L’homme de l’année ou plutôt le coup de cœur BD de Jérémy Engler

En janvier 2013 a débuté une nouvelle aventure BD, celle de L’homme de l’année… Cette série que nombre de personnes pourraient considérer comme une énième BD historique, dans la même lignée que Jour J a ceci d’intéressant que c’est un concept qui n’appartient pas aux auteurs ni aux dessinateurs mais à la maison d’édition Delcourt. Le principe est simple, une BD par trimestre avec des auteurs et dessinateurs différents à chaque fois. Le pitch est simple lui aussi : prendre un événement connu de tous comme une guerre, un meurtre, une découverte historique et faire un focus sur un personnage peu connu mais qui a eu une influence capitale sur l’Histoire… La série compte pour l’instant 6 tomes, en attendant le septième au trimestre prochain.

Des sujets intéressants et bien documentés

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Chaque album aborde donc un thème différent. Le premier parle de l’homme de l’année 1917, le soldat inconnu. A travers un vrai récit de guerre, on découvre les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette guerre de tranchées. Les dessins et les couleurs nous immergent totalement dans cet univers guerrier et glacial. Le scénario fait la part belle au contingent de soldats issus des colonies et venus défendre « la patrie » ! Cette histoire nous fait réfléchir sur le racisme et la place de la fraternité tout en nous dévoilant l’identité du soldat inconnu qui ne l’est plus vraiment du coup…
Le second album parle de l’homme de l’année 1431, celui qui trahit Jeanne d’Arc. Certaines versions de l’histoire non attestées et polémiques veulent que Jeanne d’Arc ait été trahie par un de ses hommes avant d’être condamnée au bûcher. Deux anciens fidèles sont chargés d’enquêter et bien que l’histoire manque de rythme, il est intéressant de voir comme certaines personnes peuvent être protégées par des puissants.
Le troisième album parle de l’épopée napoléonienne nous retraçant le parcours de l’homme de l’année 1815, celui qui hurla « merde ! » à Watterloo. Grâce à cet album, on prend un petit cours d’Histoire sur les campagnes napoléoniennes même si les combats ne sont que rarement représentés. L’accent est surtout mis sur les scènes entre soldats et leurs rapports à Napoléon. On découvre de nouveau la vie des soldats et à quel point l’Histoire ne retient pas les vrais héros…
Le quatrième tome est le premier à se dérouler hors de France, l’homme de l’année 1967 étant celui qui tua Che Guevarra. Pour cette histoire, le scénariste Wilfried Lupano est parti d’une histoire vraie pour élaborer son récit. Personne ne sait exactement le nom de l’homme qui a tué le Che mais lors de la « Mission Miracle », visant à redonner la vue gratuitement à 200 000 personnes, organisée en l’honneur du Che, un journal a répandu la rumeur que l’homme qui tua « El Commandante » s’était justement fait soigner lors de cette campagne… Cette histoire nous interroge sur le cynisme de la situation, surtout que l’album ne cesse d’insister sur les remords de l’exécuteur.
Le cinquième album aborde l’année 1871 pour nous parler de l’un des héros de la Commune de Paris, un Turco librement inspiré de la nouvelle d’Alphonse Daudet, Le Turco de la Commune de Paris. Cet album évoque la volonté d’un homme prêt à tout pour accomplir son destin et vivre à sa façon !
Le dernier tome paru parle du véritable homme de l’année 1492, non pas Christophe Colomb mais bien Salvador, celui grâce à qui il découvrit la route vers les Amériques. On y découvre les difficultés qu’a rencontrées Colomb pour monter son expédition.

Une inégalité dans la qualité de chaque album

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Même si les histoires paraissent intéressantes car abordant un moment clé de l’histoire en s’arrêtant sur un personnage en particulier, il faut noter une certaine hétérogénéité dans la série. Cette inégalité dans la qualité est due au fait que les auteurs, dessinateurs et coloristes changent à chaque numéro. Le premier était tout simplement excellent, les trois ayant déjà travaillé ensemble sur le projet JourJ. Pécau et Duval au scénario comme pour tous les épisodes de cette série et Mr. Fab au dessin. Le scénario nous montre les vrais héros de la guerre et fait un traitement assez original du soldat inconnu tandis que Mr. Fab grâce à son trait nous retranscrit parfaitement l’ambiance froide et sombre des tranchées. Et coup de chapeau pour la fin, absolument géniale et inattendue ! Tout comme le second volet dont la fin imaginée par Corbeyran est très intéressante et pose plein de questions sur la notion de secret d’état, de justice et de vérité. En cela, la BD est bonne mais pour le reste, les dessins de Horne sont peu précis, les visages sont grossiers, seuls les paysages sont assez réalistes. En revanche, on se rend compte que la couleur réalisée par Froissard est clairement une couleur informatique et non naturelle. Parfois, on se croirait au cinéma et les zones d’ombre ne sont pas si pertinentes, ce qui rend difficile l’accroche au dessin et de fait à l’histoire qui a un rythme très plat et répétitif. L’enquête est finalement peu pertinente tant les interrogatoires semblent bâclés, seul la fin est à la hauteur. L’histoire de Watterloo nous révèle une facette peu connue de Napoléon, en faisant de ce militaire de carrière un être finalement grisé par la guerre. Le seul reproche que l’on peut faire à cette Bd, c’est que Latour ne nous parle pas d’un homme mais de deux hommes, celui qui cria « Merde », ce héros guerrier qui ne passa pas à la postérité et le héros drôle qui lui aura la chance de passer à la postérité. Cet album pose la question de la place de l’héroïsme, le tout servi par les dessins de Gin très léchés et réalistes embellis par les couleurs chaleureuses de Schelle qui nous immergent vraiment dans les camps napoléoniens. En fait, à part pour celui sur Jeanne d’Arc, les dessins et couleurs sont très bien travaillés notamment par Séjourné et Verney pour le tome sur Che Guevarra qui mettent leur art au service de Wilfried Lupano, ce brillant scénariste qui extrapole une histoire vraie donnant un côté encore plus vraisemblable à son histoire car de toutes c’est probablement celle qui semble être la plus fidèle à la réalité. Les dessins nous font facilement voyager à l’autre bout de l’océan Atlantique en Amérique du Sud, on s’y croirait presque, un peu comme pour l’album sur la découverte de l’Amérique sur lequel Tiandang a fait un travail formidable en recréant très fidèlement le Lisbonne du XVème siècle. Le dessin de Dellac pour l’album sur la Commune est assez efficace mais sa force réside surtout dans les traits des visages tous très prononcés donnant une forte impression de réalité, renforcée par les couleurs de Thorn.
Pour ce qui est des histoires des deux derniers albums, il faut noter le retour de Jean-Pierre Pécau pour l’histoire sur la Commune. Le scénario est très rythmé car rempli d’actions mais on pourrait regretter que le traitement historique ne soit pas plus abordé sinon avec des personnages comme Louise Michel ou Jules Vallès. Néanmoins, l’idée de partir de la nouvelle de Daudet est plutôt bonne car cela permet de faire connaître ce texte qui n’est pas parmi les plus connus de l’auteur. Quant au second volet hors France, il faut reconnaître à Céka un goût pour la polémique car, il reprend un vieux mythe disant que Christophe Colomb ne fut pas le premier à découvrir l’Amérique. Ici, c’est un ami à lui qui l’a découverte par hasard et qui lui indique comment faire car il a confiance en ses valeurs humanistes.

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Le point commun de toutes ces BD, au-delà du titre évidemment c’est justement cet aspect « polémique ». Les auteurs ne parlent jamais de l’Histoire telle qu’on la connaît ni d’un héros maintes fois mis en avant dans des films ou autres BD. Il est vraiment question de ces petits hommes oubliés par l’Histoire alors qu’ils l’ont nourrie pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui. Ces œuvres nous permettent de redécouvrir quelques moments clés de l’Histoire tout en gardant une part de fiction afin de nous faire voyager. On attend donc avec impatience le prochain tome sur l’année 1894 qui mettra en avant l’homme qui fut à l’origine de l’affaire Dreyfus.

Jérémy Engler

3 pensées sur “L’homme de l’année ou plutôt le coup de cœur BD de Jérémy Engler

  • 12 septembre 2014 à 15 h 10 min
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    Merci de nous avoir fait découvrir cette collection 🙂
    Pour vous, quels sont les tomes qui sont les intéressants, ceux que vous avez préférés et que conseilleriez ?

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    • 13 septembre 2014 à 18 h 12 min
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      Ma préférée est celle sur la commune ou sur le soldat inconnu et sur l’homme qui a tué Che Guevarra…
      Le moins bien reste celui sur Jeanne d’Arc selon moi notamment à cause des dessins !

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  • 14 septembre 2014 à 21 h 27 min
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    Merci 🙂
    Je veux bien vous donner mon avis quand je les aurais lus!

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