L’exposition Marvel French Touch : quelle place pour les comic books en France ?

Le 44ème festival international de la BD d’Angoulême s’est ouvert au public ce jeudi 20 janvier 2017. Ouvert plus officieusement hier, avec l’inauguration de l’obélisque en hommage à Goscinny et la remise du grand prix 2017 d’Angoulême au Suisse Cosey, le jeudi marque l’ouverture des expositions temporaires, dont celle de Marvel avec sa French Touch, qui prend place au théâtre d’Angoulême. Que penser de cette présentation de la vision française d’un des plus grands éditeurs de comics ?

L’Histoire de Marvel selon Panini

© Marvel
© Marvel

Panini, l’éditeur français des comics Marvel, fête cette année ses 20 ans. Ceci est l’occasion rêvée pour se fendre d’une exposition expliquant l’accueil des comic books en France. Tout commence pendant l’après-guerre. Les États-Unis ont une politique très isolationniste en ce qui concerne ses bandes-dessinées : pas d’exportation, et encore moins d’auteurs venus d’ailleurs, notamment à cause de la crise de l’après-guerre. Si on cherche des traces de la France pendant cette période, on se rabattra sur Millie the Model : Stan Lee avait payé un voyage pour Paris à Ken Bald pour qu’il puisse s’inspirer du cadre, et écrire quelque chose d’authentique.
La faute de cette imperméabilité n’incombe pas qu’à l’éditeur américain : aucun éditeur français ne faisait un bon accueil aux ouvrages de Marvel, estimant que l’importation d’ouvrages américain était relativement incongrue. Les comics n’obtiendront leurs premières lettres de noblesse en France qu’en 1967 avec Les Chefs-d’œuvre de la bande dessinée. Dans cette anthologie, des planches franco-belges sont posées à côté des figures américains que sont les 4 Fantastiques ou Spiderman… traduits en français pour l’occasion ! Deux éditeurs récupèreront peu après les droits de Marvel pour publier les comics dans le pays de Molière. Rapidement, les héros rencontrent le succès, succès qui pousse une jeune génération à lire encore plus de comic books… et à vouloir en dessiner. Ce succès encore assez confidentiel se prolongera comme il pourra, notamment en créant des couvertures nouvelles dans le but de ne « pas traumatiser les enfants », en popularisant les personnages via les dessins animés, et en créant des fascicules pour les plus jeunes, adaptés de silhouettes et dessins déjà existants. Cela aboutira à des guerres de droits dans la fin des années 1970. Il y a encore à dire, de l’intégration de Meobius aux équipes, aux polémiques sur le surfeur d’argent… Cependant, beaucoup (trop ?) a été dit à propos de cette partie de l’exposition ; le reste sera à découvrir par vous-mêmes !
Mais on n’en apprend pas que sur le XXème siècle : le XXIème est à l’honneur, notamment avec Fabrice Sapolsky, et son Spiderman Noir, un Spiderman qui se déroule dans les années 1920-1930 (comme le veut la série noire de Marvel), qui apporte sa patte à l’œuvre du grand éditeur américain… En contournant les contraintes scénaristiques imposées (l’utilisation d’une arme à feu par Spiderman, imposée, et faite une seule fois au point de dégoûter le personnage à vie). Les Français, entêtés, arrivent à convaincre malgré tout, félicités pour leur ingéniosité.

On va vous faire un dessin

© Marvel - Bastien Vivès
© Marvel – Bastien Vivès

Le reste de l’exposition consiste en une trentaine de couvertures, généralement entre 2000 et 2017. Cela constitue un petit point noir au tableau : on n’arrive pas forcément à se rendre compte du décalage entre œuvre française et œuvre américaine avec si peu de matière… surtout quand on se cantonne à ces bornes temporelles ! Il y a aussi eu, pour l’occasion, une douzaine de couvertures exclusives à l’exposition, faites par des dessinateurs français qui, s’ils ne collaborent pas avec Marvel, ont été touchés par leurs œuvres. C’est ainsi qu’on peut découvrir le travail de Boulet, de Bastien Vivèsou de Lewis Trondheim (avec sa femme, Brigitte Findakly aux couleurs, dont nous vous avions déjà parlé ici) par exemple, avec des couvertures aux styles très différents, et parfois avec des traits empruntés à la bande-dessinée franco-belge qui surprennent ! Et là apparait un autre regret : la petitesse de la salle. Il y a une grosse quarantaine de panneaux, et, au final, si on apprend des choses, les fans n’en apprendront que fort peu sur l’univers, et les non-initiés seront seulement mis en appétit. Les enfants, émerveillés par les statues grandeur-nature à l’entrée du théâtre, risquent d’être déçus du court moment à passer là-bas.

Ainsi, la French Touch de Marvel nous renseigne quelque peu sur l’introduction des comics en France, et sur la manière dont les auteurs ont réussi à s’emparer de quelques héros ou grands méchants de l’univers (Galactus, le Silver Surfer et Spiderman principalement). Mais on a l’impression d’un espace trop étroit pour contenir un uni/multivers si vaste ! Ne faites cependant pas l’impasse dessus si jamais vous passez par le festival : quelques informations sont intrigantes, et le théâtre est si bien placé dans le festival que le détour est facile à prendre ! Rendez-vous très bientôt pour plus d’informations sur les expositions du FIBD 2017 !

Jordan Decorbez

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