L’histoire de Roméo et Juliette tient dans un sac cabas à l’Albatros

Du 7 au 30 juillet 2016, dans le cadre du festival Off d’Avignon, la compagnie réunionnaise Acta prend le pari de nous livrer un spectacle de marionnettes intitulé Juliette et Roméo, petite tragédie portative d’après William Shakespeare au Théâtre de l’Albatros.

Une riche idée

C’est avec un sac cabas qu’entre sur scène Christine Roget, elle s’installe derrière un petit décor et ouvre son sac. Telle Mary Poppins, elle en sort les marionnettes qui lui serviront de personnages. Si l’utilisation des marionnettes en sac de riz reste très traditionnelle, l’ingéniosité de cette pièce est d’avoir su utiliser des masques pour jouer certains personnages. Ainsi, cela diminue le nombre de marionnettes à transporter mais surtout, cela permet de mélanger l’art du masque à celui des marionnettes. La comédienne n’est plus seulement la conteuse ou une simple marionnettiste, elle incarne les personnages dont elle parle en se déguisant.

© Cie Acta
© Cie Acta

En arrivant sur scène, elle se présente comme étant la nourrice de Juliette, celle à qui Juliette a raconté toute l’histoire, ce qui explique pourquoi le titre de la pièce met Juliette en premier et non Roméo. Ainsi, avec une poésie et une délicate simplicité, on voit les petits sacs de riz prendre vie sous nos yeux. Les petites marionnettes ont des costumes amples permettant à la marionnettiste de passer sa main dans le vêtement pour donner plus de corps, de consistance et de dynamisme à ses petits compagnons de jeu.

Chaque membre des deux familles est incarné par des marionnettes mais tous les personnages extérieurs aux familles, tels que le prince de Vérone ou Frère Laurent n’ont pas de marionnettes et s’animent grâce à la comédienne qui met un masque. Ces personnages dont le visage est bien plus haut que la scène semblent prendre de la hauteur sur ce qu’il se passe et avoir une vision plus générale et à plus long terme, tout comme la nourrice qui raconte l’histoire des deux amants. Tous les personnages masqués souhaitent l’apaisement des tensions, ce qui rend intéressant la distinction et l’utilisation des masques qui servent justement à dissimuler les véritables intentions des personnages. Si Frère Laurent est favorable aux amants, c’est avant tout pour mettre fin à l’animosité des deux familles et non pas seulement parce qu’il est touché par les deux jeunes gens. Le prince lui voit avant tout un moyen de conserver son pouvoir dans cette paix. La mise en scène est donc réellement intelligente et nous emporte dans un merveilleux univers.

Un univers enchanteur

© Cie Acta
© Cie Acta

De prime abord, le décor est très simple, deux tours de chaque côté du tréteau, l’une appartenant aux Capulet et l’autre aux Montaigu. Les personnages de chaque famille sortent et s’affrontent verbalement sur la place entre les deux tours jusqu’au moment où Roméo et Juliette se rencontrent et que des papillons envahissent la scène pour symboliser leur amour naissant. Au fur et à mesure que les scènes clés du spectacle avancent, le décor évolue. Un balcon se rajoute sur la tour Capulet, un lit s’invite entre les deux tours pour la nuit de noce… La place du lit est hautement symbolique puisqu’il n’est pas dans l’une des deux tours mais bien sur la place, aux yeux de tous mais surtout entre les deux maisons ennemies. Comme un symbole d’union et de réunion, les deux amants partagent une nuit de paix dans l’espoir de réconcilier leurs familles.

Cette compagnie ne passe pas souvent en Métropole et ce serait donc dommage de rater ce petit spectacle plein de tendresse et de poésie pour petits et grands.

Jérémy Engler

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