Les reflets du cinéma ibérique et latino-américain, entre drame historique et souffrances adolescentes

Du 11 au 25 mars se tient la 31éme édition du festival des reflets du cinéma ibériques et latino-américain. Une occasion en or de découvrir des films qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir et qui nous  offrent pourtant jusqu’à présent de très bonnes surprises ! Retour sur la soirée du 17 mars qui nous a permis de découvrir deux films marquants bien que foncièrement différents : Somos mari pepa, pour le Mexique, et El regreso, coté vénézuélien.

Somos mari pepa, un quotidien touchant

Mari pepa, c’est un groupe de musique. Du moins, un groupe d’ados qui tentent de faire de la musique. Si ce projet tient une place importante dans le cœur d’Alex, personnage principal, le reste du groupe aspire à d’autres choses, trouver un boulot, ou encore une petite-amie. Entre après-midi festifs et moments de déception, le réalisateur qui signe ici son premier film vise juste. Ces adolescents, ce sont nous. Leurs rêves pourraient être les nôtres. Sans jamais faire dans le cliché, Samuel Kishi Loco parvient à nous raconter une histoire simple et touchante. C’est la force de ce film, les moments qui pourraient apparaître comme les plus pathétiques sont simplement suggérés, les moments phares d’une amitié pas toujours évidente aussi. Ici, pas besoin de grands mots pour dire un sentiment que beaucoup ont ressenti. Une simple évocation suffit à nous emporter sans phare dans le quotidien de ces personnages. Outre ces relations adolescentes entre copains, les relations avec la famille sont elles aussi présentes. Le duo formé par Alex et sa grand-mère, toujours sans paroles, est extrêmement touchant, et parfois même drôle. Ses amis et leurs familles respectives dévoilent un panel de famille aussi divers que varié, sans encore une fois tomber dans les stéréotypes. Les rencontres aléatoires, entre amis, ennemis et amour là encore, visent dans le mille.
Sur le plan visuel et technique, ce film révèle encore plein d’autres atouts. comme l’utilisation d’une double caméra. En effet, Alex, notre héros, filme sa vie à l’aide d’un petit appareil photo. Les moments les plus intimes de sa vie, c’est à travers son regard que le public est amené à les voir. Si le film marquait déjà un point sur la façon de traiter son sujet, son visuel lui rajoute une qualité supplémentaire. Entre plan subjectif et fixe, le mélange est toujours subtilement réussi. De plus, le cadre est toujours particulièrement intéressant, et, en plus de cela, souvent original, évoquant vaguement les premiers plans de J’ai tué ma mère de Xavier Dolan. En somme, décadrer, et zoomer sur des parties bien particulières. Les plans les plus touchants sont sans doute ceux des mains de la grand-mère. La photographie est elle aussi très belle, nous plongeant dans une atmosphère typiquement adolescente, entre chaud et froid.

El regreso, drame bouleversant

Tout autre registre avec ce film vénézuélien, tiré de faits réel et peu connus de notre coté de l’atlantique. En effet, ce long-métrage retrace l’histoire du massacre perpétués par des paramilitaires sur un peuple indien au Vénézuela. Outre cet aspect historique, la véracité continue lorsque le spectateur fait fasse à la découverte de la ville. Sans voile aucun, cette ville de Maracaibo nous est décrite, avec toute sa violence, sa pauvreté. Ceux qui auront déjà voyagé ressentiront instantanément l’odeur et la chaleur de ces villes à l’ambiance si particulière. Le choix d’une photographie chaude, contrastant avec l’image d’un massacre glacial nous laisse sans voix. La réalisatrice, Patricia Ortega, nous dévoile ici un monde brut de décoffrage, où se mêlent violences et pauvreté.
Cette forte base historique est travaillée via le prisme de la fiction, à travers le personnage d’une jeune enfant. Après le massacre de son village, la caméra suit sa fuite tout du long, ainsi que son espoir de retrouver sa mère. Elle va alors tout faire pour devenir « une invisible », et tenter d’affronter ce nouveau monde de la ville qui s’offre à elle. Le spectateur suit alors tout son cheminement, aussi bien physique, dans les méandres de la ville, que mental. Comment continuer à vivre seule, sans personne, avec comme seule amie une poupée d’agrile ? Comment trouver sa place dans une gigantesque ville où les gens ne parlent pas votre langue ? Le chemin est alors long, et semé d’embûches, car comment savoir à qui peut-on accorder ou non sa confiance? Mais dans la souffrance de la perte et face à la découverte d’un nouveau monde, l’amitié peut aussi naître. Des confidents, des complices ou de simples aides apparaissent alors. Pour résumer, El regreso marient parfaitement fiction et histoire. Sans jamais tomber dans le pathos, ce film nous touche tout en nous apprenant une facette inconnue de l’histoire. Car, peu importe les frontières, peu importe nos nationalités. Ce drame se passe peut-être à des milles et des milles de nous, mais peu importe. Car l’humain toujours, est là.

Les deux films ont donc peu de choses en commun, mais ils marquent en tout cas à coup sûre, et nous émeuvent, chacun à leurs manières. Somos mari pepa n’est hélas plus rediffusé, mais vous pouvez voir El regreso, le dimanche 22 à 16h30. Et d’ici là, plein d’autres films à découvrir encore, comme par exemple Marshland, samedi à 21h ! Pour retrouver la programmation complète, c’est par ici : http://www.lesreflets-cinema.com/programme.php. N’hésitez pas, le voyage pour l’amérique latine est tout proche, grâce au cinéma le Zola de Villeurbanne.

Marie-Lou Monnot

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