Les Yayos, des vieux pas si vieux !

Pour l’ouverture de la trente et unième édition du festival international Luaga und Losna destiné au jeune public qui se déroulait du 3 au 7 septembre 2019 à Feldkirch en Autriche, les organisateurs nous ont gâté avec un spectacle vieux de pas moins de 10 ans. Créé en 2009 par la compagnie de la Casquette, Los Yayos – qui signifie les grands parents en espagnol – est un spectacle de clown dansant sur la vieillesse à deux.

Deux clowns victimes de la vie

Isabelle Verlaine Defaux et Miguel Camino Fueyo interprètent deux clowns muets amoureux qui ont du mal à vivre ensemble maintenant qu’ils arrivent au terme de leur vie. Comme de nombreuses personnes âgées, ils ont des problèmes pour contrôler leurs mouvements rendant leur vie particulièrement difficile. La femme a du mal à rester stable dès lors que son mari fait un mouvement en sa direction. Chaque geste est accompagné du son d’une bourrasque de vent pour bien témoigner de la force de ce mouvement pourtant anodin. Ces moments montrent une grande complicité entre les deux comédiens, leur synchronisation est telle qu’on assiste à un véritable ballet. Leurs déplacements sont d’une extrême précision et exécutés avec une certaine grâce bien que prenant en compte l’âge de leur personnage. Cette harmonie se retrouve notamment lors de la première scène de déshabillage où ils ont du mal à ôter leurs vêtements à cause de la force des mouvements de l’homme qui fait vaciller sa conjointe ou lorsqu’ils se battent pour s’asseoir sur une chaise. Leurs mimes sont subtils et précis pour atteindre leur but, faire rire les petits et les grands en voyant le temps et la vie passer… Si les rires viennent si facilement c’est parce que ces deux petits vieux sont si bien joués qu’ils peuvent facilement nous faire penser à nos propres grands parents avec leurs bougonnements, leur tendresse, leur solitude…Même si la vie à deux n’est pas facile, ils n’en restent pas moins indéfectiblement liés par la danse… leur histoire est née d’une danse et c’est cette interaction des corps qui les maintient vivants. Chaque moment clownesque alterne avec un moment de danse très touchant. Ce spectacle est autant le récit du quotidien d’un couple de personnes âgées qu’un hommage à la danse capable de réunir les gens. La force de leur prestation réside dans leur capacité à mélanger les genres. Rien n’est démesurément exagéré, tout est élégant et subtil (aussi subtil que puissent l’être des clowns bien entendus). Ils dansent aussi bien le tango, le cha cha, la valse, la danse irlandaise et même une forme de claquettes au début pour évoquer leur maladie de Parkinson avec des mouvements incontrôlables. Même si on veut nous faire croire qu’ils ne parviennent pas à maitriser leurs corps, on se rend très vite compte qu’il leur a fallu beaucoup de travail pour arriver à ce degré de précision.
Ils évoquent, sans mots, la vie avec poésie, tendresse et humour, ingrédients indispensables à la recette de la vie, non ?

© Compagnie de la Casquette

Une partition parfaitement exécutée

Comme mentionné précédemment, chaque mouvement est amplifié par des effets sonores réalisés au plateau par deux musiciens, Josselin Moinet et Mehdi Missoumi. Le premier, les a accompagnés dès le début du projet pour composer la musique, qui, ici, aide à affiner les contours des personnages inspirés des grands-parents et grands oncles d’Isabelle Verlaine Defaux et Miguel Camino Fueyo. Pour la petite anecdote, sachez que les vêtements qu’ils portent sur scène sont en réalité ceux de leurs ancêtres. Même si Pierre Richards a effectué la mise en scène du spectacle, c’est bien le compositeur qui a donné la dernière couche de peinture aux personnages. La musique est omniprésente, toujours à leur côté pour rythmer leurs déplacements et leur vie. En plus des mouvements, les accessoires aussi voient leur son amplifié comme le sac à main, les porte-monnaie ou le journal. Même si nous comprenons qu’ils amplifient le son de tous les objets pour être cohérents et faire quelques effets sur certains, c’est dommage que parfois, ils n’aient pas laissé le véritable son de l’accessoire, notamment quand ils utilisent le même objet pour le reproduire. L’objet pour lequel c’est le plus dérangeant, c’est le journal, car si pour tous les autres, les sons amplifiés sont produits par un autre objet, pour effectuer le bruit des pages qui se tournent, c’est un autre journal proche du micro qui est utilisé. Dans ce cas-là, c’est dommage de ne pas avoir laissé le son du journal présent dans les mains du comédien. Ceci enlève un peu d’authenticité au spectacle, alors qu’équipé l’artiste d’un micro aurait permis de garder un côté plus réaliste.

© Compagnie de la Casquette

La fin est vraiment touchante et confère une certaine poésie au spectacle qui le rend encore plus appréciable pour les parents et fait briller davantage les yeux des enfants avec ces danses derrière un rideau sur lequel sont projetées des images représentant les saisons symbolisant le temps qui passe. C’est un moment de grâce qui nous est offert pour conclure cette performance en faisant remonter à la surface les souvenirs des personnages. Le fait que l’action se déroule derrière le rideau revêt un côté un peu surnaturel et donne l’impression d’être dans un rêve, dans un état qui défie le temps et la mort… Si ce moment est particulièrement émouvant et élégant c’est vraiment dommage qu’on voit l’écran de l’ordinateur sur lequel l’image est projetée sur le côté en fond de scène, cela enlève un peu de magie et nous fait sortir de ce moment, alors qu’il aurait suffi de baisser la luminosité de l’écran ou de le tourner d’un quart de tour pour le masquer aux spectateurs…

Les artistes sont excellents et leur performance montre parfaitement ce que signifie « vieillir ensemble », d’être 24h/24 avec une personne qu’on aime et qui nous énerve en même temps. Leur alchimie est visible sur scène et nous fait entrer aisément dans leur univers, et malgré les quelques détails que nous avons soulignés, le spectacle est vraiment super ! La preuve, il tourne depuis dix ans dans le monde entier, alors s’il s’arrête dans votre ville, ne passez pas à côté, adultes et enfants seront séduits par ces personnages détonants et touchants !

Jérémy Engler

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