette bande dessinée nous plonge dans l’ambiance de la société du XVIIIème avec ses clivages sociaux. Sur le plan graphique, les dessins sont de très grande qualité avec des couleurs vives et un niveau de détail qui plonge le lecteur dans la scène. Le texte est également très riche, ce qui peut poser problème à cause des bulles parfois trop longues ou qui prennent trop de places dans certaines cases

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Des personnages hauts en couleurs surtout féminins.

Isabeau et Zabo sont des personnages haut en couleurs loin de l’image traditionnelle des femmes du XVIIIème et XIXème siècle. Ce sont des femmes libres qui n’hésitent pas à s’habiller en homme,  à utiliser des armes ou encore à dire ce qu’elles pensent. Leur liberté s’exprime surtout dans leurs relations avec les hommes. Aucune de ces femmes n’a besoin du mariage pour avoir une relation avec un homme. Le sexe reste assez présent et certaines scènes ne sont pas si adaptées que ça au jeune public.
Les personnages cassent également un grand nombre de clivages un peu clichés que l’on pourrait avoir sur cette société. Si Isa aurait dû être membre de la noblesse et donc d’une certaine élite, elle tombe amoureuse d’un marin ordinaire, Hoel. Ce marin au grand cœur nous livre une vision sans concession de la vie dans l’entrepont d’un navire ou dans les prisons anglaises.
Au cours de cette aventure nous croisons également le chemin de Mary Hereford, une jeune Anglaise aux mœurs légères, enceinte en dehors des liens du mariage et qui va fuir son pays pour l’amour d’un homme. Enfin il faut ajouter pour compléter cette mosaïque tous les personnages d’origine Africaine, qu’ils soient esclaves ou libres, qui ajoutent vite un sentiment d’exotisme et de dépaysement à cette histoire.

Cette saga graphique offre une lecture très agréable, riche et prenante où l’on regrette seulement que la saga se finisse, mais après tout, toutes les bonnes choses ont une fin…

Jeremy Young

 

Une pensée sur “Le coup de coeur de Jeremy, c’est Les Passagers du Vent, de Bourgeon, une aventure épique au tour du monde à la fin du XVIIIème siècle

  • 28 septembre 2014 à 18 h 33 min
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    Je ne connais pas cette BD ( il faut dire que ma culture BD se limite au chat du rabbin…), mais j’ai eu la chance, par hasard, de voir une expo des planches de F.BOURGEON, ses dessins sont superbes, très réalistes, très détaillés. Ils nous transportent dans l’aventure et la rêverie même sans texte…

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